L’événement culturel majeur du mois de mai : Belle, bellissime !





Un cycle de films sera consacré, au courant du mois de mai, à l’Alhambra, aux actrices françaises
et italiennes ayant travaillé dans les deux pays.
«On s’est connus, on s’est reconnus, on s’est perdus de vue, on s’est r’perdus d’vue, on s’est retrouvés, on s’est réchauffés, puis on s’est séparés…». Immortalisé par «Le tourbillon de la vie», de Serge Rezvani, chanté par Jeanne Moreau, «Jules et Jim», reste avec les «400 coups», un des films les plus célèbres et les plus emblématiques de François Truffaut.
C’est une initiative fort louable de la part du directeur de la salle, Brahim Ltaief que de consacrer deux projections aux deux des films les plus marquants de Jeanne Moreau. A savoir «La nuit» de Michelangelo Antonioni et «Jules et Jim» de François Truffaut.
On aurait pu en rajouter une 3e, histoire de montrer que Jeanne Moreau a fait tous les pays latins et même l’Espagne avec «Journal intime d’une femme de chambre», de Luis Bunuel.
L’histoire se passe en 1912 dans le Paris de la vie de Bohème, de l’Art et du Moulin Rouge. Jim, un dandy séducteur, est l’ami de Jules, un jeune allemand naïf et généreux. L’un comme l’autre sont épris de Catherine qui les aimera tour à tour sans que leur amitié n’en souffre.
Ce film n’a été autorisé par la censure de l’époque qu’accompagné d’une interdiction au moins de 18 ans. Pourtant, l’étonnante histoire d’amour à trois qu’il raconte révèle chez son auteur, outre son talent de conteur, une rare pureté de sentiments et une totale absence de vulgarité que la suite de son œuvre confirmeront, de «Tirez sur le pianiste» à «La chambre verte».
«Jules et Jim» est d’abord la peinture d’une indéfectible amitié que même la guerre, qui en a fait des ennemis, ne pourra séparer. Le film est surtout le portrait d’une femme moderne et libre, maîtresse de son corps et de son cœur qui aime qui, et quand elle veut, se donnant et se reprenant à sa guise. Un rôle magistralement interprété par une lumineuse et une rafraîchissante Jeanne Moreau. Le plan qui restera à jamais gravé dans les mémoires est celui où la pellicule s’arréte net sur Catherine en train de rire. C’est fluide, simple et tellement beau.
Pour la petite histoire, «Les 400 coups» avait connu un tel succès que François Truffaut s’est trouvé propulsé du jour au lendemain, aux cotés d’Alain Resnais (Hiroshima mon amour) Jean Luc Godard (A bout de souffle) et Claude Chabrol (Le beau Serge), parmi les chefs de file du mouvement cinématographique de la «Nouvelle Vague». Or, son deuxième film, «Tirez sur le pianiste» avec Charles Aznavour, avait subi un échec commercial assez grave pour mettre en péril les films du Carosse, la société de production créée par Truffaut pour financer ses films. Dès lors, il se remet au travail sur l’adaptation de «Jules et Jim», l’un des deux romans de l’écrivain Henri Pierre Roché, un ami de longue date.
«Jules et Jim» ,s’avère être un film qui ne ressemble à nul autre film de Truffaut, mais qui porte tout de même quelques unes de ses obsessions. Parmi lesquelles la figure du trio, qui reviendra dans «Les deux anglaises et le continent» (autre adaptation d’un roman d’Henri Pierre Roché), ainsi que de manière plus apaisée dans «Le dernier metro» avec Gérard Depardieu et Catherine Deneuve. Sans oublier le romantisme, l’impossible réconciliation entre l’idéal et le réel, qui est au cœur d’un grand nombre de ses films, de «L’histoire d’Adèle H» avec Isabelle Adjani et «La femme d’à côté» avec Gérard Depardieu et Fanny Ardant.
Bref, un film à ne manquer sous aucun prétexte, tant il est important aussi bien pour le cinéma français que pour Truffaut lui-même. Et comme le rappelle ce dernier, «la vie est ainsi faite que l’on ne peut pas se passer d’aimer ou d’être aimé».

WALEY EDDINE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com