Le Consul général de France au “Quotidien” : Le taux de refus des visas pour la France est de 18%





•“Nous ne sommes pas là pour compliquer la vie des gens” L’obtention d’un visa Schengen est devenue pour certains un véritable calvaire. Les longues files d’attente devant l'ambassade de France à Tunis découragent parfois des demandeurs de visas et les acculent à reporter l’échéance. M. Christian Bernard, consul général de France à Tunis, nous parle au cours de cet entretien de diverses questions se rapportant à l’octroi des visas. Le Quotidien : Des demandeurs de visas se plaignent de l’accueil et de l’encombrement devant les services consulaires. Qu’en pensez-vous ? M. Christian Bernard: Je dois dire d’abord que les périodes de pointe se situent autour de deux mois sur douze. Il y a le fameux mois d’août et les vacances scolaires. Nous avons fait de notre mieux pour améliorer l’accueil à l’intérieur des services consulaires. Nous avons une grande salle climatisée, des postes TV, des chaises confortables. A l’extérieur, nous n'avons pas un droit de regard sur ce qui se passe dans la rue. Des agents des services consulaires ont été parfois agressés par des demandeurs de visas furieux. D’ailleurs, j’ai donné l’ordre de refuser le visa à toute personne qui fait preuve d’un écart de conduite. Nous avons toutes les conditions pour assurer un service régulier et normal. Les services consulaires sont dotés de 25 agents et de guichets suffisants pour examiner en toute célérité les dossiers de demandes de visas. Les effets du 11 septembre ont-elles eu des répercussions sur le nombre de visas délivrés par vos services? C.B : Le nombre de demandes de visas augmente au niveau global de la masse de dossiers, mais nous restons dans un volume stable. Cela signifie que la demande reste constante. Nous avons introduit une modification au niveau des frais d’études de dossiers qui ne sont pas forcément les frais d’obtention de visas. Désormais, les frais ne sont pas remboursables. Nous avons pensé que cette décision allait faire chuter les demandes, mais en fait la baisse enregistrée est inférieure à 10%. Par ailleurs, nous avons commencé à délivrer des visas de circulation valable à partir d’un an et jusqu’à la fin de la validité du passeport. Nous avons délivré ces visas d’une manière parcimonieuse. Ce genre de visa ne nous donne pas une idée claire sur le nombre total de visas délivrés, puisque son détenteur peut voyager plusieurs fois avec le même visa. Cela permet également de décongestionner les longues files d’attente. Une chose est sûre cependant la situation économique planétaire a fait baissé le désir de voyager. Les gens se déplacent beaucoup moins pour des raisons économiques. Ceci est valable pour tous les pays. Quelles sont les critères d’octroi du visa ? C.B. : C’est simple, les pièces incluses dans le dossier doivent être conformes à la situation du demandeur. Cela relève de notre souci d'éviter le risque migratoire illégal. A titre d’exemple le fait qu’un ouvrier qui touche 150D par mois et qui veut passer 3 mois de vacances à Paris nous laisse sceptiques. Quel est le taux de refus ? C.B. : Le taux de refus est minime par rapport au nombre des dossiers déposés. Il est de l'ordre de 18%, cela signifie que sur 5 demandes une seule est refusée. Pour l’année 2002, le nombre total de dossiers déposés était de l’ordre de 76.619; seuls 14.180 dossiers ont été rejetés, soit un taux de refus de 18%. Les personnes dont le dossier est refusé ont-elles un droit de recours ? C.B. : Absolument ! Il existe pour ce faire 3 étapes. Il y a d’abord le recours gracieux et informel. Le demandeur peut déposer une demande de réexamen du dossier en explicitant davantage son cas et en y ajoutant éventuellement les documents nécessaires justifiant sa requête. Il y a ensuite le recours hiérarchique: le demandeur peut adresser une réclamation au ministère français des Affaires étrangères où une commission ad-hoc composée de magistrats et de divers cadres peut siéger pour étudier le dossier en question. Le dernier recours peut se faire auprès du Conseil d’Etat français. Comme vous le constatez, les possibilités de recours sont nombreuses. Que conseillez-vous aux demandeurs de visas pour contribuer éventuellement à éviter l’encombrement? C.B. : C’est simple, je leur conseille de s’y prendre à l’avance. Le visa est généralement valable durant 3 mois. Pourquoi déposer son dossier quelques jours avant le départ ? Les procédures d’obtention du visa seront-elles assouplies? C.B. : Il est légitime pour chacun d’aller en France, mais il est nécessaire que l’intéressé ne triche pas. En fait, la demande de visa constitue un contrat moral qu’il importe de respecter. Nous ne sommes pas là pour compliquer la vie des gens, mais pour effectuer une tâche qui s’inscrit dans le cadre des bonnes relations entre la Tunisie et la France. Il faut dire que ce qui nous sépare est une grande flaque d’eau: Méditerranée ? Entretien réalisé par Lotfi TOUATI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com