Brian de Palma, le voyeur
«Black Dahlia», mis en scène par Brian De Palma, le film se veut la deuxième adaptation (réussie) du roman de James Ellroy. Bref retour sur un cinéaste incompris.
Le corps enseignant des facultés d’arts du spectacle occidental, et particulièrement dans les sections cinéma, insiste souvent sur deux uvres charnières que sont «Le voyeur» de Mickeal Powell et «Blow up» de Michelangelo Antonioni. Deux uvres qui ont marqué à jamais l’esthétique du 7e art et un nombre incalculable de cinéastes en devenir. Parmi lesquels le réalisateur du «Black Dahlia».
L’on sait que Brian De Palma fait partie des «Wonder Boys», cette nouvelle vague de jeunes réalisateurs qui a bousculé les tendances à Hollywood durant les années 70. Un mouvement qui compte en son sein des cinéastes comme Francis Ford Coppola, Steven Spielberg, Martin Scorsese, Georges Lucas.
Mais qu’en est il de sa carrière ? Une carrière méconnue d’un grand nombre de cinéphiles. Ce qu’il faut avant tout avoir à l’esprit, c’est que De Palma est un féru de physique et de technologie et qu’il s’est longtemps consacré à la cybernétique avant de découvrir le cinéma expérimental à la Columbia University of New York. Et cette soif de savoir insatiable en matière de technologie s’avérera très utile par la suite puisqu’il n’aura de cesse, tout au long de sa carrière, d’analyser la rhétorique filmique et les possibilités qu’offrent les appareils optiques.
Pour son PFE (projet de fin d’études), il dirige Robert De Niro dans «The wedding party». Et une fois le diplôme en poche, les choses vont aller très vite pour lui.
Un cinéma d’influence
Ses premières uvres («Surs de sang» et «Phantom of the paradise») lui permettent de donner libre cours à sa sensibilité gothique et à ses recherches expressionnistes (le fantôme en question inspirera la figure de Dark Vador, ce que Lucas nie, d’où la cassure entre les deux amis de longue date).
Parmi ses nombreuses sources d’influence, Alfred Hitchcock passe pour un maître à ses yeux. Des yeux qui ont été à jamais marqués par des films comme «Psychose», «Le meurtre parfait», «Soupçons»
d’où sa fascination pour le morbide et le trompe l’il. Certaines mauvaises langues disent qu’«Obsession», «Carrie», «Furie», «Blow out» et «Pulsions» ne seraient que plagiats ! Que nenni ! De Palma y voit une formidable occasion d’aborder des thèmes qui lui sont chers comme l’hypnose, la télépathie, la télékinésie, la prestidigitation et surtout le voyeurisme.
Et que serait le Split - Screen (le fait de diviser l’écran en plusieurs parties) sans l’apport de De Palma ? Probablement à ses balbutiements.
D’autres uvres réussies marquent sa filmographie. Des uvres comme «Scarface», «Carlito’s way», «Mission :impossible», «Les incorruptibles», et ses deux pamphlets contre la guerre du Viet nam et d’Irak que sont «Outrages» et son remake «Redacted».
En somme, les uvres majeures de De Palma sont une métaphore du «monstre innocent». Un monstre voué à tomber dans le piège d’un manipulateur abusif. Une métaphore qui reflète la propre paranoïa de l’artiste lui même toujours menacé d’être dépossédé de son uvre (on retrouve exactement la même thématique dans l’uvre de Coppola).
Quant à «Black Dahlia», De Palma se fait plaisir et nous fait plaisir en filmant le Los Angeles mythique des années 40, sans plus. Une oeuvre qui ne fera pas date mais qui se reste sympathique malgré la noirceur de l’intrigue.
* WALEY EDDINE

