Madame Leïla Ben Ali à l’Agence UPI : La lutte contre la violence à l’égard de la femme est principalement un combat culturel





TUNIS- TAP
Mme Leïla Ben Ali, épouse du Président de la République et présidente de l’Organisation de la femme arabe (OFA), a accordé à l’Agence Internationale «United Press International» (UPI), une interview dans laquelle elle a passé en revue les réalisations accomplies durant la première étape de la présidence tunisienne de l’OFA sur la voie de l’unification des efforts en vue de promouvoir les conditions de la femme arabe et de renforcer ses aptitudes dans les différents domaines.
Dans cette interview, Mme Leila Ben Ali passe également en revue la mutation de qualité accomplie par la femme tunisienne qui occupe aujourd’hui des positions d’avant-garde dans toutes les institutions de décision politique et économique et dans la vie publique, se hissant ainsi au rang de partenaire effective de l’édifice national.
L’épouse du Président de la République met également l’accent sur l’importance des quotas, qui constituent une sorte de ségrégation positive pour permettre la réalisation de l’égalité et du partenariat entre l’homme et la femme. Elle met, également, l’accent sur la nécessité de renforcer la contribution de la société civile, toutes composantes confondues, à la promotion du statut de la femme et au renforcement de son rôle.
Dans une autre partie de l’interview, la présidente de l’OFA évoque le phénomène de la violence à l’égard de la femme, soulignant qu’il constitue un handicap devant le processus de développement, en ce sens qu’il exclut la moitié de la société.
Mme Leïla Ben Ali appelle, dans ce contexte, à briser le mur du silence pour faire face à ce phénomène, soulignant que l’OFA sera au premier rang des forces œuvrant à le prévenir et à l’éradiquer.
Elle aborde, par ailleurs, les souffrances endurées par la femme palestinienne, précisant que son initiative relative à la création d’une commission arabe du droit international humanitaire, sous l’égide de l’OFA, est une illustration parfaite de la solidarité indéfectible avec la femme palestinienne.
La première Dame de Tunisie indique qu’elle œuvrera, que ce soit au sein de l’OFA ou ailleurs, à multiplier les formes de soutien et d’appui à la femme palestinienne.
- Votre accession à la présidence de l’Organisation de la femme arabe a marqué une mutation qualitative qui a amené nombre d’observateurs et autres acteurs concernés par les affaires de la femme à se dire confiants quant aux possibilités de promouvoir l’action féminine arabe. Au vu de ce constat, comment évaluez-vous ce qui a été fait jusqu’à présent en la matière?
- J’aurais préféré que quelqu’un d’autre procède à l’évaluation du bilan de la première étape de mon mandat à la tête de l’Organisation de la femme arabe. Je suis en effet de celles qui n’aiment pas énumérer les réalisations mais se préoccupent plutôt de ce qui n’a pas encore été réalisé ou de ce qui est en cours de l’être.
Pour autant, je rappelle d’abord que la création de l’organisation avait pour objectif de fédérer les efforts en faveur de la promotion de la condition de la femme arabe, du renforcement de la coopération entre les pays arabes et de la conjonction des efforts en vue d’accroître les aptitudes de la femme arabe dans tous les domaines et à tous les postes. Je suis persuadée que nous avançons dans la bonne voie et que la présidence tunisienne de l’organisation a contribué à conforter cette tendance, à l’enrichir davantage et à lui conférer encore plus d’efficience.
Lorsque je pris en charge les destinées de l’organisation, je ne suis pas partie de rien. Je me suis appuyée, dans mon action, sur un actif bien réel, fruit des efforts des premières dames qui m’avaient précédée à la tête de l’organisation.
Depuis que la présidence de l’organisation m’a été transmise par Son Altesse Cheikha Fatima Bint Mubarak, présidente de l’union féminine de l’Etat des Emirats Arabes Unis frère, je me suis efforcée de poursuivre l’œuvre de promotion et d’amélioration de la condition de la femme arabe, de manière à répondre aux attentes et ambitions de nos sociétés.
Pour revenir à votre question, je ne cache pas que je me réjouis du large consensus auquel nous sommes parvenus lors de la quatrième réunion du conseil supérieur de l’organisation, tenue en Tunisie en juin dernier, concernant le choix qui s’est porté sur le thème du 3e Congrès de l’Organisation de la femme arabe, prévu en octobre 2010 à Tunis, à savoir ‘’la femme arabe, partenaire esentielle dans le développement durable’’.
Ce choix est l’expression de la prise de conscience accrue, dans le cadre de l’organisation, quant à l’importance du rôle de la femme dans l’œuvre de développement des pays arabes et de son adhésion active au monde du travail et de la production.
Cette réunion a été pour nous l’occasion de proposer la création d’un observatoire des législations sociales et politiques en rapport avec la condition de la femme dans les pays arabes, tant nous sommes conscients de l’importance des législations dans l’établissement des fondements favorisant des mutations qualitatives au niveau de la réalité sociétale mais aussi en termes de structures culturelles, de comportements et de mentalités, de manière à accélérer le rythme de modernisation de nos sociétés.
Je relève, également, l’adoption, le 20 décembre 2009, par le conseil des ministres arabes des Affaires sociales, de notre initiative en faveur de la proclamation d’une ‘’Journée arabe des personnes âgées’’ devant être célébrée le 25 septembre de chaque année. Autant dire combien le système de l’action arabe commune souscrit aux propositions de la présidence tunisienne de l’organisation de la femme arabe.
De par l’attention que nous portons aux questions relatives aux réalités sociétales et familiales en rapport avec la femme, nous avons œuvré à l’édition d’un important ouvrage documentaire traitant du phénomène de la violence à l’égard des femmes et aux moyens d’y faire front aux plans culturel et législatif.
Cet ouvrage a bénéficié des contributions d’un grand nombre de chercheurs tunisiens et arabes, hommes et femmes. Comme je l’ai écrit dans la préface, cet ouvrage représente une composante d’une stratégie plus large et plus globale, à la mise en place et à la concrétisation de laquelle nous nous engageons résolument, en vue de préserver la dignité de la femme arabe et de consolider ses droits.
Le 3e congrès de l’organisation, qu’abritera la Tunisie fin octobre prochain, sera marqué par la mise en place de cette stratégie arabe de lutte contre la violence à l’égard des femmes.
Je crois aussi que l’une des principales réalisations de la première étape de notre présidence de l’organisation a été l’entrée en activité effective de la commission arabe pour le droit international humanitaire, qui a tenu sa première réunion à Tunis en février dernier.
D’après les résultats des travaux de sa réunion constitutive, dont j’ai eu connaissance, cette instance s’emploiera à identifier des politiques et programmes d’action propres à favoriser la diffusion de la culture et une meilleure connaissance du droit international humanitaire, de manière à aider à l’avènement d’un environnement sociétal favorable et sûr pour la femme.
Il ne saurait y avoir de sécurité pour nos pays tant que la moitié de la société sera menacée et sous l’emprise de l’insécurité. Cette commission contribuera, sans doute, à proposer une vision arabe de la sécurité humanitaire de la femme, en harmonie avec l’approche internationale en la matière.
Sachant que nous continuerons d’œuvrer en faveur de l’enracinement des dimensions du concept de sécurité de l’Homme dans le cadre des programmes et politiques de l’organisation.
Nous n’omettrons pas pour autant de mentionner ce que nous avons accompli en matière d’organisation de cycles de formation, conférences et séminaires qui font de la cause de la promotion de la femme arabe un impératif civilisationnel que nous nous devons de faire aboutir si nous voulons gagner véritablement la bataille de la réforme, du développement et de la modernisation.
Ce sont là quelques-unes des réalisations que nous avons accomplies en une année de présidence tunisienne de l’organisation de la femme arabe. Nous espérons et faisons en sorte que ce qui est à venir sera encore plus important et toujours meilleur. Ce sera là, assurément, le fruit d’un effort collectif au sein de l’organisation et l’expression fidèle de la volonté de toutes les premières dames membres du conseil supérieur d’accroître l’apport de l’organisation et de dynamiser ses mécanismes d’action, de présence et de rayonnement.
- Il y a unanimité sur le fait que la femme tunisienne a réalisé des acquis de qualité à la faveur de législations et de textes avancés qui font qu’elle prétend désormais à un partenariat effectif avec l’homme. Estimez-vous que ces acquis ont rejailli sur la réalité de la femme, compte tenu, par exemple, de sa présence aux postes de décision?
- La Tunisie s’est employée, depuis l’Indépendance, à consacrer l’égalité de la femme avec l’homme, et à enraciner et à faire avancer ses droits au moyen du développement des différentes lois spécifiques, en particulier le Code du statut personnel instauré par le leader Habib Bourguiba dès l’indépendance du pays et promu par le président Zine El Abidine Ben Ali en principe constitutionnel et en tant qu’acquis national qui doit être préservé.
Des mécanismes, stratégies et programmes ont été mis en place, ouvrant des perspectives nouvelles devant la femme et l’encourageant à faire montre d’initiative et à participer à la vie publique sous toutes ses formes.
La femme tunisienne occupe désormais des positions avancées dans toutes les institutions de décisions politiques et économiques. Elle bénéficie en outre d’une présence réelle dans les espaces de la vie publique et dans tous les domaines du travail et de la production matérielle et intellectuelle, ce qui la hisse au rang de partenaire effective dans l’édifice national dans toutes ses dimensions et composantes.
Cette mutation qualitative dans la vie de la société tunisienne trouve son expression pratique dans des chiffres et indicateurs comparables à ceux enregistrés dans de vieilles démocraties.
C’est ainsi que le taux de présence de la femme à la Chambre des Députés s’élève à 27,52% , soit un taux supérieur au taux moyen de l’Europe industrialisée (17,4%) et nettement supérieur à la moyenne arabe (8,2%). La femme occupe également 16% des sièges à la Chambre des conseillers, Chambre haute du parlement.
Cette évolution est d’autant plus significative que la présence de la femme au parlement, avant le Changement du 7 Novembre 1987, ne dépassait guère les 4,26%. En outre, 15 % des membres du gouvernement sont aussi des femmes.
Dans le cadre de la démocratie locale, la proportion de femmes au sein des conseils régionaux des gouvernorats s’élève à 23%. Dans les conseils municipaux, cette proportion est passée de 16% en 1995 à 27,4%à l’issue des élections de 2005, soit 857 conseillères municipales, dont 5 Maires.
Je relèverais, également, que 23% des hautes fonctions dans l’administration sont occupées par des femmes, de même que le tiers des magistrats et plus du tiers des avocats et des professeurs universitaires.
Le taux de participation de la femme dans le cadre du tissu associatif a, lui aussi, progressé au cours des deux décennies écoulées, les femmes représentant désormais 42%des adhérents des organisations et associations et 20% de l’encadrement. Les associations féminines, au nombre de 140, sont actives dans les divers domaines de développement social, économique, culturel, sportif et politique.
Il ne faut pas oublier, non plus, qu’au niveau de la production et du monde du travail, la femme représente aujourd’hui près de 27%de la population active.
La progression du nombre de femmes d’affaires et chefs d’entreprises - 18 mille femmes au total- confirme encore une fois que la femme tunisienne est, de nos jours, l’un des piliers essentiels de l’œuvre de développement, un atout qui compte dans la vie économique et un puissant vecteur de progrès et de prospérité.
Tous ces chiffres et indicateurs ont vocation à progresser encore plus au cours des années à venir, la direction politique du pays ayant fixé, dans son programme électoral pour le prochain quinquennat, un objectif ambitieux consistant à porter à 35% le taux de présence de la femme dans les institutions constitutionnelles et les instances élues à l’horizon 2014.
La femme tunisienne est en droit de tirer fierté les acquis qu’elle a engrangés, qui la hissent aux niveaux les plus élevés et grâce auxquels elle a investi tous les domaines et tous les postes de décision et de production. Elle n’en est pas moins appelée à développer ses activités, à accroître son apport et à parfaire encore plus ses aptitudes dans les domaines de la gestion et de l’encadrement.
La Tunisie de demain attend, en effet, beaucoup de la femme. Nous avons la certitude que la femme tunisienne sera à l’avant-garde des forces vives pour relever les défis auxquels notre pays est confronté en cette étape si cruciale de notre histoire.
- Croyez-vous que le système des quotas ou ce qu’on appelle aussi «la discrimination positive» serait de nature à conforter le statut et la participation de la femme à la vie politique et, donc, à la soustraire, à long terme, au contingentement?
- Je crois que tous les moyens et mécanismes susceptibles d’aboutir à consacrer le rôle de la femme en tant que vecteur agissant de changement et de modernisation sociale et en tant que moteur de l’œuvre de développement sont les bienvenus en attendant que mûrissent les conditions objectives et historiques qui ne rendraient plus nécessaires le recours au contingentement.
Pour autant, le système des quotas est une étape souhaitable, voire recommandée dans notre réalité arabe afin de donner à la femme des chances plus grandes de participation et d’exercice de son droit citoyen, d’être partie prenante dans le processus décisionnel.
Indépendamment de la polémique qui oppose ceux qui mettent en avant les avantages d’un tel mécanisme et ceux qui en dénoncent les travers, je pense que ses avantages dépassent ses inconvénients, s’agissant au final de réaliser l’égalité et le partenariat entre l’homme et la femme et d’assurer l’accession des femmes aux conseils et instances élus.
Nous ne devons pas occulter, en effet, la vision négative qu’ont encore certaines de nos sociétés arabes envers la présence de la femme dans le domaine politique et aux postes de décision.
Le système des quotas est une forme de discrimination positive appliquée par l’organisation onusienne et même par les pays de vieille tradition démocratique. Il est pratiqué dans plus de 80 pays du monde pour réduire le fossé du vote selon le genre et dépasser la vision réductrice à l’égard du droit de la femme à la participation politique.
Pour ces raisons, le système des quotas est un moyen efficace de remédier au problème de la sous-représentation de la femme aux postes de décision et de responsabilité. Il contribue à dynamiser et à renforcer son rôle dans la société par le démantèlement des obstacles qui empêchent la femme d’exercer ses droits et de remplir ses obligations de citoyenne.
J’ai la conviction qu’une telle disposition graduelle en faveur de l’égalité effective entre la femme et l’homme finira par ne plus avoir de raison d’être au vu des efforts déployés pour l’avènement d’un environnement sociétal porteur de l’idée de participation politique de la femme et de la foi en son apport essentiel à l’œuvre de développement et de progrès.
Face à cette dynamique sociale à laquelle nous assistons, je crois que ce jour-là n’est plus lointain.
- Comment percevez-vous la nature du rôle que sont censées remplir les organisations nationales et les différentes composantes de la société civile en vue d’améliorer davantage la condition de la femme et d’en renforcer le rôle dans l’œuvre de développement des pays arabes ?
- La société civile constitue désormais l’un des aspects civilisationnels du civisme contemporain. Les organisations de la société civile jouent, en effet, un rôle essentiel dans notre monde d’aujourd’hui.
L’importance de ce rôle en matière d’enracinement des valeurs de citoyenneté et de l’esprit de coopération et de solidarité pour la réalisation des objectifs fixés dans les divers domaines de développement économique, civilisationnel et sociétal n’est plus à démontrer.
Les formes de coopération et les projets communs des institutions de la société civile étant de nos jours transfrontalières et dépassant le cadre des pays et des nations de manière à ce qu’elles œuvrent de concert et à des niveaux élevés de partenariat et de coordination, il est tout à fait normal, voire inéluctable, pour ne pas dire élémentaire, que les efforts des organisations et associations nationales et de toutes les composantes de la société civile arabe se conjuguent au service d’une cause si exaltante et si décisive pour l’évolution de nos sociétés et pour l’avenir de la modernisation qui s’y opère, à savoir la cause de la femme, de l’amélioration de sa condition et du renforcement de son rôle au sein de la famille et dans la société.
L’organisation de la femme arabe étant le prolongement naturel de la volonté arabe de réforme et de progrès, nous tenons beaucoup à la coordination et à la coopération avec l’ensemble des organisations et associations nationales en faveur de la promotion accrue des droits de la femme dans les pays arabes et de la mise en place des mécanismes propres à concrétiser ses droits dans le cadre des pratiques effectives de la société.
Les organisations nationales et l’ensemble du tissu associatif arabe sont appelés à assumer leur part de responsabilité, à faire preuve d’esprit d’initiative, à élargir leur champ d’action, à développer leurs programmes et mécanismes, à consentir un surcroît d’efforts de participation et à faire œuvre utile en matière de diffusion des valeurs d’égalité entre l’homme et la femme et d’approfondissement de l’esprit d’action collective au service de cette cause et afin d’en remporter la bataille. L’amélioration de la condition de la femme ne relève pas de la seule responsabilité des gouvernements.
Elle est la responsabilité de chacun, dans laquelle les rôles se complètent les uns les autres et ne s’opposent point. Nous ne ménagerons aucun effort, au sein comme en dehors de l’organisation, pour encourager les composantes de la société civile à s’investir et à assumer pleinement leur rôle afin d’éliminer toutes les formes de discrimination à l’égard de la femme dans nos sociétés et de promouvoir une action associative organisée, destinée à améliorer la réalité de la femme dans les pays arabes.
- D’aucuns qualifient la violence à l’égard des femmes de fléau qui ronge la société. Comment percevez-vous les conséquences de ce fléau et les moyens à même d’en venir à bout?
- Nul ne conteste que la violence contre la femme est l’un des phénomènes les plus préjudiciables à l’essence même de l’humanité et les plus révélateurs du chemin encore très long que l’humanité à encore à parcourir pour rompre avec ce phénomène et faire en sorte que les droits de l’Homme constituent une vertu accessible à la femme comme à l’homme.
La violence dont la femme est victime aux plans physique, psychologique, social, économique, politique et culturel figure, indubitablement, parmi les facteurs qui entravent l’œuvre de développement tant cette violence exclut et paralyse le potentiel de la moitié de la société.
Ce phénomène ne relève, certes, d’aucun genre social, race ou religion en particulier tant il est répandu dans le monde.
Son élimination de nos sociétés arabes n’en est que plus impérative dans la mesure où nos pays en développement ne peuvent pas se permettre le luxe d’exclure ou de marginaliser la moitié de son potentiel de forces vives alors qu’elles mènent des batailles de développement et de progrès sur plus d’un front.
Je pense que le premier moyen de combattre ce fléau consiste à briser le mur du silence qui, souvent, occulte l’ampleur des souffrances de la femme et cache les préjudices qu’elle subit. Le mutisme de la femme reviendrait à accepter la persistance de ce phénomène, sinon son aggravation.
Nous avons déjà eu à souligner, à maintes reprises, que la lutte contre la violence à l’égard de la femme est principalement un combat culturel, éducatif et médiatique avant d’être un combat juridique et coercitif si nous voulons nous attaquer aux racines mêmes de ce phénomène, dans le cadre d’une stratégie cohérente qui ferait de la promotion de la femme et de la consécration de son rôle au sein de la famille et dans la société les moyens d’empêcher que ne se produise aucun abus d’ordre matériel ou physique contre elle.
Nous estimons qu’un effort complémentaire reste à faire afin que soit définitivement éradiqué ce fléau social, bien que nous admettions les progrès accomplis par les législations arabes en la matière et la régression d’un tel phénomène du fait de l’évolution sociale et de la multiplication des stratégies nationales destinées à combattre la violence à l’égard de la femme.
La protection de la femme est à la base de la construction d’une famille équilibrée et de la réunion des attributs d’une société soudée et solidaire.
L’Organisation de la femme arabe demeurera à l’avant-garde des partisans de la prévention et de la lutte contre un tel fléau attentatoire à la dignité de la femme arabe et si préjudiciable à sa condition humaine. Il a été procédé, à cet égard, à l’élaboration d’un projet de cadre général de la stratégie régionale de protection de la femme arabe contre la violence. Comme je l’ai déjà dit, la mise en place de cette stratégie étalée sur cinq ans sera officialisée lors du 3e Congrès de l’organisation.
C’est une stratégie en six volets portant sur la participation, la prévention, la protection et le renforcement de la prise de conscience, outre la disponibilité de données, les études, le suivi et l’évaluation.
- Que peut faire l’Organisation de la femme arabe pour soutenir la femme palestinienne?
- La cause palestinienne, en général, et la cause de la femme palestinienne, en particulier, figurent en permanence à l’ordre du jour de l’Organisation de la femme arabe. Elle est au centre de ma préoccupation personnelle. Ceci sans compter le soutien inconditionnel que lui apporte mon pays et la position tant de fois réitérée du Président Zine El Abidine Ben Ali qui la considère comme sa cause personnelle.
Tout le monde sait que notre conscience de la souffrance de la femme palestinienne, en butte à l’arbitraire, aux abus, à la détention et à différentes autres formes d’humiliation exercées par les autorités israéliennes d’occupation est, comme je l’ai déjà rappelé, à l’origine de notre proposition en faveur de la création de la commission de la femme arabe pour le droit humanitaire international, dans le cadre de l’Organisation de la femme arabe, ce que j’ai déjà rappelé.
Notre initiative procède de notre vision et de notre attachement à traduire en actes concrets notre pleine solidarité avec la femme palestinienne et le soutien que nous lui apportons face à la situation dramatique et aux grandes souffrances qu’elle endure du fait du blocus et de l’agression qu’elle subit avec sa famille et sa société.
Cette instance figurera parmi les mécanismes efficients et propres à servir notre mouvement au plan international et auprès des organisations et instances régionales et internationales afin que nous puissions donner la vraie mesure de la condition de la femme et de l’enfance en Palestine et engager ces organismes onusiens à assurer la protection du peuple palestinien dans son ensemble.
Nous nous emploierons, au sein et en dehors de l’organisation, à ce que se diversifient et gagnent en efficacité les formes d’assistance et de soutien à la femme palestinienne, de manière à accroître sa capacité de résistance et à l’aider à se protéger ainsi que sa famille, jusqu’à la libération de sa patrie et le recouvrement de ses attributs de dignité humaine
- Le monde célèbre, le 8 mars, la journée mondiale de la femme. Que signifie pour vous cette Journée et quel est votre message à la femme à cette occasion?
- Cette Journée, décidée par la communauté internationale, marque une reconnaissance de la place centrale qu’occupe désormais la femme dans les sociétés contemporaines et de son rôle actif en matière de réalisation de la stabilité et de la prospérité des sociétés.
C’est aussi une opportunité renouvelée pour nous rappeler les luttes du passé et explorer les perspectives de l’avenir maintenant que la conviction de tous est acquise, que le progrès social est en corrélation étroite et directe avec le progrès de la femme.
La célébration de cette journée est également l’occasion de mesurer les étapes franchies par le processus de promotion de la femme et d’amélioration de sa condition de par le monde, et de réitérer notre solidarité avec toutes les femmes opprimées partout dans le monde, en particulier avec les vaillantes femmes de Palestine.
Au moment où nous célébrons cette Journée, nous sommes en droit de tirer fierté des acquis engrangés par la femme tunisienne et sa sœur arabe et des conditions désormais plus favorables dont elles bénéficient pour exercer leur pleine citoyenneté et remplir leur rôle au service du développement de nos sociétés.
Nous avons grand espoir, à l’heure où nous participons aux côtés de la communauté internationale à la célébration de la journée mondiale de la femme, que se renforcera la prise de conscience de toutes les composantes de nos sociétés arabes quant à la nécessité de consentir encore plus d’efforts afin de conférer plus de densité et de contenu effectif au processus d’émancipation de la femme arabe, de manière à faire des valeurs d’égalité et de partenariat entre la femme et l’homme un atout pour construire une vraie modernité arabe, fondée entre autres sur l’affranchissement de toutes les formes de marginalisation et de discrimination à l’encontre de la femme dans une société soudée et ayant foi en l’égalité entre les deux sexes.
Notre ambition est tout aussi grande de voir se concrétiser les objectifs escomptés de la lutte de la femme partout dans le monde, en consécration d’un monde plus équilibré, plus stable et plus juste, dans lequel la femme figurera parmi ses bâtisseurs, ses protecteurs et ses acteurs qui comptent.




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com