Ghardimaou : Meurtre sur fond d’abandon





Les beaux jours qui ont fait sa gloire en France ne sont que de l’histoire ancienne. Abandonné et laissé pour compte, il en veut à mort aux êtres les plus proches à savoir sa femme et ses deux fils…
La grande porte de la prison s’est ouverte. Le temps qu’il traverse la loge du gardien en chef et elle s’est refermée pour mettre fin à cinq longues années de solitude, de souffrance et d’abandon. Tout a commencé en 1978. A cette époque, il n’y avait que le football pour sauver la Tunisie d’une véritable crise sociale qui menace la stabilité du pays, lequel pouvait plonger dans le chaos au cas où l’équipe nationale de football ne se qualifiait pas à la phase finale de la Coupe du monde. Heureusement que la bande de “Chetali”, l’entraîneur national a réalisé l’exploit ; pour la première fois de son histoire la Tunisie est parmi l’élite mondiale du ballon rond. Cette performance allait apaiser, un tant soit peu, l’intensité de la crise sociale et détourner la masse de sa préoccupation majeure, à savoir ce conflit qui oppose le syndicat au gouvernement. A quelques mètres de la prison où il venait de purger une peine de cinq ans, il se souvenait comme si c’était hier. La foule s’est lancée dans la rue en ce 26 janvier 1978 formant une masse compacte qui allait se terminer dans un bain de sang obligeant plusieurs citoyens et en particulier les jeunes à quitter le pays pour aller tenter leur chance sous d’autres cieux. C’est ainsi qu’il a embarqué à bord de ce bateau pour échouer deux jours plus tard à Marseille. A dix-huit ans, il ne pouvait espérer mieux. Sitôt arrivé en France, il décrocha un premier emploi qu’il ne quitta que vingt-quatre mois plus tard pour rentrer au bled et se marier avec sa cousine, dont il était amoureux depuis plusieurs années. Le jeune couple rebroussa alors chemin vers l’Hexagone pour entamer une vie conjugale heureuse qui ne tarda pas à donner ses fruits puisque deux naissances allaient se suivre, permettant à la petite famille de s’élargir. Du coup, on a commencé à penser à l’avenir. Il fallait construire une maison et mettre de l’argent à côté. Dès lors, le père et la mère n’ont jamais cessé d’envoyer de l’argent à leurs proches qui étaient chargés de la construction de la villa que le couple avait choisi pour y passer sa retraite. Finalement et pour des raisons économiques, le couple a décidé de rentrer définitivement au pays. On s’installa alors à Ghardimaou (gouvernorat de Jendouba), leur ville natale. Après s’être bien reposés, ils se sont mis à réfléchir à un projet pour permettre à la famille de mener la même vie que celle vécue en France? A vrai dire, les idées ne manquaient pas, mais le père a opté pour un choix trop risqué qui pouvait en revanche, rapporter gros. Il s’agit de la contrebande. Etant une ville frontalière, Ghardimaou offrait, en effet, bien des opportunités. Deux ans durant, le père réussit à amasser une belle fortune, mais il tomba entre les mains des agents de la douane alors qu’il tentait de faire passer des stupéfiants. Il fut condamné à cinq ans de prison. Ce fut le début d’une véritable descente aux enfers. Contre toute attente, personne n’est venu lui rendre visite en prison. D’ailleurs, la dernière fois qu’il avait vu son épouse et ses deux enfants, c’était au moment où le juge rendait son verdict. Depuis, il est laissé pour compte. Abandonné et oublié par ses proches, il n’a jamais cessé de penser à la vengeance, d’autant que son épouse n’a pas hésité à demander le divorce pour aller se remarier avec l’un des associés de son mari. Alors, le jour où on lui a annoncé qu’il allait quitter la prison, il a tout de suite, compris que l’heure de la vengeance avait sonné. Sitôt descendu du bus, il s’est rendu chez lui. Il ne laissa aucune chance à son ex pour se sauver. Il lui a en effet asséné plusieurs coups de couteau la tuant sur le coup. Après quoi, il s’est rendu aux agents de l’ordre pour reprendre le chemin de la prison.


H. MISSAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com