C.A. : La réforme, oui, la confusion, non !





Le CA vient de vivre une saison plutôt décevante pour l’année de son 90e anniversaire, son butin est trop maigre et sa tribune est vide, étrangement vide.
«La parfaite raison fuit toute extrémité, et veut que l’on soit sage avec sobriété». Cette maxime de Molière devra être omniprésente dans les esprits de ceux dont dépend l’avenir du club de Bab Jédid.
Bien entendu, comme à l’accoutumée, avant la tenue de l’AG, les tribulations au sein de la large famille du Club Africain vont bon train. Heureusement et c’est déjà un point positif, l’assemblée générale se tient cette année à la fin de la saison et non à la veille de la nouvelle. Ceci présente l’avantage de permettre à la nouvelle équipe dirigeante de bien préparer l’exercice à venir et de ne pas tomber dans le piège d’une campagne de recrutement qui avancerait cahin-caha. Il s’agira de connaître le nom du futur président du club et à ce sujet, quelques noms ont circulé comme celui de Jamel Atrous ou de Kamel Néji.
Mais, une AG est surtout une occasion d’intervenir dans la vie du club. Celle du CA a connu ces derniers temps quelques soubresauts. Il faut donc agir, mais pas n’importe comment, en dépassionnant le débat. «La réforme, oui ! La chienlit, non !» avait dit un célèbre homme politique français. L’heure est donc venue de dresser le bilan, d’épiloguer sur tout ce qui n’a pas marché, de trouver des solutions radicales pour que cette prestigieuse association ne soit pas un colosse au pied d’argile.
Un colosse, le Club Africain ne peut pas ne pas l’être au vu de la très large assise populaire dont il dispose. Paradoxalement, au niveau de son budget, il est à la queue leu leu des « grands ». Et cela n’est pas sans se répercuter sur la marche de l’association.
Le public, maillon fort
Les fans clubistes ont bu le calice jusqu’à la lie. Combien de temps leur faudra t-il encore patienter pour voir leur club retrouver son lustre d’antan ? Combien de temps encore seront-ils bonimentés ? L’amour qu’ils portent à leur club, n’a d’égal que leur sens du sacrifice, leur ténacité et leur dévouement. Ils sont les principaux bailleurs de fonds et il a suffit qu’ils boudent deux rencontres importantes en fin de saison (Etoile et Stade Tunisien) et qu’ils décident que le derby se joue à huis-clos et voilà que le club est dans de beaux draps financiers. Les plaintes du trésorier et des principaux dirigeants sont arrivées à nos oreilles.
C’est dire le poids que le public clubiste possède. Reste que son intervention doit être canalisée. Reste qu’il doit comprendre que pour la bonne marche de son équipe favorite, il doit s’astreindre lui-même à une discipline. Certains supporters ont parfois dépassé leurs limites lorsque les choses n’ont pas tourné comme il le fallait. S’en prendre aux joueurs et au staff technique en se répandant en invectives à la suite d’une contre-performance n’arrangera certainement en rien les choses. A ce niveau, il faut se mettre à la place des joueurs et du staff qui ne se sentent plus protégés.
C’est dans ces moments difficiles que l’on a le plus besoin de ses dirigeants. Or, ces derniers ont souvent fait acte d’absence lorsque les choses n’ont pas tourné rond, notamment en fin de saison. Combien de joueurs se sont-ils terrés chez eux le temps de laisser passer la tempête ? Un dirigeant a un rôle principal d’encadrement, de communication, etc.
Et puis, il ne faut pas oublier le mauvais comportement d’une frange du public en Algérie. Un comportement qui ne fait honneur à cette prestigieuse association qu’est le Club Africain. Et là, il n’ont pas la moindre excuse d’autant plus que toute la délégation clubiste a été bien reçue.
L’ambiance du vestiaire
Un groupe vivant constamment sous pression, imaginer alors un peu l’ambiance dans les vestiaires. Quels genres de discussions se tiennent ? La sérénité n’est pas de mise et cela se voit systématiquement sur le terrain. C’est la fébrilité, c’est le mauvais choix, c’est l’approximation etc.
Et puis, il faut savoir que les joueurs clubistes souffrent de la comparaison avec les joueurs des trois autres grosses cylindrées de notre championnat. Parfois, il a même été question des tenues. Celles du CA ne seraient pas de la même qualité que celles des autres grosses cylindrées. Les joueurs clubistes seraient toujours les moins bien fripés.
Et puis çà discute de salaires, de primes, de règlement dans les délais. Dans ce contexte, certaines aberrations n’ont pas contribué à booster l’équipe en certaines occasions. Et là, nous pensons à l’épreuve de la ligue des champions et à celle de la coupe de Tunisie.
Ainsi, le barème des primes de matchs est à revoir car il est inconcevable qu’un joueur ne perçoive pas le moindre millime en six matchs de ligue des champions, dont trois en déplacement. En effet, les joueurs n’ont droit à une prime qu’en cas de qualification à la phase de poule. Par conséquent, jouer au Niger par 40°C à l’ombre n’est certainement pas motivant. Ramener une victoire de Tizi Ouzou, non plus d’ailleurs.
Idem pour la Coupe de Tunisie. Les joueurs n’ont droit à une prime qu’en cas de victoire en finale. En demi-finale, les clubistes sfaxiens avaient droit à une prime royale en cas de qualification pour la finale, d’où leur plus grande motivation. Les Clubistes tunisois, eux, n’avaient droit à que dalle.
La discipline
Résultat, les sorties du CA de la Ligue des champions puis de la coupe de Tunisie étaient en partie conditionnées par ces facteurs. Sinon comment expliquer la légèreté de certains joueurs de base au cours des trois rencontres en question, deux contre la JS Kabylie et l’une contre le CSS.
A cet égard, une petite rétrospective serait vraiment significative pour expliquer l’état d’esprit des joueurs. A Tunis, contre l’équipe algérienne, Alexis Mendomo que l’on a voulu couvrir, s’est permis sciemment de tirer le ballon en direction de l’arbitre, feignant de vouloir le sortir hors du terrain. Il méritait son carton rouge. Lors du même match, Khaled Souissi qui était sous le coup d’un carton jaune, et en tant que joueur international expérimenté, n’aurait jamais dû tacler l’adversaire comme il l’avait fait. L’arbitre a également vu rouge. Deux épisodes qui ont hypothéqué les chances de l’équipe à Tunis.
En dépit de cela, le coup restait jouable en Algérie, notamment lorsque le CA s’est retrouvé en supériorité numérique. Il fallait juste marquer un but, un tout petit but. Mais, là encore, l’indiscipline empêchera le groupe de passer ce cap puisque c’est au tour de Mohamed Traoré de péter les plombs et de se faire expulser privant les siens d’un avantage numérique qui aurait pu lui permettre de se qualifier.
En coupe, face au CS Sfaxien, ce scénario se reproduisit avec Wissam Ben Yahia, le capitaine de l’équipe qui est censé donner l’exemple. Or, Wissam Ben Yahia, à l’instar de quelques autres, comme Oussama Sellami passent leur temps à discutailler avec les arbitres au lieu de se concentrer sur le jeu.
Mais, la discipline ne concerne pas uniquement le comportement sur le terrain. Dans la vie privée, les joueurs doivent aussi s’astreindre à une discipline qui fasse honneur aux couleurs que l’on porte et à l’association qui vous emploie. Or, cela n’est pas le cas de tout le monde et certaines mauvaises graines n’ont pas leur place au CA, à moins qu’elles ne décident de changer de fusil d’épaule, ce dont nous doutons fort.
Ce qu’il faut toujours avoir à l’esprit, c’est que le CA est une école, et en tant que telle, elle doit rester fidèle à sa philosophie et retrouver ses valeurs les plus identitaires.
L’infrastructure
En ce qui concerne le Parc A, si on le compare aux complexes des autres locomotives de notre football, tout le monde vous dira qu’il a besoin d’un sérieux coup de lifting. En l’état actuel, il n’est pas à même de permettre au club de jouer pleinement son rôle de formation. Vestiaires, terrains, et centre de formation ont besoin d’un sérieux réaménagement.
Toute la gestion du parc est à revoir pour qu’elle soit digne du CA. Il faut juste voir dans quelles conditions s’entraînent les jeunes du club. Il faut également jeter un coup d’œil à l’état des deux pelouses en gazon naturel. Celle des seniors, si elle a pu tenir le coup cette année, c’est principalement en raison du fait que les seniors se sont souvent entraînés ailleurs qu’au Parc A. elle a donc pu souffler.
Par contre, celle sur laquelle l’équipe espoir s’entraîne et joue ses matchs officielles est dans un état très mauvais. Le club de Bab Jédid mérite bien mieux que cela.
En outre, il faut optimiser l’espace à disposition, ce qui est loin d’être le cas. Ce que beaucoup de Clubistes, c’est que les jeunes de l’académie s’entraîne sur un terrain en terre battue qui n’est même pas digne d’un quartier tellement il bosselé.
Ce terrain ainsi qu’un autre, celui des écoles qui est mal engazonné devait être refait en tartan ou en gazon synthétique. Mais, le projet est resté au stade de projet.
Les dirigeants et le financement
Au Club Africain, les responsables, les vrais, ceux qui sont totalement désintéressés et qui offrent des services bénévoles -s’ils ne donnent pas de leurs propres deniers- sont devenus une denrée rare, tellement il y a trop de fiel sur les débats et de l’agressivité dans les interventions. Nous ne citerons pas de noms, mais d’aucuns préfèrent aider de loin, quand cela leur dit.
Et pour cause, au CA les conflits d’influence et les conflits de tendances qui enveniment la vie du club sont monnaie courante, particulièrement lorsque les choses ne tournent pas comme il faut.
A bas l’omerta, tout le monde sait que ce n’était pas Kamel Idir qui titrait les ficelles du jeu et qu’il dépendait de certains sages du club. Pourquoi, alors ces derniers ne prennent-ils pas les rênes du club ? Les raisons de tout un chacun sont probablement multiples. Les noms des personnalités clubistes qui pourraient faire l’unanimité autour d’elle sont nombreux. Le CA est-il devenu une association si difficile à gérer ?
Et puis, l’équilibre financier du club est-il devenu si précaire ? Pourtant le CA, n’a pas à se plaindre côté affluence du public. Les statistiques disent que c’est le club le plus suivi du pays. Pourtant, à la fin de la saison, le club se trouverait avec un passif important. On parlerait même de deux milliards. Attendons voir le rapport financier pour en savoir davantage.
Lors de la dernière journée du championnat de Tunisie, le président du CS Hammam-Lif, Mongi Bhar, dépité, se foutait royalement du résultat du match. «On aurait tellement voulu affronter un CA jouant pour le titre, cela aurait rempli nos caisses». avait-il déclaré face à une présence timide des supporters clubistes. Edifiant …
C’est ce contexte financier difficile qui est en partie derrière la saison catastrophique de la section de handball. Quid du basket-ball !
Arrêter une stratégie claire
Les grandes équipes du Club Africain, celle des années 70 avec les Attouga, Chaïbi, et tutti quanti, puis celle des années 90 qui a remporté le quadruplé historique avec les Rouissi, Sellimi et Touati étaient composées des joueurs du cru. Cela nous rappelle une déclaration du président du FC Barcelone, Juan Laporta, en réponse aux dirigeants du Real Madrid : « le Real Madrid achète les stars, nous, on les fabrique. »
Par conséquent, et en l’absence de grands moyens, il faut agir en conséquence. Il faut faire la politique de ses moyens. Former un joueur sur des bases saines et solides, vaut mieux que de jouer à la roulette russe. Le cas d’Otorogo est édifiant à cet égard. A l’Espérance, le voisin d’à côté, l’avènement de Maher Kanzari qui dirigeait la sélection cadette qui joua le mondial de 2007 a porté ses fruits puisque les Msakni, Ayari et Boughanmi ont atterri au Parc B.
Il est donc temps d’accorder la place qu’il faut au travail des jeunes. L’ex directeur technique des jeunes, Kamel Kolsi, a exigé en vain un budget pour le recrutement des jeunes à partir des minimes ou des cadets afin de parfaire leur formation. L’idée était géniale, elle ne connut malheureusement pas de suite.
L’heure est venue de la relancer, d’accorder une place prépondérante à la formation. Il faut réellement tirer profit des liens noués dernièrement avec l’Olympique Lyonnais. Parallèlement, le choix du futur coach de l’équipe fanion devra être mûrement réfléchi. Avec lui, il faudra arrêter des objectifs réalisables. Cette intronisation ne doit pas non plus tarder. Et puis, on a fait porter le chapeau à Pierre Lechantre. On l’a stigmatisé. Mais, était-il le seul à avoir contribué à la situation dans laquelle se trouve l’équipe fanion ? Certainement pas !
Pourtant, rares sont les coachs qui ont entraîné l’équipe senior et qui passaient leur dimanche matin à suivre les matchs des équipes de jeunes. Lechantre faisait également de la prospection en notant sur son calepin quelques bonnes graines dans les rangs des équipes adverses. A t-on suivi ses conseils ? Très rarement …
Le CA est un club avant tout malade de ses dirigeants. Il faut comprendre que le volontarisme n’est pas le seul moyen pour gérer une association de l’envergure du CA.
L’heure est venue d’arrêter une stratégie claire où chacun se chargera de la fonction ou de la responsabilité qui lui est dévolue sans marcher sur les plates-bandes des autres.
Le CA est une grande association qui doit rester fidèle à sa philosophie, à ses valeurs identitaires les plus fortes. Par conséquent, il est temps de faire bouger les choses dans le bon sens, pour que le club de Bab Jédid retrouve son rayonnement. Toute l’approche est à revoir.
Cette association renferme tellement de gens compétents qu’elle se doit obligatoirement de retrouver la place qui lui revient sur l’échiquier national et continental. Le grand Blaise Pascal ne disait–il pas que «La multitude qui ne se réduit pas à l’unité est confusion ; l’unité qui ne dépend pas de la multitude est tyrannie».
Morale de l’histoire : trêve de jactance, place à la symbiose entre les différentes composantes du club pour qu’il retrouve la place qu’il mérite. Une équipe comme le Club Africain ne peut se sustenter d’accessits.
Le CA a besoin de «brainstorming» pour sortir des sentiers embourbés. Il faut bâtir sur l’existant et ne pas tout remettre en question. L’année du 90e n’est pas terminée, elle a mal débuté, il faut bien la terminer...


A.S.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com