Salaires : Combien gagnent les Tunisiens ?





Quels sont les vrais salaires des Tunisiens? «Le Quotidien» a tenté de dresser une grille non exhaustive des revenus d’un bon nombre de professions.
La Tunisie se prévaut d’une classe moyenne très large, d’un taux de pauvreté sous la barre de 4%, d’un taux de propriétaires de logements aux alentours de 80% et d’un revenu moyen par tête d’habitant de plus de 5000 dinars par an. Aucune grille exhaustive des salaires des Tunisiens n’est, cependant, disponible à l’heure où tous nos concitoyens glosent beaucoup sur l’érosion de leur pouvoir d’achat. Dès lors, le fait de dresser un palmarès des salaires devient un exercice malaisé surtout qu’il s’agit d’un secret que bon nombre de Tunisiens tiennent à garder jalousement. Pour tenter de lever un coin du voile sur ce sujet sensible, nous avons utilisé les moyens de bord disponibles, à savoir les entretiens directs avec des personnes appartenant à différentes corporations, les grilles de salaires dans la fonction publique mais aussi une toute récente enquête du Bureau d’études Sigma Conseil sur la rémunération des patrons.
Entre le public et le privé
Dans la fonction publique, un cadre moyen fraîchement débarqué de l’université touche en moyenne entre 500 et 600 dinars. Après quelques années d’expérience et d’avancement automatique, ce niveau se situe entre 700 et 800 dinars. Un chef de service est rémunéré dans une fourchette allant de 800 à 1000 dinars. Un sous-directeur peut toucher jusqu’à 1200 dinars alors que le salaire du directeur est d’environ 1500 dinars. Au haut du tableau, un PDG d’une entreprise publique touche entre 2000 et 3000 dinars par mois. Tel est le cas de Nabil Chettaoui, PDG de Tunisair, qui a révélé l’année dernière, en marge de l’assemblée générale de la compagnie, un salaire annuel de 30.000 dinars.
Dans le secteur privé, c’est souvent le profit que génère le manager ou le cadre qui détermine le salaire. C’est ce qui explique le fait qu’un PDG d’une banque publique touche un salaire de 2.300 dinars alors que celui d’une banque privée touche des dizaines de milliers de dinars par mois. Ces émoluments ne comprennent pas les extras, à savoir les primes, les bons d’essence, les tickets restaurant.
En ce qui concerne les cadres moyens du secteur privé, les rémunérations mensuelles vont de 500 dinars jusqu’à 800 dinars.

Système D...
Dans le secteur de l’Education, un professeur touche entre 700 et 900 dinars, alors que l’instituteur débute avec 600 dinars avant de monter selon son ancienneté. Le professeur de faculté touche, quant à lui, entre 1200 et 1600 dinars en moyenne.
Chez les médecins, un généraliste recruté dans un établissement public de santé débute avec un peu plus de mille dinars alors que le spécialiste touche près de 1500 dinars. Un professeur agrégé touche, se son côté, un peu plus de deux mille dinars.
D’autre part, le magistrat débutant gagne 1300 dinars pour le premier degré. Dans le deuxième degré, la rémunération mensuelle se situe à 1600 dinars pour le deuxième, contre 2000 dinars pour le troisième degré.
Un policier gagne, quant à lui, 400 dinars en moyenne alors qu’un ouvrier touche 250 dinars par mois. Les plus bas salaires sont ceux des femmes de ménage employées selon le système de sous-traitance( entre 100 et 150 dinars par mois) ; les secrétaires médicales dans un cabinet touchent entre 120 et 220 dinars. Ces «petits salaires» résistent, toutefois, aux poussées inflationnistes en multipliant les petits boulots. Ainsi, un ouvrier peut facilement s’improviser agent immobilier (Samsar) alors qu’un ouvrier des chantiers peut se convertir en taximan le soir pour arrondir leurs fins de mois difficiles. Des «as» de la débrouille en somme.
Globalement, la rémunération mensuelle la plus répandue est d’environ 500 dinars par mois, soit le salaire d’un cadre moyen.

Walid KHEFIFI

Un salaire annuel moyen de 110.000 dinars

Le bureau d’études tunisien Sigma Conseil vient d’ouvrir une brèche dans l’un des secrets les mieux gardés en Tunisie: la rémunération des patrons. Dans une enquête intitulée «L’état des lieux et les pratiques en vigueur en matière de rémunération des dirigeants sociaux en Tunisie», le bureau d’études révèle que la rémunération haute annuelle moyenne des dirigeants sociaux (PDG, directeur général, administrateur) est de 110000 dinars (1 dinar = 0,52 euro). Le salaire annuel brut minimal se situe aux alentours de 29000 dinars tandis que la rémunération maximale dans l’échantillon étudié s’établit à 360000 dinars par an.
L’enquête menée auprès d’un échantillon de 180 sociétés publiques et privées opérant dans les divers secteurs d’activité économique, et dont 10% sont cotées en Bourse, précise également que les salaires des patrons tunisiens ne reposent pas toujours sur des critères objectifs. L’absence de distinction entre propriétaire et dirigeant dans un tissu entrepreneurial formé majoritairement d’entités familiales amène les patrons à s’octroyer de généreuses rémunérations et à gérer leurs dépenses personnelles en puisant dans la caisse.

800.000 ménages endettés

Encouragés par une offre pléthorique de la part des banques et des commerces spécialisés dans les crédits et la vente à tempérament, les Tunisiens ne résistent plus aux tentations les plus démesurées.. Le nombre des ménages vivant à crédit est ainsi passé de 50000 personnes en 2003, à plus de 800.000 en 2008. Un record historique !
Selon les chiffres de la Centrale des crédits à la Banque centrale de Tunisie, l’endettement global des particuliers auprès des banques a totalisé en 2008 quelque 8,2 milliards de dinars contre 5,9 milliards de dinars en 2007. Les statistiques disponibles sur le volume des crédits accordés aux particuliers ne représentent en réalité que la partie visible de l’iceberg. Les crédits fournisseurs (vente à tempérament), les crédits contractés auprès des caisses sociales, mutuelles et autres fonds sociaux explosent au même titre que les avances sur salaires et des emprunts auprès des proches et des amis.

53% des Tunisiens ne parviennent plus à épargner

Selon une étude intitulée les «Ressources pécuniaires du couple et gestion des ménages» réalisée récemment par le Centre de Recherches, de Documentation et d’information sur la femme (CREDIF), 53% des couples Tunisiens reconnaissent ne pas pouvoir faire d’épargne car ils n’en ont pas les moyens. 47% des Tunisiens épargnent des petites sommes prélevées sur leurs salaires pour les cas d’urgence.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com