Vu en France : L’attente de la réponse de Sarkozy





François Fillon a ouvert hier matin à neuf heures le bal des limousines  dans la cour de l’Elysée.

De notre correspondant permanent en France François Bécet
Au bout d’une heure, le Premier ministre, empêché de présenter sa démission pour ne pas «en rajouter» sur le revers subi par la majorité, a laissé la place à François Baroin, Jean-François Copé, Xavier Darcos, Martin Hirsch et autres personnalités reçues par le président afin de faire le point, de déterminer la meilleure manière de faire face à la défaite.
Défaite, ce mot n’a pas été employé par les dirigeants de l’UMP qui, s’ils ont reconnu la victoire de la gauche, ont admis parfois qu’ils avaient perdu, suivant le discours forgé à l’Elysée, parlé de «déception» et insisté sur le rôle joué par «la plus grave crise économique depuis la fin des années trente». Pas question de remettre en cause la politique menée par Nicolas Sarkozy largement élu en 2007, mais volonté exprimée d’entendre ce que les Français ont voulu signifier par leur vote, ou par leur abstention. C’est un peu la quadrature du cercle.
Lors de la présidentielle, une majorité de Français et de nombreux employés et ouvriers naguère fidèles à la gauche, ont été séduits par le discours du candidat de l’UMP, par le retour de la valeur travail, la promesse de défendre le pouvoir d’achat, de gouverner autrement. Deux ans et demi plus tard, un employé et ouvrier sur trois est allé voter. Ce nouvel électorat de droite ne comprend plus la politique gouvernementale, n’adhère plus au discours présidentiel, à ses vérités successives et contradictoires. Bien sûr, la crise a fait et fait encore des ravages et n’importe quel gouvernement aurait été sanctionné. Mais de nombreux Français qui souffrent et se débattent dans leurs difficultés quotidiennes ont l’impression que le gouvernement a privilégié les riches, que ce sont les milieux d’affaires, les grands groupes qui dictent leurs conditions.
Nicolas Sarkozy doit donc impérativement s’expliquer, rassurer, tenter de convaincre à nouveau. Difficile de croire qu’il peut simplement dire: je vous ai entendu mais je garde le cap…
La France a besoin de réformes, notamment celle de la retraite. Il faut revoir l’agriculture, la dépendance… Elle a aussi besoin d’un autre discours, d’une autre méthode. Et tous les partenaires doivent se remettre en cause, accepter de discuter au lieu d’avancer sans cesse des préalables avant de commencer à négocier.
Dans ces conditions, le remaniement ministériel n’est pas suffisant pour convaincre les Français qu’ils ont été entendus. Ce remaniement ressemble à du rafistolage politique, à un casse-tête. Il faut amadouer tous ceux qui grognent dans le camp présidentiel, les chiraquiens, les centristes, les villepinistes –leur leader monte et va créer jeudi un mouvement-, les mécontents de l’ouverture… Mais trop de modifications constitueraient la reconnaissance de la défaite. Alors, seulement quelques changements symboliques.

Le PS et Ségolène…
La gauche a la sagesse de ne pas verser dans le triomphalisme. Elle sait que la victoire n’est plus impossible en 2012, mais qu’elle manque toujours de programme. Aujourd’hui, elle n’a pratiquement rien à proposer. Et les rivalités de personnes durent. Ségolène Royal, forte de sa belle victoire en Poitou-Charentes, fait cavalier seul et Martine Aubry a dû reconnaître qu’elle avait «un statut à part» : «C’est notre ancienne candidate à la présidence de la République, elle se situe un peu au-delà de nous si je puis dire, en dehors de nous».
Génération Ecologie qui fédère plusieurs «sortes» d’écologistes manque encore d’unité pour s’installer durablement comme troisième force politique. Daniel Cohn-Bendit veut constituer une «coopérative politique». Qu’est-ce que c’est? Les débats seront rudes. Le Front de gauche va-t-il se rediviser? Mélenchon ne fait pas l’unanimité…
Finalement, après ces records d’abstention, toute la classe politique doit se remettre en cause, s’interroger. Se demander aussi pourquoi le Front national, que le pouvoir estimait vaincu, a progressé partout où il était présent?
Principal acteur de la défait de son camp, Nicolas Sarkozy doit répondre aux Français, se montrer à la hauteur de ses responsabilités, de sa tâche. Le remaniement ministériel n’est que la première partie de cette nécessaire réponse.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com