Tribune : Le masque de Ben Brik est tombé





Tribune : Le masque de Ben Brik est tombé
Par ABDELAZIZ OUNIS*
Avant son sacre carnavalesque en 2000 à la suite de sa vraie fausse grève de la faim, Taoufik Ben Brik était totalement inconnu de l’opinion publique tunisienne et à plus forte raison étrangère. Sa soi-disant «légende», il la doit à Robert Ménard, à l’époque omnipotent secrétaire général de RSF qui avait une conception bien particulière et de la liberté d’expression et de la presse en général.
Contrairement à ce qui se dit et s’écrit encore aujourd’hui sur ce produit de marketing politico-médiatique, sorti du génie trotskiste de son créateur, Ben Brik n’est pas un journaliste. Pour preuve, ce qu’il disait lui-même dans un de ses ouvrages, pourtant commandés: «Je fais les faits et si j’en rencontre je les passe à la trappe ils alourdissent ma phrase . Je n’informe pas. Un article n’est qu’un prétexte pour raconter des histoires». Pas plus que Robert Ménard, qui écrivait dans son livre «Ces journalistes que l’on veut faire taire: il n’y a rien de plus moutonnier que les médias». Ce n’était donc pas le respect du journalisme, encore moins l’amour de la liberté qui liait ces deux individus, mais la religion trotskiste dont ils sont tous les deux d’inconditionnels prosélytes.
Ainsi, deux permanents de «la révolution permanente», qui pratiquent l’entrisme comme leurs alliés intégristes pratiquent la «taqiyya», ont réussi à imposer aux médias français un charlatan qui, de l’aveu même de Ménard, «se contrefiche des droits de l’homme». Un autre ex-journalise français, qui avait lui aussi activement contribué à «la soi-disant légende» de Ben Brik, a fini par écrire que «les bonnes âmes avaient imaginé un héros, elles sont tombées sur un rigolo. Et de surcroît un mal élevé... Ce Taoufik qu’une presse française unanime avait salué comme un croisé des droits de l’homme ne vaut plus un clou ni une manchette... Pas questions d’inviter désormais sur un plateau de télévision ce faiseur, cet ingrat, cet incontrôlable, ce gréviste de la faim pas famélique, trop bon vivant».
Si ses propres parrains ont fini par lâcher, il y a déjà dix ans, quelques vérités sur ce voyou déguisé en journaliste, pourquoi certains médias français ont pendant quelques jours donné l’impression de se mobiliser pour perpétuer une telle imposture? Parce que Ben Brik incarnerait à leurs yeux «le combat pour la liberté et la démocratie» et qu’il en paye le prix «victime» d’un soi-disant «traquenard»? Il a fait six mois de prison prétendument à cause d’une «série d’articles hostiles au régime»? La femme qui a porté plainte contre lui pour coups et blessures volontaires seraient donc une menteuse, car l’accusé ne ferait pas mal à une mouche.
C’est le Ben Brik côté fiction. Et qu’en est-il du Ben Brik côté réalité?
La scène qui va suivre n’est pas extraite d’un rapport de la police, mais du livre de ce gladiateur des droits de l’homme et de ce journaliste «civilisé jamais violent». Elle se déroule en 2000, à l’hôpital de La Marsa, là où le gréviste de la faim avait été transféré dans un état de «coma profond», selon un quotidien parisien: «Mon premier coup de tête l’a complètement réveillé, et j’ai cru entendre cet athée réciter la Chahada. Je l’ai pris par le collet en lui chuchotant, les dents serrés n’ouvre plus ta bouche, ne te retourne pas et pars vite, sinon je t’enlève ton pantalon», écrira plus tard Ben Brik lui-même. Sa pauvre victime, venue le soutenir dans son jeûne si revigorant, est l’ex-secrétaire général du syndicat des universitaires, un homme de plus de 65 ans! Les arguments de Sieur Ben Brik son vraiment frappants.
L’affaire pour laquelle il a été jugé et condamné à six mois de prison n’est pas en fait aussi grave qu’une autre affaire qui devait être jugé le 28 janvier 2010 à Paris et dont l’examen a été renvoyé 10 fois. Elle est désormais reportée au mois de septembre 2010. Pourquoi depuis juin 2004, la justice française ne finit-elle pas d’examiner cette autre affaire infiniment plus grave que celle dont il vient de purger la peine en Tunisie? Sans doute parce que l’on veut nous faire croire que la plaignante n’est pas une victime mais une autre affabulatrice ! Si certains islamo-gauchistes reconvertis dans le commerce des droits de l’homme ont décidé que cet individu à la terminologie ordurière et à la violence instinctive soit au-dessus des lois tunisiennes, veulent-ils qu’il en soit de même avec les lois françaises?
Le journaliste que je fus et le philosophe que je reste a appris de Rousseau qu’il n’y a pas de liberté sans lois, et de l’illustre Hubert Beuve-Méry, que si «l’objectivité n’existe pas. L’honnêteté, oui». Que certains journalistes critiquent la Tunisie, cela répond à leur vocation autant qu’à leur nature. Aucun pays n’est d’ailleurs à l’abri des critiques. Mais qu’ils se soumettent aux caprices et aux invectives du Sieur Ben Brik parce que celui-ci a derrière lui une machine de propagande aussi efficace que celle de RSF ainsi qu’une poignée d’excités qui ont toujours un compte à régler avec Tunis, il y a de quoi s’interroger. Lorsqu’une chaîne de télévision publique française autorise cet individu à traiter, ceux qui sont morts pour l’indépendance de mon pays comme ceux qui veillent à cette indépendance à les traiter de «colons indigènes» que la France doit «dératiser», nous ne sommes plus dans l’objectivité ni dans l’honnêteté, mais dans le degré zéro de la déontologie et dans la basse calomnie. C’est la dignité du peuple tunisien que l’on bafoue et la propagande de ce faux journaliste que l’on encourage... et suscite!


Universitaire tunisien, Professeur de philosophie à Paris




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com