Si l’Azerbaïdjan m’était conté : Un pays si convoité





Après une occupation de 70 ans par l’URSS, l’Azerbaïdjan met les bouchées doubles pour se reconstruire tirant profit de la manne pétrolière.
En l’absence de vols directs entre Tunis et Baku, le passage par Istanbul, ville turque de renom était incontournable. Il nous a fallu effectuer une escale de trois heures avant de prendre le vol de la compagnie turque « Turkish Airlines » pour atteindre Baku. Il faut dire qu’on ne compte plus les heures dans cet espace international vaste et très animé où l’odeur de « Rahat lukoum » du café turc vous taquine les narines et vous incite à en déguster. Pour inciter à la consommation les vendeurs utilisent mille et une astuces. Bref dans cet espace gigantesque on n’a pas le temps de s’ennuyer et l’on risque même en bon dilettante de rater son prochain vol. Ce n’est pas notre cas puisque nous avons pris notre prochain vol prévu vers Baku. Durant tout le trajet l’on se demandait à quoi ressemblait ce pays légendaire du Caucase situé à près de 1800 km d’Istanbul et qui a fait l’actualité durant une longue période et notamment durant la guerre avec l’Arménie pour l’enclave de Nagorni Karabakh. L’enclave qui dépendait de l’Azerbaïdjan a été occupée par l’Arménie sous prétexte de la présence d’une forte colonie d’arméniens. La guerre qui dura trois ans n’a pas permis à l’Azerbaidjan de récupérer son territoire malgré la reconnaissance par l’ONU de la légitimité de ses revendications.
En effet l’histoire de ce pays est riche en évènements et rebondissements. Azerbaïdjan veut dire le pays du feu. La légende repose sur une explication rationnelle. Le pays est riche en gaz et en pétrole à telle enseigne que l’on n’a pas besoin de creuser profondément pour extraire le pétrole et le gaz. Déjà et durant le 8è siècle le gaz jaillissait du sol de la région de « Atashgah », située à une quarantaine de km de Bakou et alimenta une grosse et interminable flamme. Les lieux sont devenus une direction de pèlerinage d’une caste qui vénère le feu et le respecte comme un symbole divin. Rénovés, les lieux constituent aujourd’hui une attraction pour les quelques touristes qui visitent le pays.
Depuis son indépendance il y a dix huit ans, l’Azerbaïdjan a accompli de grands pas vers la reconstruction du pays enregistrant un taux de croissance incomparable en 2009 de 9,3 pc. Cependant, l’économie qui repose essentiellement sur la production pétrolière et gazière nécessite plus que jamais une diversification des ressources. L’œuvre n’est pas à la portée dans une conjoncture locale et régionale complexe marquée notamment par un état de guerre contre l’Arménie et des enjeux gaziers et pétroliers importants.
Les recettes pétrolières et gazières génèrent un revenu considéré comme significatif de l’ordre de 300 dollars par tête d’habitants. Cependant ces mêmes recettes suscitent la convoitise des voisins.
Le visiteur de la Capitale Bakou est d’emblée frappé par la beauté des monuments, par la propreté des lieux, mais également par des routes extrêmement larges. La reconstruction est visible partout. Des travaux sont entamés dans plusieurs espaces de la ville qui d’ores et déjà lui donnent un nouveau visage.
Au cours des 10 dernières années, 800 immeubles de grand standing ont été construits. La réhabilitation des façades des propriétés privées a été financée par les municipalités. Ce choix montre le désir des autorités de ce pays de bien préparer son ouverture sur l’extérieur et d’attirer des investisseurs étrangers.
Les Etat-Unis et la Grande Bretagne sont déjà présents en Azerbaïdjan par le biais des sociétés pétrolières, y compris BP qui gère le terminal pétrolier de Sangashal. La position stratégique de l’Azerbaïdjan lui permet en effet de jouer un rôle majeur dans l’approvisionnement de l’Europe essentiellement en gaz et pétrole. C’est dans ce contexte que se situe le projet Nabucco qui prévoit la construction d’un gazoduc reliant les pays de la Transcaucasie à l’Europe centrale. Le projet soutenu par l’Union européenne permettra dès 2014 à l’Europe d’éviter la dépendance vis-à-vis du réseau russe qui transite par l’Ukraine. D’une longueur de 3300 km, il pourra transporter près de 31 milliards de m3 de gaz. Le coût prévu s’élèverait a près de 8 milliards d’euro.
L’Azerbaïdjan fait face également a un autre problème de taille : celui d’un million de réfugiés qui ont été déplaces en raison de l’occupation du territoires de Nagorny Karabakh et d’un long corridor par l’armée arménienne. La gestion d’une telle situation nécessite outre les actions diplomatiques une effort de relogement et de prise en charge des réfugiés.
Malgré les critiques lancées par les détracteurs du régime du président Ilham Aliyev le pays semble avoir trouvé le juste milieu pour relever les défis de la conjoncture, résoudre les nombreux problèmes de l’heure et faire table rase sur le triste passé soviétique.


De notre envoyé spécial à Bakou : Lotfi TOUATI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com