Carte bancaire : Je t’aime… moi non plus !





Plus de deux millions de cartes bancaires sont en circulation en Tunisie. L’usage de cet outil de dématérialisation des transactions financières reste, toutefois, limité au retrait de l’argent. Et pour cause…
La 5e édition du forum africain des technologies de la carte bancaire «Cartes Afrique 2010», qui s’est achevé hier à Tunis, a révélé une belle progression de la monétique en Tunisie. Le nombre des cartes bancaires a atteint plus de deux millions à la fin 2009, contre 791000 en 2003, selon les statistiques de la Société monétique-Tunisie (SMT), une filiale de toutes les banques tunisiennes créée en 1989 pour promouvoir l’usage de la carte bancaire.
De son côté, le nombre des distributeurs automatiques de billets (DAB) a enregistré une forte progression pour s’établir à 1500 unités l’an dernier contre 560 six années auparavant.
Seule ombre au tableau: bien qu’il soit en progression continue depuis quelques années, le nombre des terminaux de paiement électronique (TPE) s’est limité à 10450 au 31 décembre 2009. Et c’est là que le bât blesse. D’autant plus que les cartes bancaires restent utilisées à hauteur de 91% pour le retrait de l’argent. Le paiement ne représente que 9,44% des opérations réalisées.
Handicaps d’ordre culturels
M. Khaled Fradi, directeur de la SMT, met en avant des facteurs culturels pour expliquer cette aversion au paiement par carte. «Les Tunisiens étant fortement attachés à la manipulation du cash. D’où une réelle aversion à utiliser les cartes sauf pour le retrait de l’argent », précise-t-il en marge du forum Cartes Afrique. Et d’ajouter : « Les coûts des transactions ne constitue plus un frein au développement du paiement par carte. Ces coûts varient actuellement entre 0,8 et 1% de la transaction, ce qui est négligeable».
Selon les professionnels de la monétique, l’usage de la carte pour le paiement reste aussi handicapé par la volonté de certains commerçants d’échapper au fisc. Les commerces de proximité préfèrent du liquide à une carte par habitude mais aussi pour des raisons évidentes de manque de transparence. Le commerçant craint toujours le fait de se retrouver à découvert si jamais il est payé à la carte, mais aussi d’être exposé au contrôle, puisqu’il ne déclare pas l’intégralité de son chiffre d’affaires.
Campagnes de vulgarisation
Pour encourager l’usage des cartes bancaires, la SMT envisage de mener des actions de vulgarisation auprès du grand public et des commerçants. «Il existe un déficit de communication en matière de vulgarisation des bienfaits de l’usage la carte bancaire en général et d’un usage pour le paiement en particulier», reconnaît M. Fradi.
Selon lui, l’usage limité des cartes pour le paiement coûte chaque année à la collectivité nationale entre 8 et 10 millions de dinars. Cette importante somme est utilisée dans le renouvellement des billets de banques. Ces derniers se trouvent souvent dans un état lamentable au bout de quelques années. Poissonniers, charbonniers, bouchers et autres mécaniciens maltraitent véritablement les billets, mouillés, souillés. Les médecins
Estiment, par ailleurs, que les billets sont de véritables foyers culture de bactéries.
Autre chantier capable de réduire l’aversion à l’usage des cartes pour le paiement : l’élargissement du panel des services de paiement sécurisés. Outre un nouveau service, appelé Mobil Top-Up, qui permet la recharge des téléphones portables via les DAB, est opérationnel depuis juillet dernier, l’intérêt se porte sur le lancement de solutions permettant le paiement des impôts, des factures de la Société tunisienne d’électricité et de gaz (STEG) et de la Société nationale d’exploitation et de distribution de l’eau (SONEDE).


W.K.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com