Vu en France : Faut-il rouvrir les maisons closes ?





Dans ce débat relancé sur la prostitution, tous reconnaissent les effets pervers de la loi de 2003 proposée par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy.

De notre correspondant permanent François Bécet
Instituant et punissant le délit de «racolage passif», la loi de 2003 a permis aux riverains de retrouver la sérénité, mais elle a poussé la prostitution à la clandestinité dans des endroits plus éloignés ou sur internet, la violence a augmenté et les prostituées ont été, selon la députée Chantal Brunet, «encore plus maltraitées et abîmées qu’avant ». Si certains réseaux ont pu être démantelés, il est possible que la loi ait favorisé l’immigration clandestine.
Depuis avant hier, un groupe de travail mis en place par le ministre de l’Intérieur et placé sous la direction de Chantal Brunet, recherche des solutions pour faire face à la prostitution, cette «violence faite aux femmes».
La députée part du constat que nous ne sommes pas dans un monde idéal et que la prostitution qui a toujours existé, existera toujours. Il faut donc trouver «un système qui protège le mieux possible» les femmes. Au Parisien, elle déclare : «On peut imaginer qu’elles se regroupent à plusieurs, à l’image de cabinets de professionnels, comme les experts comptables. Elles seraient à l’abri des agressions de la rue. Un patron n’est pas obligatoire. Il y aurait un meilleur suivi médical afin de lutter contre le sida, par exemple. Tout cela doit être étudié. Il faut être prudent. On verra ce qui ressortira de notre groupe de travail».
Sans le dire ouvertement, des associations comme Le Nid ou Scelles, estiment que Mme Brunet fait preuve de naïveté et ne s’attaque pas vraiment au problème. Leur solution, c’est l’abolition de la prostitution.
Plusieurs arguments sont présentés pour prouver que la réouverture de maisons dédiées à la prostitution, qui seraient des «maisons ouvertes» n’est qu’une fausse bonne aidée. Elle part du principe que les femmes auraient choisi volontairement d’exercer le métier - une activité qui n’est pas reconnue en France, ce qui n’empêche pas les prostituées de payer des impôts - alors que toutes les enquêtes montrent qu’elles y ont été forcées. Par la violence, par le désespoir, par leur histoire personnelle.
Des études réalisées dans les pays où ont été ouverts des eroscenters ou autres lieux de prostitution prouvent que les conditions sanitaires ne sont pas meilleures, que la violence et le racket sont présents. Des recherches canadiennes aboutissent à ce terrible résultat : les prostituées ont 60 à 120 fois plus de risques d’être battues ou assassinées que les autres femmes. Membre de la Fondation Scelles, le magistrat Yves Charpenel déclare à La Croix que «croire que les prostituées seront mieux protégées» dans des maisons «est le signe d’une profonde méconnaissance. La violence franchit toujours la porte des maisons closes». Le Nid ajoute que «la logique de ces établissements est de verrouiller leur soumission aux exigences des patrons et de la rentabilité». Et, en Allemagne et aux Pays-Bas, le nombre des prostituées légales est largement inférieur au nombre des «illégales». Aux Pays-Bas, 76% d’entre elles sont aux mains des réseaux mafieux.
Aux prostituées qui se disent d’accord pour ouvrir des maisons si celles-ci sont autogérées, Yves Charpenel répond que «l’autogestion est un mythe car les enjeux financiers sont immenses». En France, on estime entre 20 et 30 000 le nombre de prostituées, sans compter les quelque 60 000 occasionnelles. 80% sont étrangères, 80% prisonnières de réseaux. Chaque «fille» peut rapporter de 100 000 à 150 000 euros par an et le réseau peut la revendre. La traite d’êtres humains est le troisième trafic mondial après les armes et la drogue, elle rapporterait 30 milliards d’euros par an aux proxénètes.
L’ouverture de maisons faciliterait l’organisation du marché de la prostitution, normaliserait cette activité et, en quelque sorte, nierait qu’elle constitue une violence faite aux femmes. La grande féministe Antoinette Fouque n’hésite pas à affirmer: «C’est bien d’esclavage qu’il s’agit».
Que faire? S’attaquer davantage aux réseaux, mener des actions de prévention, aider les prostituées à s’en sortir, sanctionner les clients? Le groupe de travail ne doit pas oublier la prostitution masculine qui se développe de plus en plus.
Les prostituées réclament d’être associées à la recherche de solutions. A l’appel du collectif droit et prostitution et du Strass, syndicat des travailleurs du sexe, elles viennent de tenir la quatrième assise de la prostitution. Elles ont été reçues par la sénatrice Boumediène-Thierry et ont défilé dans les rues de Paris. Une de leur banderole disait «vous couchez avec nous, vous votez contre nous».


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com