Apiculture : La biodiversité pour sauver les abeilles !





Les colonies d’abeilles dans le monde traversent aujourd’hui une crise. A cause d’épidémies diverses, elles sont même menacées de disparition. Que faire pour les sauver ?
Tel est en gros le thème d’une conférence tenue hier au siège de l’UTAP (Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche) sous la présidence de M. Nadhir Hamada, ministre de l’Environnement et du développement durable. Le sujet est d’actualité brûlante pour les apiculteurs qui n’ont aujourd’hui qu’une seule solution : maintenir en vie les abeilles. Ils n’ont qu’à compter sur le réseau de la biodiversité, à l’instar de ce qui se fait actuellement dans les pays du nord, eux aussi grandement menacés.
Un travail sur cette filière apicole durable s’impose. Chercheurs et politiques du monde en sont bien conscients et tentent de préserver ce patrimoine naturel. «Nous devons protéger nos richesses naturelles. Nous sommes appelés à bien gérer et diversifier le secteur biologique. L’apiculture souffre aujourd’hui et nous sommes appelés à multiplier les efforts pour que les abeilles sortent indemnes de cette crise. En 2005, 1300 experts de 95 pays se sont penchés sur la question. Les forêts et les champs d’élevage d’abeilles sont en train de rétrécir et il y a problème. Pour protéger ces colonies, il n’y a que la biodiversit酻, a notamment lancé le ministre à un parterre d’apiculteurs, un brin inquiets.
Dans le même sillage, le président de la fédération agricole a dit que le domaine de l’apiculture passe par un moment difficile et pour faire face, rien ne vaut la mise en place d’une stratégie nationale pour la biodiversité, seule à sauver la nature et ses richesses. «Nous sommes appelés à mieux sensibiliser les apiculteurs et les agriculteurs pour qu’il y ait coordination entre eux et par delà, équilibre….», a-t-il insisté.
Miel, nectar et pollinisation
Les abeilles domestiques mais aussi bourdons, mégachiles, xylocopes,… plus de 20.000 espèces participent dans le monde à la pollinisation (et à la survie) de plus de 80% des espèces végétales. Les abeilles interviennent dans la pollinisation de tout ce que l’homme consomme: arboriculture fruitière (abricotier, cerisier, pommier, prunier, amandier…), cultures maraîchères, légumes et condiments, ainsi que dans les grandes cultures (sarrasin, oléagineuse, tournesol, colza…). Imaginez donc le monde sans abeilles et sans pollinisation !
Sachant que la pollinisation par le vent n’est que de 10%, la vie de toutes les espèces sur terre sera menacée. Sachant aussi que la majorité des produits pharmaceutiques sont extraits des plantes et des herbes…, le risque n’est donc pas minime. «En sauvant les abeilles, on évitera la catastrophe. Tout a un lien avec la santé des abeilles…», a soulevé un expert en la matière. Une chose confirmée par quelques producteurs de miel et dérivés. La vie (et la santé) de tous les êtres vivants dépend de la vie (et la santé) des abeilles.
Un essaim de saveurs royales
Le hall de l’UTAP s’est métamorphosé, le temps de la conférence, en un lieu d’exposition de produits apicoles. «Nous fabriquons tout à base de miel et nous refusons tout additif chimique. Nous commercialisons du cake au miel de thym et de romarin, des macarons au miel d’orange, du sirop de miel d’eucalyptus… Nous offrons aussi des produits phytosanitaires. Mais nous n’arrivons pas à satisfaire encore la demande locale et pour cause. Cette année, c’est la pire des récoltes. Il y a eu plusieurs épidémies et les abeilles n’ont pas survécu au Varroa et aux guêpes tueuses», a dit au Quotidien la collaboratrice du patron Ahmed Berrachid qui a monté, il y a une vingtaine d’années, sa Baie d’Azur.
A côté de ce stand, Mourad Chammakhi a posé son essaim de produits au milieu de son matériel apicole. «Selon les saisons, je me «trimbale» avec mes colonies dans les champs de Makthar, de Sejnène, de Zaghouan, de Mornag. Pour cette année qui n’était pas pluvieuse, s’est greffé un autre facteur nuisible à nos abeilles. Pendant la période de floraison des agrumes, les agriculteurs ont traité leurs arbres avec des insecticides. Résultat : ces produits ont fait du mal aux abeilles et notre production a chuté vertigineusement…», a-t-il dit. Et d’insister sur le manque de coordination entre apiculteurs et agriculteurs.
Son voisin Adel Yaïche a mal pour ses abeilles qui lui fournissent du miel, du pollen, de la gelée et autres produits à commercialiser.
Dar Zmen est une autre maison de miel qui a trouvé le bon filon pour fabriquer des produits cosmétiques naturels. On y trouve un peu de tout.
Un peu de tout aussi chez Nadia Baccar de La Reine des produits d’abeille. Du savon, de l’huile antichute, des crèmes antirides, des masques à base de gelée royale sont exposés sur le tréteau. «C’est moi qui élève seule mes abeilles. Je loue, à chaque saison, la parcelle d’un champ. Le temps qu’il faut pour que mes abeilles puissent tirer la sève des plantes et des herbes. Puis à partir de leur miel et pollen, je fabrique mes produits 100% naturels… et mon commerce va bien», a-t-elle dit.


Zohra ABID KEFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com