Enfants intellectuellement précoces : Pour que ce don ne soit pas mal vécu





Un enfant est considéré comme précoce lorsque son âge mental est nettement en avance sur son âge réel. Mais ce «don» naturel, au lieu d’être une bénédiction, est parfois mal vécu par l’enfant et son entourage. Que faut-il savoir ?
C’est généralement par le passage d’un test de quotient intellectuel (QI) chez un psychologue, que la précocité d’un enfant pourra être réellement mesurée. Durant ce test, l’enfant passe des tests psychométriques afin de mesurer son niveau de performance par rapport à ses pairs. Cela dit, les enfants ne vivent pas tous leur précocité de la même manière. En effet la précocité d’un enfant peut se transformer d’aubaine en déveine si elle n’est pas détectée à temps et que l’entourage n’adopte pas les mesures qu’il faut pour cet enfant « spécial ».
Mme Eya Nasri, psychologue, nous explique ce phénomène.
«D’abord, je dois dire qu’hélas, chez nous, très peu d’enfants précoces sont détectés. Un nombre très réduit de parents sont au courant de l’existence même de cette éventuelle précocité chez les enfants ! Ils croient généralement qu’il s’agit d’enfant intelligent ! Du coup, ce don divin passe sous silence et prend la majorité du temps une forme très négative. Ce qu’il faut faire ? C’est simple, l’on doit passer un test de QI chez un psychologue à partir de l’âge de 2 ans. Il faut continuer également à être à l’écoute de ses évolutions en matière de psychomotricité et d’acquisition du langage et les comparer avec la norme en âge scolaire. Un enfant intellectuellement précoce peut ne présenter aucun problème, il sera considéré juste comme intelligent. L’élément déclencheur de la détection est souvent lié à l’apparition d’un problème d’ordre scolaire ou psychologique. Mais je rassure les parents, ce n’est pas systématique.
En la matière, la détection reste primordiale, «mieux vaut prévenir que guérir». Si l’enfant semble particulièrement éveillé pour son âge, qu’il comprend tout et très vite, il est peut-être précoce. L’on peut voir chez lui certains signes : il pose des questions, est très curieux et s’implique mentalement et physiquement. Il a des idées folles et ne travaille pas beaucoup, mais a toujours de bons tests, il discute les détails, élabore et est en avance du groupe. Il montre des opinions affirmées et sait déjà beaucoup de choses. Une à deux répétitions lui suffisent pour apprendre et maîtriser. Il préfère côtoyer les adultes et prend l’initiative de projets. Il est inventeur, très observateur, devine vite et se complaît dans la complexité. Et généralement, il a un graphisme et une écriture très souvent problématiques, particulièrement chez les garçons. C’est justement parce que son intellect dépasse ses capacités physiques responsables de la maitrise des outils de traçage.
Cela dit, le désir de s’intégrer et la peur d’être rejeté poussent beaucoup d’enfants à étouffer ou dissimuler leurs capacités sur-ordinaires. Or parfois, cet enfant doit être considéré de manière à part, il est même parfois nécessaire qu’il saute une ou de deux classe. Surtout lorsque son QI dépasse les 145. Parce que, le cas échéant, il aura un sentiment de lassitude dans une classe où on lui apprend des choses qu’il connait déjà ! S’il reste dans la même classe, il trouvera l’école inutile et se transformera probablement en un cancre ! S’il saute de classe, il va se trouver en décalage avec les autres élèves d’une classe supérieure parce que la maturité affective de l’enfant correspond généralement à son âge réel et là cela pourrait l’affecter sur le plan émotionnel. Mais d’un autre côté, s’il reste dans sa classe d’âge, c’est son développement intellectuel qui va en souffrir ! Hélas, beaucoup d’enfants surdoués sont en échec scolaire. Beaucoup trop redoublent une ou plusieurs fois parce qu’ils s’ennuient en classe et se résignent, ou se révoltent et deviennent délinquants.
En effet, l’école a pour but de niveler, d’unifier, de faire accéder le plus grand nombre à l’éducation, mais n’a pas les moyens de gérer les enfants différents. Les surdoués sont différents des autres : beaucoup plus sensibles, parfois plus agités, souvent timides et solitaires, rêveurs et un peu artistes, ayant des questionnements philosophiques, artistiques ou scientifiques dès leur plus jeune âge... Malheureusement, à l’école primaire, plusieurs enseignants préfèrent se polariser sur les enfants en difficulté sociale, estimant que l’enfant surdoué est un mythe ou une mode de parents élitistes. Pourtant, si le psychologue a détecté un Q.I. élevé chez un enfant, cela ne trompera pas, il est précoce ! Donc, c’est un choix que parents, psychologues et enfants doivent faire ensemble.
Je tien toutefois à dire aux parents qu’un enfant, avec un Q.I. élevé ou non, doit être stimulé au maximum. Ils doivent développer son intelligence, sa culture générale et artistique. Cela ne lui sera que bénéfique et fera exploser ses talents cachés».


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com