Vu en France: Le double salaire d’Henri Proglio





* De notre correspondant permanent, François Bécet
Henri Proglio, l’ancien patron de Veolia, qui vient de prendre la tête d’EDF, se retrouve
au centre d’une polémique sur sa rémunération.
Alors que l’ancien président, Pierre Gadonneix, percevait 1,1 million d’euros par an, le nouveau sera payé 1,6 million. Une belle augmentation. Et il aura 450 000 euros de plus en tant que président du conseil d’administration de Veolia. La liquidation de ses droits à la retraite dans cette entreprise lui rapportera 100 000 euros annuels de plus jusqu’à ce qu’il y cesse toute activité, sa pension passera alors à 850 000 euros annuels.
En novembre, Christine Lagarde, ministre des Finances, affirmait aux députés que le gouvernement n’accepterait pas de double salaire, qu’il devrait se contenter de celui de l’entreprise publique. Mais l’Elysée et Matignon ont cédé aux exigences du nouveau patron qui, arguant que l’Etat était venu le chercher, il ne devait pas perdre un centime. Et il aurait même tenté de revenir à ses gains de 2008, une bonne année où aux 992 000 euros de fixe, s’était ajouté 1,4 million de salaire variable. L’an dernier, il n’avait touché que 1,6 million.
Aujourd’hui, Bercy se justifie en affirmant que « le total » des rémunérations « n’excède pas ce qui lui était versé dans ses anciennes fonctions de président exécutif de Veolia. Pas vraiment exact…
Mme Lagarde indique également qu’il n’arrive qu’en 18e ou 19e position des dirigeants du CAC 40 (17e en réalité), qu’il est à 100% chez EDF et ne consacre qu’ «  un peu de son temps » à Veolia. Beaucoup d’approximations. Proglio corrige en précisant qu’il travaille à 98% pour EDF. Ce qui lui fait 450 000 euros pour 2% de son temps. Pas mal… La ministre s’est fait chahuter à l’Assemblée nationale en donnant l’explication du revirement qui lui a été imposé.
Eric Woerth, ministre du Budget et grand surveillant des dépenses publiques, estime que tout est normal : «Henri Proglio a deux casquettes donc deux salaires ». Pour le porte-parole du gouvernement Luc Chatel, le patron d’EDF ne figure qu’en 32e position dans le CAC 40…
Moins que les salaires, c’est le flou et les promesses non tenues du gouvernement qui énervent une partie des Français et de la classe politique, y compris à l’UMP. Si l’opposition est dans son rôle en lançant des critiques, la remarque du socialiste Arnaud Montebourg sur « le cumul d’activités publiques et privées» mérite d’être retenue. Interrogé hier matin sur un éventuel conflit d’intérêts par Jean Michel Apathie sur RTL, Christian Estrosi, ministre de l’Industrie, n’a pas su vraiment répondre clairement et s’est contenté de dire que «ce n’est pas la question du jour» et que si cela se posait, le gouvernement ferait en sorte que l’entreprise publique passe en avant.
La réflexion de Michel Rocard est pleine de bon sens : «c’est un symbole d’une économie de la cupidité qui n’est plus moralement vendable aux électeurs. Je ne suis pas sûr que le gouvernement soit complètement conscient. Ces gens ne réfléchissent pas que le système devient intolérable pour le petit peuple. Nous sommes en démocratie, ils prennent un risque politique terrifiant. La colère populaire, elle va monter, tous ces gens sont complètement déraisonnables».
A Henri Proglio de montrer maintenant qu’il est à la hauteur de ses exigences : le mastodonte qu’il prend en mains est en partie responsable de la perte d’un contrat de 20 milliards de dollars pour la construction de centrales nucléaire à Abou Dhabi; il a des problèmes avec Areva et sa présidente Anne Lauvergeon, à propos de livraison d’uranium et de retraitement des déchets ; il s’oppose aux mesures de libéralisation du marché de l’électricité ; le chantier de l’EPR de Flamanville pourrait avoir deux ans de retard, soit un coût supérieur au milliard d’euros. Et Proglio veut imposer EDF comme le leader incontesté du nucléaire français. De quoi remplir 98% de son temps, voire plus. Mercredi Proglio et Lauvergeon ont été sermonnés par François Fillon. Le Premier ministre leur a donné quinze jours pour mettre fin à leur brouille. Il leur a rappelé par ailleurs que c’est l’Etat qui a un «rôle leader» dans la filière nucléaire.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com