Dossier Dopage : Dr Zakia Bartagi (Directrice de l’Agence nationale de contrôle antidopage) :«Education et sensibilisation, clés de la réussite»





Dossier Dopage : Dr Zakia Bartagi (Directrice de l’Agence nationale de contrôle antidopage) :«Education et sensibilisation, clés de la réussite»


Elle est passée par toutes les étapes qu’a connu le sport tunisien pour lutter contre le dopage. Aujourd’hui,
sa mission est encore plus importante au sein de l’Agence nationale de lutte antidopage (ANAD)…


Dr Zakia Bartagi, qui a déjà fait sa preuve à la tête du Centre national médico-sportif, nous édifie sur le rôle de l’ANAD: «C’est une institution fondée pour mettre au point et appliquer un programme national de lutte anti-dopage, selon les exigences des fédérations internationales de l’Unesco et du gouvernement. Son rôle ne se limite pas seulement à contrôler et à sanctionner, elle joue un rôle édifiant au niveau de l’éducation, la sensibilisation, la législation et la recherche, et elle élabore des textes et des réglementations conformes à ceux des situations internationales et à la loi de 2007 concernant la lutte anti-dopage qui établit la liste des produits dopants et ses annexes, ainsi que les règles de contrôle».


Il y a lieu de rappeler que la Tunisie est le seul pays arabe et le second en Afrique après l’Afrique du Sud, à posséder un laboratoire de contrôle et d’analyse homologué mondialement. D’ailleurs, l’ANAD est tenu à satisfaire beaucoup d’exigences dont celle d’effectuer au moins trois mille contrôles par an, ce qui a nécessité l’ouverture à d’autres pays voisins qui envoient leurs échantillons pour contrôle en Tunisie.


Une notoriété à confirmer


Dr Bartagi ne cesse de rappeler la bonne réputation du laboratoire tunisien de contrôle anti-dopage et de l’ANAD: «Actuellement, on jouit d’une très bonne notoriété à l’échelle internationale, mais nous devons travailler plus dur pour la mériter et la confirmer. Nos efforts exigent des sacrifices et un coût très élevé que l’Etat n’hésite pas à financer pour assurer le maximum de propreté au sport tunisien. L’ANAD doit conseiller et fournir aux sportifs des alternatifs pour améliorer leurs performances sans toucher aux drogues et produits dopants. Nous sommes également tenus d’établir des programmes et des campagnes d’éducation et de sensibilisation à tous les niveaux, pour les sportifs comme pour leurs encadreurs en encourageant l’usage de la médecine préventive et des compléments alimentaires contrôlés. En matière de recherche, nous effectuons des enquêtes sociales pour mieux cerner les raisons qui amènent un sportif à recourir au dopage et pour aboutir à un état des lieux plus clair.


Nos programmes s’étendent aux lycées et universités et jusqu’à présent nous avons touché quatre-vint-dix lycées à travers le pays. Sur le plan pratique, l’ANAD planifie les contrôles, fait parvenir les résultats aux fédérations concernées et les incite à informer et à prendre des décisions à chaque fois qu’il y a un cas positif, et si, au bout d’un mois, la fédération en réagit pas, l’Agence s’en charge. De même, nous collaborons avec les médecins des clubs et des fédérations généralement, ça se passe bien, mais on constate parfois des cas où ces responsables rechignent à collaborer !».


Dr Bartagi a également éclairé notre lanterne à propos des produits utilisés intégralement par quelques sportifs: «De manière générale, il s’agit de produits qu’on retrouve dans des médicaments, mais dopants connus, mais il y a eu beaucoup de cas où des «drogues sociales» ont été décelées. La saison dernière, on a eu à découvrir huit cas de dopage, quatre pour les sports collectifs et autant pour les sports individuels».


Contrôle inopiné pour les champions


Les sportifs d’élite sont-ils contrôlés de la même façon que les autres ? La réponse de Dr Bartagi est, on ne peut plus précise: «Pour les équipes nationales, nous effectuons des contrôles réguliers qui deviennent plus poussés à l’approche des grandes compétitions internationales. Au niveau des clubs, les visites et les contrôles inopinés deviennent de plus en plus familiers. Pour les champions de très haut niveau (Mellouli et beaucoup d’autres…), le contrôle se fait à plusieurs niveaux. Chaque sportif nous laisse au moins trois adresses personnelles en plus des lieux des stages pour nous faciliter le suivi car un même champion peut être contrôlé à plusieurs reprises durant une seule saison, surtout pour ceux qui ont révélé des cas positifs».


Comme on le constate, l’ANAD fournit beaucoup d’efforts pour combattre le phénomène de dopage, mais dispose-t-elle réellement de l’infrastructure nécessaire pour faciliter sa tâche ? Là, Dr Bartagi n’est pas totalement satisfaite: «En football, à titre d’exemple, nous effectuons des contrôles réguliers pour les ligues 1 et 2 comme pour les tours avancés de la Coupe. Dans la plupart des stades, on constate l’absence des locaux réglementaires pour y effectuer le contrôle, selon les normes requises. Nous espérons voir nos sites sportifs satisfaire les exigences de notre travail».


Avec l’avènement de l’ANAD en Tunisie, peut-on dire que la lutte anti-dopage vient d’effectuer un grand pas ? «Nous sommes sur la bonne voie et le chemin est encore très long. La lutte évolue avec l’instauration du passeport biologique, mais c’est surtout une question de mentalité et le travail au niveau de l’encadrement et de la sensibilisation est aussi important que celui effectué dans les laboratoires d’analyse».


Propos recueillis par : Kamel ZAÏEM




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com