Dr Fathi Kaouach (Coordinateur général S.C.C.D) : «La prévention, notre credo majeur»





Leader dans le monde arabe, pionnière en Afrique, la Tunisie a fait de la lutte contre le dopage son cheval de bataille. Lecture plus édifiante avec l’un des précurseurs dans ce domaine, Dr Fathi Kaouach.
De par votre responsabilité en tant que coordinateur général au sein de la Commission Fédérale Médicale, pourriez-vous nous éclairer sur les attributions de cette dernière ?
La C.F.M. a, entre autres tâches, de conférer une responsabilité prépondérante à la sous-commission de contrôle du dopage (S.C.C.D). Celle-ci est composée de trois membres, tous médecins, dont un coordinateur général, mon humble personne dans le cas de figure. Elle a pour mission d’organiser et de gérer tous les dossiers en liaison avec le Programme national de lutte contre le dopage, établi par la FTF, et de collaborer directement avec le président de la CFM.
Plus explicitement ?
La mission majeure de la S.C.C.D. est de veiller à l’application du règlement du contrôle de dopage pour les compétitions et hors compétitions de la FTF, suivant le Manuel des Procédures élaboré en juillet 2006 et mis à jour en septembre 2008. La S.C.C.D. s’assigne aussi comme tâche de planifier, organiser et répartir les contrôles de dopage auxquels les joueurs des clubs de Ligues 1 et 2 professionnelles sont soumis lors des journées du championnat.
La même démarche s’applique aux équipes engagées en Coupe de Tunisie, à partir des 1/8es de finale, garçons et filles. De même, il incombe à la S.C.C.D. de procéder à des contrôles inopinés, hors compétition, lorsqu’elle le juge utile. Ces contrôles s’effectuent sur les lieux d’entraînement et concernent même les joueurs exempts d’entraînement pour blessure.
Avant la cristallisation de toutes ces attributions, le terrain a dû être déblayé auparavant. Un retour à la première mise en branle ?
A vrai dire, la première S.C.C.D. a été créée par la CFM, au début de la saison footballistique 2002-2003. Son rôle initial était de mener une grande campagne de sensibilisation à l’adresse de tous les protagonistes concernés. C’est ainsi qu’un Manuel des Procédures a été préparé et présenté à tous les médecins et secrétaires généraux des clubs de Ligues 1 et 2, et mis à jour en septembre 2008, dans le droit fil des nouvelles réglementations.
Une idée sur le contenu de ce Manuel des Procédures ?
Ce Manuel comprend, en effet, des informations générales relatives au contrôle de dopage, à la définition du dopage, aux bases juridiques de la lutte contre le dopage, aux procédures et à la réglementation du contrôle antidopage, ainsi qu’à la liste exhaustive des substances prohibées. En outre, une fiche technique comporte l’inventaire des installations et mobiliers existant dans les stations de contrôle antidopage dans les différents stades des équipes de Ligues 1 et 2, conformément aux normes de la FIFA.
Dans la mise à jour de ce Manuel, il y a sûrement de nouvelles recommandations. Quelles sont-elles ?
En effet, il y est mentionné l’impératif de pratiquer entre 300 et 400 contrôles antidopage durant la saison 2008-2009. En outre, il est nécessaire d’envoyer une lettre d’information aux clubs engagés en Coupe de Tunisie à partir des 1/8es de finale. Ces derniers sont tenus de se soumettre aux exigences du contrôle antidopage suivant la réglementation en vigueur et aux contrôles inopinés en dehors de la compétition.
La lutte contre le dopage s’appuie sans conteste sur des bases juridiques, des lois tangibles. Un aperçu dans ce sens ?
Il va de soi que tout a été soigneusement légiféré. Ainis, le programme concocté par la S.C.C.D. s’est-il effectué suite aux directives de la FIFA, contenues dans la lettre de la direction générale au sport du 04/06/2002. Celle-ci demande au président de la FTF «d’informer les clubs qu’en application de recommandations de la FIFA, un contrôle inopiné doit être effectué au cours des matches de Championnat et de Coupe. Dans le sillage des réglementations en vigueur, les recommandations issues du conseil national tenu à Monastir le 08/27/2005 convergent vers la lutte systématique contre le dopage, la prévention, l’information, la sensibilisation, l’anticipation, ainsi que la dissuasion pour éradiquer ce fléau. Par ailleurs, un code disciplinaire a vu le jour à l’issue de l’AG élective du 17/12/2006, article 32 du Manuel des Règlements de la FTF, renforcé par un autre consécutif à l’AG ordinaire du 11/10/2008, articles 37, 38 et 39 de ce même Manuel.
Nous restons, de même à l’écoute de certaines modifications des règles de la FIFA, et des amendements apportés au Code Disciplinaire de la FIFA, adoptés par le comité exécutif de cette illustre instance internationale, le 04/06/2006 à Munich.
La Tunisie jouit dans le domaine de la lutte contre le dopage d’une renommée internationalement bien établie. De quoi tire-t-elle cette distinction ?
Avant tout, de son statut de leader au niveau arabe. En effet, jusqu’à ce jour la Tunisie possède l’unique laboratoire (il y en a 33 dans le monde), dans le monde arabe. Sur le plan africain, il s’assimile au deuxième, après celui de l’Afrique du Sud. Et contrairement à ce qui se passe dans certains pays, ceux qui effectuent des contrôles en Tunisie sont tous des médecins.
Il y a sûrement des problèmes auxquels se heurte la CFM. Lesquels, à titre indicatif ?
Le premier problème est d’ordre financier, attendu que le coût d’un contrôle avoisine les 250 dinars. Imaginez à combien l’opération pour le compte d’une seule journée, pouvant aller jusqu’à un maximum de 14 contrôles (7 en L1 et autant en L2), peut revenir. Ensuite, sur le terrain, ce n’est pas toujours facile, vu que certains clubs ne disposent pas de médecins, ni sur le lieu d’entraînement, ni au cours des matches officiels, comme le stipulent les règlements dont ils ont connaissance. De surcroît, il n’est pas toujours aisé de contrôler les salles de sport, notamment celles où l’on s’adonne à la musculation. C’est là, en effet, où il y a le plus de risques de recourir aux produits fortifiants, interdits par la loi, tels que les hormones sexuelles, les hormones anabolisantes, les médicaments pour maigrir...
Un dernier mot pour abréger ?
Je tiens à préciser que comparativement à ce qui est de mise ailleurs, où le fléau du dopage a pris des proportions alarmantes, notre pays est une nation sportive saine. C’est que depuis 1991 et subséquemment au cas Senda Gharbi contrôlée positive en Egypte, aucun sportif tunisien de haut niveau soumis à un contrôle antidopage n’a été surpris en état délictueux. Le secret ?
Un maître-mot : La prévention.
Et depuis 2008, c’est l’Agence Nationale Antidopage (ANAD) qui a pris les rênes de la lutte contre le dopage, avec tout le professionnalisme qu’on reconnaît à cette auguste institution.


Propos recueillis par : Wahid SMAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com