Que sont-ils devenus ? : Romdhane Chatta ou Hmidatou : «J’ai gagné l’amour du public»





A 78 ans, Romdhane Chatta (de son vrai nom Romdhane Ben Ayed), plus célèbre sous le nom de Hmidatou dans «Mhal Chahed»- ancien feuilleton populaire des années 1970-80, mène aujourd’hui une retraite paisible. Le Quotidien lui a rendu visite.
Dans son petit «trois pièces» perché au troisième (et dernier) étage d’un immeuble datant de la période coloniale de la rue de Rome, l’homme passe le plus clair de son temps devant le poste de télévision. S’il n’est pas en train de suivre les dernières informations, il regarde de sa fenêtre les gens aller et venir et contemple le centre-ville grandement animé à longueur de journée. «El Hajja (mon épouse) affectionne cet appartement. Elle le trouve bien placé et ne s’ennuie pas. Mais en été, nous préférons aller à la mer. Toujours à Ras Jbal, l’endroit est calme et le paysage est encore vierge», raconte Hmidatou qui était entouré de Ahmed et Omar, ses deux petits-fils.
Et d’ajouter qu’il n’est plus actif comme auparavant. «J’ai quitté la scène depuis au moins trois ans. Que voulez vous ! (Soupir). Je suis diabétique. Et c’est l’âge qui me handicape le plus», avoue l’homme de théâtre.
Enveloppé dans sa robe de chambre en velours bleu attachée par une épingle de nourrice, il sirote son thé sans sucre. L’homme a une mémoire d’éléphant. Il se rappelle d’hier comme si c’était aujourd’hui.
Comment est-il venu à la scène ?
De son premier rôle dans Saqr Qoraëch datant de plus de 40 ans, il revient à ses débuts. «C’était sous la houlette du directeur de la troupe municipale de l’époque, l’Egyptien Zaki Touleïmat», dit-il.
Et sur son dernier rôle dans l’ouverture de Carthage en hommage à Salah Khémissi, il y a déjà quelques années, il commente : «Je n’étais pas satisfait de cette création et j’ai critiqué le travail. J’ai dit mon mot. Le mot qu’il faut. Je ne vous cache pas, ma franchise m’a toujours joué de sales tours. Mais, l’essentiel pour moi est de rester égal à moi-même et fidèle aux principes de la nation. Tout le reste est faiblesse», a-t-il calmement protesté.
De fil en aiguille, l’homme nous a fait voyager dans un autre monde. «Je suis né à Bkalta, dans le Sahel. Très tôt, j’ai préféré quitter le monde rural et m’installer à Tunis. A l’époque, j’ai été têtu et un peu rebelle», a-t-il ajouté. Avant de découvrir le 4e Art et la scène, Romdhane avait une autre vie et il a roulé sa bosse des années durant.
«De petits boulots ici et là. Le dernier était chez un cordonnier. Un jour, j’ai lu sur le journal Ezzohra un communiqué municipal. On annonce l’ouverture d’une école de théâtre. Avec Rachid Gara (qui travaillait chez un coiffeur), j’ai été parmi les participants. Nous avons étudié le théâtre jusqu’à 1965. Deux ans plus tard, M. Ali Belhouane, maire de la ville de Tunis a pensé à un concours pour recruter quelques hommes de théâtre et mieux étoffer la troupe municipale. De 300 participants, il en a retenu dix et j’ai été l’un des heureux. Avec un salaire de 17 dinars, j’ai été… comblé. D’ailleurs je vis actuellement (et Dieu merci) grâce à cette rente à vie de la mairie. Nous étions trois à avoir le droit à cette rente. Feu Hédi Semlali, feu Mouheddine Ben Mrad et moi», se rappelle Hmidatou avec une larme de joie.
Hmidatou et Hnani, un théâtre de vie
Aujourd’hui, il est fier d’avoir accompli son devoir d’homme de théâtre averti et de père responsable. «Ma mission est terminée. Mes cinq enfants (deux garçons et trois filles) ont grandi, certes chichement mais dans la paix et la modestie. Ils sont tous mariés et heureux en ménage», a-t-il dit. Hmidatou est douze fois grand-père et il est bien aux anges.
Bien sûr, qui dit Hmidatou dit Hnani et dit «Mhal Chahed», un skech qui a accroché les téléspectateurs près de dix ans. De son expérience à la télévision et de ce feuilleton qui l’a rendu populaire, il garde encore le sourire et quelques épisodes encore en tête. «L’idée appartient à la cinéaste Selma Baccar. Elle m’a proposé un petit rôle avec Dalenda Abdou. Au départ, c’était un sketch hebdomadaire, puis trois fois par semaine pour devenir ensuite quotidien. Après avoir commencé avec les adages de Khmiri, nous avons changé de ligne. Car on est tombé dans la redondance et dans la répétitivité. Le fait de se connecter sur les problèmes sociaux à partir des scènes de ménage a marché. Le travail a été grandement salué et j’ai fini par devenir l’écrivain de ces épisodes. Un épisode ne dépasse guère les cinq à sept minutes. Sur chaque passage, je touchais au début 5 dinars. Puis mes honoraires ont augmenté à 10 puis à 20 dinars pour arriver vers la fin à 25 dinars (les 10 dinars du scénario inclus). C’était à l’époque de feu Boulbaba Mrabet. Une belle époque qui m’a valu près d’une dizaine de décorations présidentielles et du ministère de la Culture. Début 1987, l’aventure s’est achevée», a ajouté le comédien.
La télévision entre hier et aujourd’hui
L’homme se sent si bien dans sa peau malgré la fatigue. Il lui arrive de sortir pour consulter les médecins ou pour se promener sur la grande avenue de Tunis et c’est là qu’il respire un bon bol d’air frais et de reconnaissances. «L’un me hèle Si Tijani (personnage de Khottab al Bab), l’autre Ammi Hnani (pour revenir à Hnani et Hmidatou). Le marchand de légumes me sert le meilleur de chez lui. Idem pour le poissonnier, le boucher, etc. J’ai gagné en fait l’amour des gens, leur respect et il n’y en a pas mieux !», soulève-t-il.
En évoquant le mot télévision, le regard de l’homme a changé. Il regrette enfin le bon vieux temps, lorsqu’il n’y avait pas assez de subventions et la créativité meublait à plaisir le petit écran noir et blanc. «Tout est importé aujourd’hui. Il y a des choses qui ne correspondent pas à nos valeurs. C’est une honte de faire du copié collé. Une honte de voir une musique qui n’est pas la nôtre, un théâtre peu authentique, un cinéma d’ailleurs. A quoi sert la télévision si elle s’éloigne de la société ? Une grande carence qu’il faut vite combler. Nous ne pouvons pas nous éloigner plus des spectateurs tunisiens. Surtout que les chaînes satellitaires nous bousculent. Le Tunisien finira par bouder et zapper…», lâche Hmidatou. Un autre sketch qu’il aurait aimé écrire et jouer à la télé.


Zohra ABID KEFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com