Stérilité : L’angoisse du ventre vide: malédiction ou maladie passagère ?





A chaque nouveau cycle, elles reprennent espoir. Mais le verdict négatif du test de grossesse sonne le glas de leur infertilité…
Chaque week-end, elle se dirige vers le manège du quartier. Elle s’assied sur un banc, contemple les petits en train de jouer ça et là. Et presque malgré elle, un sourire se dessine sur ses lèvres. Puis, elle change la direction de son regard. Elle plonge dans l’iris des mères, examine leurs expressions et ressent leur joie… Et toujours malgré elle, une larme lui échappe… Elle rêve tant d’être mère. Elle souhaite pouvoir étouffer cette envie quasi violente d’avoir un bébé, mais elle en est…incapable ! Devenir maman quitte à sacrifier tout ce qu’elle possède: Cela fait déjà deux ans qu’elle combat son infertilité. Deux ans à dépenser son temps, son argent et son énergie rien que pour sentir les prémices d’une vie humaine naissante en elle… Et sa vie ressemble de plus en plus à une boucle infernale où elle enchaîne les déceptions. Celles de ne pas pouvoir avoir un enfant. « Sentir qu’il y a une vie à l’intérieur de soi. Sentir un tout petit être qui vit, qui bouge, qui donne des coups et qui se nourrit de mon sang et de ma chair… Donner la vie à un être qui criera pour réclamer mon lait et qui me touchera de ses toutes petites mains, qui me regardera au fond des yeux pour lire dans mon regard combien je l’aime. Un être vivant qui m’appellera maman et dormira dans mes bras… C’est ma seule et unique espérance », confie Mme B.C. 33 ans, cadre supérieur.
Tout pour être heureuse sauf…
Elle est jeune, belle, instruite, a un merveilleux époux… Elle a tout pour se sentir heureuse. Tout sauf…un bébé. Tout sauf le plaisir d’être mère, sauf celui de pouvoir procréer et donner de la vie. « Depuis deux ans, j’ai vu 14 gynécologues. Je dépense 700 dinars par mois rien que pour couvrir les frais de mes inséminations artificielles et pour qu’un jour je voie le mot « positif » inscrit sur mon test de grossesse. Mais rien ! Je compte bientôt tenter la fécondation in vitro et je ne cesserai pas de combattre cette malédiction. Je suis prête à sacrifier mon travail, à offrir tout ce que j’ai, rien que pour voir mon ventre grandir et pour porter mon enfant à moi. Il y a trois ans, j’ai eu une infection au niveau de l’utérus. J’ai subi une intervention chirurgicale. L’endomètre a été endommagé. Mais mes médecins m’ont dit qu’avec le temps et avec le traitement hormonal, tout devrait rentrer dans l’ordre. De plus mon mari a un problème de mobilité des spermatozoïdes. Donc, non seulement, la fécondation sera difficile, mais la nidation du fœtus le sera aussi. Je ne perds, toutefois, pas espoir. Je m’accroche et je n’arrête pas de prier et de supplier Dieu de ne pas nous priver de devenir parents. Je ne souhaite qu’un enfant. Un seul enfant», dit-elle.
Plusieurs personnes vivent cette douloureuse incapacité de procréer. Des milliers de couples souffrent de ce handicap. Certains ont des chances de remédier au problème. D’autres restent attachés à l’espoir. Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui s’attendent carrément à un miracle.
Les raisons du mal
Les raisons de l’infertilité sont aussi multiples que variées. Certaines sont naturelles et relèvent de la naissance ou même de la phase embryonnaire : absence d’ovulation, obstacle au niveau de la trompe, anomalie de l’utérus, du col de l’utérus, tumeurs, malformation ou immobilité des spermatozoïdes… Mais le problème peut aussi être causé par d’autres facteurs dont l’homme est quelque part responsable : curetages répétitifs, malnutrition, maladies et infections sexuellement transmissibles, manque d’hygiène…
L’évaluation de l’infertilité d’un couple est un processus progressif qui peut prendre plusieurs mois. C’est une étape primordiale qui permet au médecin de choisir le traitement approprié et d’établir un pronostic sur la fertilité future du couple. A partir des informations recueillies, le médecin pourra généralement déterminer les causes du problème. Cela dit, l’infertilité totale (stérilité) est rare. Généralement, elle est due à un problème spécifique, auquel cas il faut un traitement et il subsiste une chance de procréer naturellement. Les troubles de l’ovulation, première cause d’infertilité féminine, se détectent via une faible fréquence ou absence des menstruations. La deuxième cause concerne l’endométriose. C’est un état dans lequel le tissu utérin se développe en dehors de l’utérus. Les lésions engendrées par cette anomalie peuvent bloquer les trompes ou gêner l’ovulation. Quant aux trompes de Fallope, elles peuvent être partiellement ou totalement obstruées. Ce qui empêche les spermatozoïdes d’atteindre l’ovocyte. Les occlusions peuvent être dues à une infection, à des adhérences se formant consécutivement à une intervention chirurgicale ou à la suite d’une grossesse extra-utérine. Mais au-delà de ces trois causes, plusieurs autres raisons causent l’infertilité notamment les tumeurs bénignes, les cicatrices profondes de la paroi utérine, la présence des anticorps anti-spermatozoïdes dans la glaire cervicale de la femme ou produits par l’homme lui-même contre ses propres spermatozoïdes, les infections et maladies sexuellement transmissibles qui peuvent aussi endommager l’appareil génital de l’homme et de la femme et causent à long terme une infertilité…
Toutefois peu importe la raison, l’infertilité est une souffrance qui peut détériorer l’être et dégrader la relation de couple. Elle est autant difficile pour l’homme que pour la femme. Parce que nul ne peut ressentir la profondeur du mal lorsqu’on est privé à jamais d’être « papa » et « maman » et que ces mots ne sont jamais prononcés à la maison


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com