Les primeurs en vogue : Respectons la nature !





Le marché central de Tunis fourmille; des consommateurs s’attardent devant  les étalages des primeurs.
A faire un tour dans les marchés ou les grandes surfaces, l’on voit bien ce qu’on appelle « fraises », ces grosses boules rouges, avec des extrémités encore vertes, et qui ont à peu près le goût des tomates peu sucrées... On appelle aussi « cerises », ces minuscules graines rouges au goût très acidulé. Quant à la fade pastèque, au format d’un ballon de foot, elle trône sur les étalages en reine… Tous ces fruits ne sont normalement attendus qu’en juin. Pourtant, ils existent sur le marché depuis le mois de mars ou peut-être même depuis février.
Fermons les yeux. Imaginons qu’on est en plein gel du mois de janvier, mais que l’on a des fraises suaves. Ou imaginons encore des pastèques bien charnues et au goût mielleux, juste à l’orée du printemps. Ou mieux encore, imaginons que l’on mord dans des oranges bien pulpeuses et au goût savoureusement sucré. On dirait que c’est le paradis…
Mais non, c’est bien réel, juste avec quelques différences ! On n’a qu’à imaginer tous les fruits et tous les légumes qu’on veut; ils sont disponibles à tout moment. Seul hic : ils ont tous un goût fade, âpre, acide et généralement riche en…pesticides !
Etat des lieux
Certains marchands disent qu’ils…« bradent » les fraises à 600 millimes. Or, si ces fruits se vendent depuis Janvier, elles ont déjà assumé pleinement leur rôle : Celui de remplir les poches de producteurs et d’intermédiaires… ! D’autres, pour ne pas effrayer les clients, quant aux prix des cerises (graines des rois, sic), n’inscrivent sur leur pancarte que le prix du demi-kilo. « C’est une primeur ! Et avec cela, je sacrifie mes cerises à 5d,500 le demi-kilo », dit M. Ali, marchand de fruits. Bien sûr le kilo est donc de 11d, 000. Et ce sont seulement quelques parents dont les enfants raffolent des cerises ou quelques femmes enceintes qui doivent assouvir leurs envies de grossesse qui osent y mettre le paquet.
M. Mahmoud, marchand de fruits vend des pêches, des abricots, du melon, des fraises, mais aussi des pastèques et des nèfles. Tous ces fruits devraient être encore dans les champs. Et pourtant, le marchand confirme : « Les pastèques et les nèfles ? C’est bien leur saison, certes, ils ne se font pas encore fréquents, mais ils sont cueillis à temps. Les gens n’achètent pas les fruits hors-saison, ils ne veulent pas mettre le paquet rien que pour satisfaire leur envie de goûter aux primeurs ». Pourtant les nèfles chez M. Mahmoud, sont proposées à 1d,280 le kilo. Les prix des pastèques, par contre, sont inabordables ! Oui, parait-il, ce serait… un secret ! Motus et bouche cousue; il faut bien cacher le prix devant les fouineurs, d’autant plus que ce marchand affirme que les pastèques sont les fruits du printemps !!
Les dessous des primeurs
La froideur, l’acidité du goût ou les prix chers des primeurs sont loin d’être les seuls problèmes de ces fruits ! Pourtant c’est ce dont les consommateurs « piégés » se plaignent. En effet, lorsqu’un fruit ou un légume est vendu hors-saison, il se paye au prix fort. Les gens se bousculent pour remplir leurs couffins de ces derniers. Les petits raffolent des fraises en hiver, des melons et pastèques au début du printemps. Or, non seulement ces produits sont les fruits d’une agriculture industrielle, dont le mot d’ordre rime avec profit et rentabilité, mais ce sont des produits très nuisibles pour la santé.
En effet, pour donner des fruits et légumes hors-saison, l’on utilise des moyens non salubres. Les produits d’été qui sont déjà sur le marché, alors qu’ils devraient être encore aux champs, sont cultivés prématurément et sont donc moins riches en éléments nutritifs. De plus, lors de la culture, ils reçoivent une irrigation d’insecticides en surdose et des engrais en grandes quantités en permanence.
Pourquoi uniformiser nos assiettes tout au long de l’année ? Cela ne nous privera pas de la joie de retrouver les produits offerts par chaque saison ! Certes, il y a la forte tentation de goûter de tels fruits même avant terme, voire parfois de payer le prix fort pour la frime. Pourquoi ne pas résister à cette envie, en laissant ces primeurs sur leurs étalages et en les achetant au moment opportun ? une fois bien mûres, plus délicieuses et plus nutritives ? Cela ne poussera-t-il pas les marchands et agriculteurs à fléchir à deux fois avant d’investir dans un tel créneau ? À méditer…


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com