Déchets électroniques: Une bombe à retardement !





Au mois de février dernier, le Programme des nations unies pour l’environnement a rendu public un rapport dans lequel il tire la sonnette d’alarme contre l’explosion des quantités de déchets électroniques (ordinateurs, téléphones portables...) dans le monde. Le rapport considère que les pays sous-développés ainsi que ceux en voie de développement sont les plus menacés par ce danger. Si aucune politique n’a été prise pour collecter et recycler leurs déchets électroniques, ces pays vont faire face à de graves problèmes sanitaires et environnementaux.



Durée de vie très courte



Adoptant la même approche alarmante, des experts prévoient d’autre part que les ventes de produits électroniques dans les pays comme la Chine et l’Inde ainsi que sur les continents africain et sud-américain, devraient exploser au cours de la prochaine décennie. Ils considèrent qu’il est primordial d’engager des politiques de recyclage pouvant générer des emplois, réduire les émissions de gaz à effet de serre.
En effet, le développement technologique marquant l’industrie des équipements électroniques dans le monde a, aujourd’hui, banalisé l’accès à des équipements de plus en plus sophistiqués et qui tendent à avoir une durée de vie très courte. Et les sociétés, devenues de grands consommateurs de la technologie, génèrent des quantités considérables d’équipements électroniques usagés. En Europe, aux Etats-Unis et dans certains pays comme le Japon, la révolution technologique a poussé depuis plusieurs années les gouvernements à faire face aux problèmes liés aux déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE). Seulement, cette prise de conscience peut comporter des lacunes. Profitant des failles législatives dans la plupart des pays du Sud, certains pays délocalisent le recyclage de leur DEEE sous couvert de l’aide au développement. La situation est loin d’être la même en Tunisie où l’environnement constitue un élément clé au sein de la politique du développement.
La volonté de dynamiser la croissance de l’économie et améliorer le niveau de vie des citoyens est en effet intégrée dans le cadre d’une politique environnementale globale. La maîtrise des sources de pollution à travers une gestion durable des déchets forme un défi environnemental de premier plan. Les DEEE constituent dans cette optique, un défi à la fois économique et écologique de premier plan. En Tunisie, près de 75 mille tonnes d’équipements électroniques usagés sont jetés chaque année au rébut. La distribution de ces déchets selon les secteurs montre que presque la moitié (47%) de cette quantité provient des ménages. Il s’agit là d’une cible privilégiée de toute action visant à responsabiliser la gestion des déchets électroniques.
Aujourd’hui, un dispositif de récupération et de gestion des DEEE qui doit être piloté par l’Agence nationale de gestion des déchets l’ANGED, est dans la phase de mise en place. L’approche doit être la même que celle adoptée pour la création des autres filières de collecte et le recyclage des déchets ménagers et industriels. Il s’agit de ne plus considérer les déchets électroniques comme un problème, mais comme une opportunité de créer un marché et des emplois. Sur le plan législatif, plusieurs textes relatifs aux déchets et au contrôle de leur gestion sont d’ores et déjà en vigueur.



Hassen GHEDIRI


Où est le problème?

Les déchets électroniques posent deux problématiques, la première concerne les matières contenues dans les équipements. La deuxième est relative aux pratiques utilisées dans le recyclage.
Les équipements électroniques contiennent une part importante de métaux, tels que les métaux lourds qui posent problème en fin de vie des appareils, et les métaux précieux qui incitent au recyclage.
Parmi les premiers, il y a le cadmium, le plomb, le mercure, le nickel ou l’antimoine, et pour les seconds, l’or, le cuivre, l’argent et le platinium. Parmi les éléments toxiques, on trouve encore des produits organiques, notamment les polychlorobiphényles (PCB) utilisés comme retardateurs de flammes dans les plastiques ou comme isolants dans les transformateurs. Ces produits sont toxiques au point de contaminer la poussière qui se dépose à l’intérieur d’un appareil électronique ce qui la transforme en une substance toxique.


Réglementation



La gestion des déchets électriques et électroniques en Tunisie est aujourd’hui réglementée par un texte de loi-cadre n°41 de l’année 1996. Il s’agit de la loi relative aux déchets et au contrôle de leur gestion.
Il y a lieu de noter d’autre part que les équipements électroniques usagés sont classés parmi les éléments de la liste des déchets dangereux en vertu du Décret n°2339 de l’année 2000 daté du 10 octobre 2000.


«Nous sommes en avance...»


Ines Tmimi (Chef d’une entreprise de collecte et de recyclage de matériels informatiques)


Pourquoi avez-vous choisi de faire le recyclage des déchets électroniques?



Avant de créer mon entreprise «Collectun D3E Recyclage», j’ai passé 4 ou 5 ans à faire différentes études de faisabilité d’un tel projet en Tunisie. Etant donné que je vis en Italie, j’ai pu observer de très près comment fonctionnent les entreprises de ce genre dans ce pays et partout en Europe. J’ai aussi visité de très grandes sociétés américaines qui font le recyclage des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) selon des normes et des cahiers de charges très stricts. Dans ces pays, la gestion des déchets électriques et électroniques se fait par plusieurs recycleurs. Ainsi, un ordinateur sera démonté et les pièces seront être traitées et recyclées différemment selon la spécificité des matériaux.



Comment fonctionne « Collectun D3E Recyclage «?
Notre intervention consiste à récupérer et à valoriser le matériel informatique, bureautique et téléphonique. En l’absence de sociétés spécialisées dans la collecte des DEEE, «Collectun D3E Recyclage», a conclu des accords avec les entreprises, essentiellement des multinationales telles que «Shell». Il faut dire que tous ceux que nous avons, jusqu’ici contacté ont été très contents de trouver, en Tunisie, un recycleur de leurs déchets électroniques. Ils n’attendaient que ça en fait.



Quel sera d’après vous l’avenir du recyclage des déchets électroniques en Tunisie?
Je crois que la Tunisie est très en avance en la matière. Elle possède déjà le cadre réglementaire et les structures spécialisées. L’Agence nationale de gestion des déchets (ANGED) procède aujourd’hui à l’élaboration d’un projet de filière de collecte des déchets électroniques à l’instar des autres filières de collecte et de recyclage de déchets, lancées depuis des années. C’est pour dire qu’en pensant à mettre en place un programme de gestion des déchets électroniques, nous allons gagner beaucoup de temps qui épargnera dans le futur d’innombrables problèmes. Il serait toutefois indispensable de sensibiliser les citoyens pour qu’ils adhérent à ces efforts. Tout le monde doit aujourd’hui comprendre qu’un PC ou un téléphone portable jeté dans la nature contient des substances très toxiques.


 




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com