Les femmes seraient-elles émancipées par les machines ?





L’émancipation de la femme est le fruit du combat des hommes et des femmes qui ont cru à la justesse de la cause féminine. Mais pour certains, ce serait, aussi « la machine » qui a réellement libéré la femme…
Pour célébrer la Journée de la Femme, la machine semble aussi être en vedette… En Occident, une polémique s’est déclenchée quant à la naissance des prémices de la libération féminine. Hommes de religion, penseurs, chercheurs et scientifiques, historiens… Certains parmi eux, disent que ce qui a libéré la femme c’est la pilule, d’autres disent que c’est son choix de l’avortement, ou le fait d’avoir le droit de travailler hors du foyer… Mais d’autres cependant, vont jusqu’à «élire» les machines en tant que libérateur de la femme. Ces machines rendant la vie féminine vraiment plus facile, auraient été d’une grande aide à la femme qui, autrefois, ressemblait à une esclave astreinte à moult tâches ménagères.
Rapidement, la technologie a mis au point des machines légères, efficaces et faciles à utiliser qui on permis à la femme au foyer, d’avoir une image radieuse au beau milieu de ses appareils électroménagers. La machine à laver, le lave-vaisselle, les robots et mixeurs, la télécommande… ont tous ensemble pu libérer les femmes de leur fardeau quotidien. Tout compte fait, ces femmes ne se sont pas réellement débarrassées de leurs multiples charges, elles se font juste aider pour que ce fardeau soit moins astreignant… La question qui se pose alors, est, si la femme ne s’est pas en quelque sorte créée juste une sorte de substitut d’asservissement ? Le développement de la technologie n’a-t-il pas juste transféré sa formule «d’esclavage» pour passer d’une femme qui vit sous l’aile de l’homme, à celle à la merci de la machine ?
Que disent les femmes ?
La machine à laver, par exemple, a représenté une véritable émancipation pour la femme du XXe siècle. Aujourd’hui, certaines disent même qu’elles sont totalement incapables de vivre sans leurs machines.
Mme Rym Fayache, banquière, épouse et maman de 31 ans, ne peut même pas imaginer sa vie sans ses «outils» de travail… «Je le reconnais, je suis totalement dépendante de la technologie, car elle est devenue un besoin vital. Mais de là à dire que c’est la machine qui nous a émancipé, nous, autres femmes, je trouve tout de même cette thèse bien banalisée et inadmissible ! Certes, les femmes apparaissent beaucoup moins dans les travaux manuels, tout comme l’homme d’ailleurs ! Les machines, à mon humble avis, n’ont fait que révolutionner notre manière de vivre à tous que l’on soit homme ou femme. D’ailleurs, je trouve cette manière de penser trop ségrégative parce qu’elle limite le fond du problème à des figures traditionnelles étriquées et susceptibles d’entraver l’image de la femme qui s’est défendue bec et ongles pour prouver qu’elle mérite l’égalité hommes-femmes.
Il ne faut surtout pas que l’on oublie les figures de proue qui ont milité pour la cause féminine ! Les quelques penseurs occidentaux qui demeurent profondément phallocrates, ne font que nous extirper ce qui nous revient de droit et c’est, pour moi comme pour toute femme qui se respecte, inconcevable ! L’amélioration du statut de la femme, chez nous, ne date pas d’hier. Elle a pris naissance avec le grand Tahar Haddad, depuis 1930. Et je suis profondément étonnée de voir que l’on soulève encore des tollés d’indignation et de refus à l’heure actuelle, même dans les pays les plus progressistes. La société a aujourd’hui accepté et intégré l’image de la femme active, indépendante et émancipée.
Une femme qui s’affirme tout en se faisant aider au foyer ne correspond pas à la représentation de la femme dans leur esprit encore un peu misogyne. Pourtant, aujourd’hui encore, et après que la femme se soit longuement battue pour s’affranchir d’une tutelle masculine qui a tant duré, certaines continuent de vouloir lui enlever ce mérite en avançant de manière insidieuse qu’elle ne s’est affranchie que de l’exercice de son ancien «métier» de femme au foyer !
Les mères de famille peinaient autrefois à achever leurs tâches. Aujourd’hui elles sont libérées de cette corvée. C’est tout ce qui a changé et ce n’est que l’évolution normale des choses. A présent, pour laver ou pour faire la cuisine, on a besoin des machines. Certes certains diront que c’est donc toujours à la femme d’assurer de telles tâches, moi je dis que non, c’est la machine qui s’en charge, la femme ne fait que s’en servir…», dit-elle.
La perception des choses est très différente par les femmes de l’ancienne génération. Si ce sont les machines qui les ont émancipées ? Elles trouvent aussi cette thèse non plausible !
Mme Néjiba Chaouachi, une mamie de 64 ans, a bien vécu la phase de la révolution féminine. Elle a été témoin des plus grands bouleversements. Et elle a également vécu autrefois sans aucun appareil électronique. «Je suis totalement contre le fait de dire que ce soit la machine qui nous a émancipées ! La femme tunisienne a été libérée suite à un grand travail digne de toutes les considérations. On ne peut pas croire que les travaux des plus grands militants n’ont pu voir le jour que grâce à la technologie ! C’est totalement aberrant ! En revanche, j’avoue que ces gadgets nous rendent la vie bien plus facile.
Autrefois, je me souviens que toutes les femmes d’une même maison se groupaient dans les patios pour laver le linge sale. Tout ce qu’on utilisait c’était le savon vert. L’on pouvait passer une journée entière à le faire. Et c’était celle qui avait le linge le plus propre qui était perçue comme une vraie bonne fille…
Aujourd’hui, ce problème ne se pose plus : un tour dans la machine à laver et l’affaire est réglée ! J’avoue qu’aucune machine, aussi performante soit-elle, ne peut donner le résultat d’un bon lavage à la main. De plus, le linge est abîmé au bout de quelques lavages en lave-linge, mais avec les mains, cela reste longtemps comme neufs. Idem pour les appareils de cuisine, certes, maintenant il y a des ingrédients tout prêts et du précuit et il y a des robots pour assurer les plus grandes tâches culinaires, mais rien ne vaut le bon goût d’antan.
Eh oui, autrefois, on passait des journées entières à préparer nos denrées alimentaires dans une ambiance festive, aux couleurs de la peinture toute fraiche et égayée et aux mille senteurs typiquement aromatisées et épicées. Les femmes préparaient la « Aoula » notamment épices, Hlalem, Bsissa, Drôo,  Nwasser, couscous, harissa, confiture, Kaddid, etc. Toutes les femmes avaient donc les provisions qui subviennent aux besoins de leurs familles. Des provisions saines et faites maison. Et surtout, des provisions qui coûtent moins chers. Mère, filles et belles filles se partageaient les frais, les tâches et les denrées préparées avec soin et amour dans une ambiance joviale.
A présent, les choses ont changé. Presque radicalement ! Non seulement certaines femmes n’ont plus le temps pour les préparatifs, mais elles ont tendance à acheter les produits industrialisés, les plats précuits et sont même en passe de rayer radicalement certains plats traditionnels de leurs menus pour laisser loin derrière leur dos nos us et coutumes. Mais comme grand nombre de femmes contemporaines travaillent, elles n’ont pas le choix !»
Au nom du modernisme et de l’indépendance féminine, vivent les machines


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com