Le producteur syrien Orwa Nyrabia : «Nous avons peur de regarder dans le miroir sans maquillage»





Chargé de la programmation et de la sélection du festival international « Dox Box » en Syrie, Orwa Nyrabia nous raconte l’histoire d’un genre qui tâtonne pour trouver sa voie.
Jeune, ambitieux et surtout passionné jusqu’au bout des ongles du cinéma, Orwa Nyrabia est l’un des espoirs du cinéma documentaire arabe aujourd’hui. Et pour cause : il a choisi de créer depuis trois ans et avec le soutien de ses collègues le «Dox Box» ; festival international pour le documentaire, premier en son genre en Syrie. «La naissance de la manifestation est la concrétisation d’un rêve qui m’a beaucoup bercé, d’un projet que j’ai mûri minutieusement au fil des années et de mes voyages. J’ai toujours imaginé un festival indépendant où les documentaristes peuvent s’exprimer librement et partager avec les cinéphiles leurs pensées et émotions. Il faut dire que le lancement du festival a bénéficié d’une bonne ambiance et des encouragements qui ont accompagné la célébration de «Damas, Capitale de la culture arabe en 2008». Réparti sur trois villes, à savoir Damas, Tartous et Homs, le festival a su résister et drainer les cinéphiles. C’est un défi qu’on a pu relever. Nous sommes partis de l’idée de partager «Le trésor de documentaires» avec le public syrien, là où il est. Nous sommes un festival nomade…Le cinéma est la vie, n’est-ce pas ?», nous raconte l’invité de «Doc à Tunis» qui veille depuis trois ans sur le bon déroulement d’un festival qui a brisé les carcans pour aller au-delà des clichés.
Projets tous azimuts…
D’ailleurs, la précédente édition a été marquée par la projection du récent documentaire de l’artiste tunisien Hichem Ben Ammar «Un conte de faits». Et pour motifs : «Hichem Ben Ammar est l’un des rares spécialistes du documentaire dans le monde arabe. Ses films sont des leçons mettant en exergue un genre encore —et malheureusement— méconnu et même marginalisé. Nous avons vu son film et nous avons trouvé qu’il mérite de figurer sur notre catalogue vu son originalité et sa qualité», explique le chargé de la programmation et de la sélection du festival international «Dox Box», débarquant à Tunis pour une nouvelle mission : visionner le maximum de films, repérer les titres intéressants et surtout renforcer la coopération avec «Doc à Tunis». Déjà, un premier pas a été fait dans ce sens. L’actuelle édition du festival tunisien pour le documentaire comporte la projection de plusieurs films sous-titrés dans le cadre de l’atelier du festival syrien.
Acteur de son état, qui a campé plusieurs rôles et ayant joué dans «La porte du soleil » de Youssri Nasrallah, Orwa Nyrabia a choisi depuis quelques années de tourner la tête vers la production. «Des documentaires SVP», précise-t-il. «Le documentaire n’est jamais un genre facile, contrairement à ce que pense la majorité écrasante. Nous craignons toujours le documentaire de peur qu’il dévoile nos faiblesses et nos aberrations, comme si nous avons peur de regarder dans le miroir sans maquillage. Le documentaire est un engagement socio- culturel et politique. Il n’y a point un choix innocent et c’est la force de ce genre qui tire ses racines du réel, du vécu», note l’artiste, souhaitant voir son festival grandir pour toucher toute sa Syrie bien-aimée.


Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com