Colloque international : Les sociétés islamiques sont-elles hostiles au compromis ?





C’est le thème d’un colloque international organisé les 15, 16 et 17 mars par la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis.
Experts maghrébins et occidentaux ont débattu pendant trois jours des perspectives historiques et socio-anthropologiques de cette problématique de compromis dans l’Islam, sous la direction du laboratoire DIRASET- études maghrébines de la faculté, en collaboration avec la Fondation allemande Hanns Seidel.
L’intérêt accordé ces derniers temps par les politiques et les sociologues de tous bords à ce thème a fait que le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC) lui apportent également tout leur soutien pour essayer d’apporter des éclairages du passé pouvant aider à naviguer au présent et au futur. Occidentaux et arabes veulent comprendre les origines de cette orthodoxie qui a pris de court tout le monde à la fin du 20ème siècle et qui se prévaut de l’Islam. Qu’en est-il réellement ?
Origines et enjeux
Une trentaine d’universitaires a essayé de répondre à ce questionnement en suivant le parcours du compromis dans la société islamique. Ainsi, Yadh Ben Achour est revenu aux origines de l’Islam et présenté l’idée et l’expérience du compromis dans l’histoire de la civilisation islamique. Abdelmagid Charfi lui a emboîté le pas en examinant le compromis dans le cadre de l’orthodoxie.
Ces deux interventions ont conclu que l’Islam du temps du Prophète et des Califes, a toujours encouragé le compromis et cherché à fédérer. Le compromis y apparaît sous de multiples formes : celle de la renonciation au droit ‘afw’ (pardon) et ‘tanâzul’ (désistement), celle de transaction ‘solh’, celle de l’arbitrage ‘tahkim’ ou celle de la tolérance ‘tasâmuh’.
Pour saisir cette dimension du compromis dans l’histoire de la civilisation islamique, les deux intervenants ont rappelé des faits historiques inauguraux ‘solh houdaybia’, de cohabitation, de patrimoine culturel ou théologiques et juridiques.
Les propos de Yadh Ben Achour et Abdelmagid Charfi ont d’ailleurs rejoint ceux de Mohamed Nachi qui a insisté dans son rapport introductif sur «la nécessité de montrer à partir de faits historiques, d’événements et de situations sociopolitiques, que la formation du compromis est une réalité tangible dans le champ religieux islamique, aussi bien que dans le monde social et politique».
Ce chercheur venant de l’université de Liège et associé au laboratoire DIRASET a affirmé pour expliciter son idée que «la culture arabe ne peut se passer de cette «invention de l’humanité’ (cf le compromis) indispensable à toute transaction humaine».
Enjeux et perspectives
L’examen de cette notion de compromis dans les sociétés islamiques ne s’est pas limité aux premières heures de l’Islam. Les intervenants successifs ont analysé l’évolution de ces prises de positions par rapport à plusieurs problématiques rencontrées à travers l’histoire et de nos jours.
Ainsi, Emmanuelle Tixier du Mesnil, maître de conférences à Paris X Nanterre, a présenté une conférence sur l’exemple andalou : ‘le compromis érigé en mode de gouvernement’. Le conférencier s’est référé à l’Andalousie du XIe siècle quand ‘Al-Mu’tamid de Séville et Abd Allâh de Grenade, confrontés à la reconquête chrétienne naissante et contraints de faire appel aux guerriers berbères almoravides, érigèrent la recherche du compromis en art de gouverner’.
Abderrahmane Moussaoui, maître de conférences à Aix-en-Provence a analysé, quant à lui, le processus de sortie de crise en Algérie après la guerre civile. Moussaoui s’est attardé sur le processus de réconciliation en Algérie, entamé par le président Liamine Zeroual à travers la loi de la ‘rahma’ (clémence) et relayé par son successeur Abdelaziz Bouteflika à travers des lois successives. D’abord, la concorde civile. Ensuite, en 2005, la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Enfin, à partir de mai 2009, la consolidation de la politique de réconciliation nationale.
Les intervenants suivants ont abordé d’autres formes de compromis ayant surgi dans les sociétés islamiques telles que l’adoption du Code de statut personnel en Tunisie, la question du gouvernement d’union nationale en Palestine ou le problème du ‘takfir’ ayant surgi par intermittence et à diverses reprises dans les sociétés islamiques. Les conférenciers ont analysé ces différentes situations dans leur conjoncture historique et socio-économique.
Le colloque a permis d’analyser profondément la place du compromis dans la culture arabo-islamique, concluant que «le propre du compromis est de constituer un rempart contre la violence, de réguler les conflits et les différences entre les membres d’une même communauté et de rendre possible la coexistence de valeurs à priori inconciliables».



Mourad SELLAMI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com