L’Afrique de toutes les aberrations





Au Nigeria, les Chrétiens et les Musulmans ne se portent plus, malheureusement, en odeur de sainteté. Bien qu’il soit assez récent, le phénomène inquiète car il donne lieu bien souvent à des dérapages incontrôlés. La haine morbide qui divise les deux ethnies alimente d’ailleurs régulièrement de sanglants pogroms qui repoussent à chaque fois un peu plus les limites de l’horreur et dépassent le seuil de l’humainement supportable.
Le dernier accès de violence s’est passé, comme on le sait, dans la nuit de samedi à dimanche dernier dans l’Etat du Plateau, un des Etats de la Fédération nigériane où plus de 500 villageois chrétiens ont été massacrés à coups de machette par des groupes armés de nomades haoussa- fulani, majoritairement musulmans. D’après les ONG et les leaders communautaires, cette horrible tuerie qui n’a épargné ni femmes, ni enfants a été perpétrée «en représailles du précédent massacre qui avait fait 300 morts à Kuru-Kuruma le 19 janvier. Les mêmes scènes s’étaient alors déroulées sauf que cette fois, les assassins étaient des Béroms chrétiens et les victimes des Musulmans.
Comment justifier tant de haine et de rancœur entre deux ethnies d’un même pays qui vivaient il y a quelques années, en bonne intelligence? Quelles sont les raisons profondes à l’origine de cette longue vendetta qui ne prédit rien de bon? Bien que certaines âmes en peine soient allées très vite en besogne pour désigner un nouveau clash des religions, les causes de ces tueries, pour surprenant que cela puisse paraître, ne sont pas confessionnelles. Elle seraient plutôt d’ordre économique, social, tribal et culturel. Il semble en effet, que cette compétition sanglante est aggravée par un système hérité de la colonisation britannique à savoir celui des «indigènes». Dans chacun des Etats fédérés, un ou plusieurs groupes ethniques désignés officiellement comme les habitants originels, bénéficient, en effet, de privilèges refusés aux autres citoyens, comme les postes de fonctionnaires ou les places à l’université par exemple. Dans l’Etat du Plateau, ce concept identitaire d’une aberration insoutenable est justement la cause de tous les heurts et malheurs. Car, quand les éleveurs haoussa-fulani, pourtant présents depuis le XIXe siècle réclament en vain le label «indigènes» se heurtant au refus catégorique des Beroms, il faut s’attendre au pire.
Le ver est donc dans le fruit et le pire est à craindre quand les démons de la division règnent en maîtres, y compris d’ailleurs au sein du corps de la police et de l’armée.
Pays de tous les paradoxes, avec ses immenses réserves de pétrole et ses pans entiers de populations vivant au-dessous du seuil de pauvreté, le Nigéria n’en finit pas de tirer le diable par la queue. Une guerre sans merci n’y fait peut-être que commencer. C’est pourquoi, il est du devoir de la communauté internationale d’intervenir de toute urgence, afin d’éviter que la machette n’entre de nouveau en action et ne soit, encore une fois, l’instrument de crimes abjects et absurdes, voire de génocides.
L’Afrique, exsangue et théâtre malheureux de conflits à répétition, se passerait en tout cas volontiers d’une nouvelle guerre à l’issue incertaine dont l’onde de choc risque de se répercuter à travers toute la planète.



Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com