Vu en France : Taxe carbone: c’était pourtant la panacée !





Réunis hier à l’Assemblée nationale par leur patron, Jean-François Copé, les députés UMP ont dit et répété que le Président leur donnait des boutons.

De notre correspondant permanent François Bécet

On est là pour «crever l’abcès», pour tout déballer afin de mieux «reconstruire» avait déclaré Copé, bien briefé la veille par Sarkozy. Et les élus ont déballé : l’hyperprésidence, la taxe carbone, l’ouverture, les récentes nominations de gens de gauche, les lois incomprises… Un proche de Dominique de Villepin a affirmé sous les applaudissements que «le Président doit nous respecter». En effet, les élus de la majorité ont l’impression que Nicolas Sarkozy n’a rien à faire de leur avis et gouverne sans eux. Au contraire, selon un des participants, ils ont réservé une standing ovation à François Fillon : «lui a compris que sa légitimité, c’est nous, lui et pas l’autre».
Pour calmer la colère de députés qui songent à leur réélection en 2012 et redoutent que Sarkozy ne les entraine dans sa chute, le Premier ministre leur a fait un premier «cadeau», l’abandon de la taxe carbone. Votée mais critiquée, pas comprise par l’opinion, la taxe carbone est emblématique de la méthode, du style du président. Durant des mois, l’hôte de l’Elysée a affirmé, confirmé, réaffirmé sa «détermination» à imposer la taxe carbone malgré les réticences. Et son argumentaire avait de quoi impressionner : «Plus nous tasserons la pollution, plus nous allégerons les charges pesant sur le travail »… « C’est un enjeu immense. C’est un enjeu écologique. C’est un enjeu pour l’emploi » … «C’est un choix stratégique, c’est au nom de ce choix stratégique que la taxe professionnelle doit être supprimée ». Le Président était persuadé qu’il devait aller de l’avant sans attendre que l’Europe suive, qu’il allait attirer vers sa majorité les voix des écologistes, qu’il accomplissait une œuvre historique : «C’est une grande réforme comme la décolonisation, l’élection du président au suffrage universel, l’abolition de la peine de mort et la légalisation de l’avortement » (15 septembre 2009 devant des parlementaires UMP).
C’est finalement un grand fiasco. L’idée était sans doute bonne et l’intention louable mais les explications convaincantes ont manqué et les nombreuses exonérations ont laissé croire qu’une nouvelle fois les «puissants» étaient épargnés et que «le Français moyen» serait le seul à payer.
Aujourd’hui, on nous explique qu’il faut abandonner la taxe carbone pour ne pas «plomber la compétitivité de nos entreprises», qu’on ne peut aller de l’avant que dans un cadre européen - L’UE n’a pas inscrit cette taxe à son ordre du jour. Ce qui était une merveille hier est jeté aux oubliettes… Secrétaire d’Etat à l’Ecologie, Chantal Jouanno n’approuve pas cette marche arrière : «Je suis désespérée de ce recul, désespérée que ce soit l’écolo-scepticisme qui l’emporte, je ne suis pas en phase avec cette décision. C’était possible de le faire en France avant de le faire en Europe. C’est ce qui avait été prévu à l’origine, c’est ce que d’autres pays comme la Suède ont fait ». Une fois de plus, l’Europe a bon dos...
En annonçant l’abandon de cette fiscalité environnementale, le Premier ministre apportait la deuxième pierre de la reconstruction de la majorité présidentielle, la première étant le remaniement beaucoup plus politique que «technique» qui a vu l’arrivée au gouvernement de trois ministres appartenant à des tendances que le président négligeait. Mais Baroin, Daubresse et Tron ne peuvent à eux trois faire le printemps. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy posera une troisième pierre sur ce qui constituera un de ses chantiers prioritaires en vue de 2012. Combien en faudra-t-il?


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com