Sexualité des jeunes tunisiens : Les comportements à risque explosent





Face à un déficit d’éducation sur la sexualité, les comportements à risques explosent chez les jeunes tunisiens.
Les diverses études réalisées sur le thème de la santé reproductive montrent que l’entrée en activité sexuelle est de plus en plus précoce chez nos jeunes. Une enquête menée en 2009 par l’Office national de la Famille et de la population (ONFP) et l’Association tunisienne de lutte contre les maladies sexuellement transmissibles et le SIDA (ATL MST/SID) a révélé que 13,5% des filles et 52,5% des garçons appartenant à la tranche d’âge 15-24 ans ont eu, au moins, un rapport sexuel. Près de 60% des jeunes ayant eu des rapports sexuels n’ont utilisé aucun moyen de contraception. Un facteur qui explique l’explosion des interruptions volontaires de grossesse (IVG) auprès des filles non mariées. Le nombre déclaré de ces «avortements provoqués» tourne depuis 2004 autour de 2500 cas par an. Ce chiffre est à multiplier par trois, au moins, selon les spécialistes d’autant plus que de nombreux gynécologues s’abstiennent de communiquer les données exactes aux organismes publics et aux associations.
Outre les IVG, les données recueillies par les centres de la santé reproductive et des espaces jeunes de l’ONFP font état d’une augmentation sensible des consultations motivées par la crainte de maladies sexuellement transmissibles. Ce genre de consultations représente 65% du total.
Recul continu
de l’âge du mariage
L’enquête de l’ONFP a également révélé que l’âge moyen du premier rapport sexuel se situe actuellement à 16,4 ans pour les filles et à 17,4 ans pour les garçons.
La montée en flèche de la pratique sexuelle précoce chez les jeunes est essentiellement due au recul de l’âge du mariage. Le taux du célibat est actuellement de 85% chez les jeunes ayant entre 15 et 29 ans contre 80% il y a seulement six ans.
Dans la tranche d’âge 30 - 49 ans, 20% des Tunisiens sont célibataires contre 16% en 2001. L’institution matrimoniale qui est bien ancrée dans la société tunisienne, semble avoir de moins en moins les faveurs des jeunes. Selon la troisième consultation de la jeunesse (ONJ), 50% des jeunes sont défavorables au mariage. 25,2% des interviewés expliquent leur désaffection pour l’union sacrée par le coût élevé du mariage et 19,7% par la lourde responsabilité qu’il induit.
Sujet tabou
Des organismes publics et des associations multiplient les programmes relatifs à la santé reproductive ciblant les jeunes. En 2009, quelque 117 863 jeunes ont été sensibilisés aux comportements à risque. L’ONFP, qui dispose de 16 espaces jeunes a mobilisé 23 psychologues chargés d’écouter, de conseiller et d’orienter les jeunes. Force est de constater, toutefois, que ces actions de sensibilisation tardent à toucher toutes les tranches de jeunes. «La prévention en matière de santé sexuelle et reproductive demeure peu développée, notamment auprès des groupes à besoins spécifiques comme les handicapés et les analphabètes, précise Sénim Ben Abdallah, sociologue et enseignant chercheur à l’université de Sfax.
Selon lui, la sexualité reste encore un sujet tabou à l’école, où l’on n’ose pas encore à introduire des cours d’éducation sexuelle dans les programmes d’enseignement, mais aussi au sein de la famille. Le Dr Farouk Ben Mansour, spécialiste de la santé reproductive, est aussi catégorique à ce sujet. «La majorité des jeunes consomment le sexe sans protection ou respect des règles d’hygiène en raison d’un grave déficit d’éducation sexuelle», précise-t-il. Et de renchérir: «Une grande partie de nos jeunes croient, à tort, que les films pornographiques aux quels ils accèdent désormais facilement constituent une source d’éducation à la sexualité».


W.K.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com