3 questions à M. Peter Booth, président de la FITTHC





M. Peter Booth, président de la Fédération internationale des travailleurs du textile, de l’habillement et du cuir (FITTHC): «La globalisation et la concurrence acharnée ont nui aux les droits des employés dans le textile» Le textile habillement et le cuir sont parmi les plus importantes industries manufacturières dans le monde car il emploie une main d’œuvre de plus en plus nombreuse. Il accuse cependant un retard très alarmant en termes du respect des droits du travailleurs car «malheureusement, la croissance des industries de quelques nouveaux producteurs se fait à travers une exploitation inhumaine de cette main d’œuvre», selon M. Peter Booth, le président de la FITTHC qui appelle, d’ailleurs, les syndicalistes à être plus fermes, notamment, à l’égard des multinationales. • Le Quotidien : Quelle est la mission principale de la Fédération internationale des travailleurs du textile de l’habillement et du cuir (FITTH)? M. Peter Booth : Notre fédération est une organisation syndicale globale c’est-à-dire qu’elle représente tous les travailleurs dans le secteur du textile-habillement, cuir et chaussures qui sont employés dans ce secteur dans tous les pays du monde. Nos affiliés qui sont de l’ordre de dix (10) millions dans le monde, sont ainsi syndicalisés par la fédération internationale par l’intermédiaire des différentes fédérations et syndicats nationaux qui œuvrent sous notre égide. La FITTH regroupe, à cet effet, un nombre de 220 organisation affiliées dans 110 pays et elle s’engage à concrétiser les différentes décisions politiques qui sont prises dans le cadre des congrès mondiaux organisés tous les quatre ans ainsi qu’à la suite des réunions des différents comités exécutifs qui se tiennent tous les deux ans dans tous les continents. • Le Quotidien : Pour le cas de la Tunisie, est-ce qu’elle a pu maintenir une équation équilibrée entre les ambitions de développer l’industrie du textile d’un part et la préservation des conditions de travail dignes pour les employés, d’autre part? P.B. : L’un des principaux problèmes qu’on a relevé dans le secteur en Tunisie c’est que l’organisation syndicale n’est pas assez active et compétente et ce à cause de multiples raisons parmi lesquelles la prédominance des compagnies multinationales qui opèrent dans l’industrie tunisienne du textile. Ces compagnies qui viennent s’implanter en Tunisie pour fournir les marchés extérieurs en une production de bonne qualité ne respectent pas dans leur majorité, malheureusement, les droits des employés de bénéficier d’un bon niveau de vie dans l’entreprise. Ces entreprises qui reconnaissent la tâche des mouvements syndicaux en Europe et ne s’aventurent presque jamais à violer les droits du travailleur quand il s’agit de leurs pays d’origine, n’hésitent pas cependant à ignorer ces droits dans les pays du sud. Ces conditions pèsent aussi énormément sur les organisation syndicales qui verront leur tâche se compliquer. Nous savons qu’il y a des salaires très bas pratiqués par plusieurs multinationales, alors que celles-ci font de très gros bénéfices. Notre but est de multiplier sans relâche pour voir les travailleurs qui confectionnent ces produits partout dans le monde, recevoir plus de bénéfices en termes de salaires, de durée de carrière et de conditions du travail, pour qu’ils puissent enfin acquérir ces mêmes produits qu’ils ont fait de leurs propres mains. Exercer la pression sur les multinationales pour qu’elles respectent la dignité des travailleurs est notre priorité. Le Quotidien : Avec les grands bouleversements qui marquent le marché mondial du textile comme l’entrée de la Chine dans le jeu doit-on s’attendre à ce que les conditions du travail s’aggravent davantage? P.B. La globalisation qui a imposé des règles plus serrées aux différents secteurs industriels et principalement aux activités multi-fibres a provoqué bien évidemment une nouvelle réalité pour les producteurs classiques. La finalisation des accords multi-fibres qui se fera d’ici 2005 va entraîner inconstestablement des dégâts pour des pays comme la Tunisie par exemple qui bien qu’elle a réalisé un bon développement, de son industrie textile, serait soumise à une grande pression pour pouvoir produire avec un coût plus bas, particulièrement suite à l’intervention de la Chine qui a déjà annoncé ses objectifs de conquérir et concurrencer sur le marché européen, premier débouché, pour la Tunisie. Le démantèlement de ces accords va créer un nouvel ordre pour les conditions de travail dans les usines. Notre fédération aura dans ce contexte, à déployer plus d’efforts et intensifier sa pression et nous allons dans ce cadre demander aux consommateurs de nos pays de n’acheter que des biens provenant des producteurs qui ont des standards de respect de la qualité du travail et qui font des efforts pour préserver la dignité des employés. Hassen Ghediri


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com