Jeunes et piercing : Mutilation pour la frime ou la différence ?





Le piercing est devenu aujourd’hui une véritable mode entre les jeunes, qui ne cessent de se faire percer avec les motifs les plus bizarres et les plus extravagants. C’est la culture du «m’as-tu vu ?» par excellence.
Montrer sa singularité, être différent, afficher sa particularité… ce ne sont pas les motivations qui manquent aux jeunes tunisiens pour aller chercher l’extrême. La dernière mode en vogue est le piercing. Là, nos jeunes ne manquent pas d’originalité et d’audace pour… se faire la peau.
Le piercing est une pratique qui consiste à percer une partie du corps pour y mettre un bijou. C’est un type de modification corporelle. Entre le lobe de l’oreille et la langue, en passant par les lèvres et le nombril, on en voit de tous les types et de toutes les couleurs.
La première raison qui pousse les jeunes à se percer la peau est le côté esthétique, comme en témoigne Walid, étudiant à l’ISG : «Je me suis percé pour l’esthétique. C’est réellement beau. J’ai découvert le piercing par un ami à moi. Je me suis jeté à l’eau et voilà. Quand on se fait percer, socialement, on bascule. J’ai plus confiance en moi parce que je sens que mon piercing attire les filles qui ne cessent de me draguer».
Avec le poster de l’idole
Outre le côté esthétique, les jeunes se font percer pour monter leur singularité et sortir de l’anonymat. C’est une manière de s’affirmer et de s’exprimer. Certains se percent la peau juste pour s’opposer à leurs parents ou à la société. D’après un concept anthropologique, le piercing était un rituel de passage à l’âge adulte. Certains sociologues assimilent le piercing chez les jeunes aujourd’hui comme pouvant relever du même rituel. Une manière pour affirmer son indépendance.
Le piercing permet, entre autres, l’appartenance à un groupe. C’est surtout le cas pour les gothiques et les metalleux, connus par leurs piercings fantaisistes, véritable base de la culture «heavy metal». En effet, les jeunes qui rejoignent les salons autorisés par les services de la santé à procéder au tatouage et au piercing, sont presque toujours munis de posters de leurs idoles (souvent des membres des groupes rock). «J’ai découvert le piercing lors d’un concert rock. Tout le monde était tatoué et percé. Ça m’a plu énormément, donc je m’en suis fait un à l’arcade gauche. J’ai beaucoup hésité avant de foncer. J’avais peur du regard des autres», affirme Fahmi, lycéen de 17 ans.
Pour les femmes, le piercing est un moyen d’érotiser son corps. Dans certains cas, il est associé à des pratiques sexuelles ou lié au masochisme. «C’est joli et ça fait «in». En plus, je me sens plus belle avec les piercings. A la plage, tous les regards se tournent vers moi grâce à mon piercing avec boucle au nombril», témoigne Abir, étudiante à l’ISCAE.
Salons spécialisés
La prolifération du phénomène du piercing a engendré la naissance de nombreux salons spécialisés, qui ouvrent fréquemment un peu partout. Ces salons sont autorisés par les services de la santé à pratiquer les piercings. L’hygiène et la santé passent avant tout dans ces salons qui refusent les objets métalliques fournis par le client lui-même. Ils n’utilisent que le platinum, la seule matière autorisée et constamment contrôlée. Les poses pour se faire percer se font en présence d’un médecin. Les salons demandent même une autorisation parentale pour les mineurs.
Le coût, un peu élevé du piercing dans les salons spécialisés (entre 50 et 70 dinars pour un piercing avec boucle), a favorisé l’émergence d’un commerce parallèle et illégal. En effet, on peut facilement trouver une personne qui pratique le piercing clandestinement (le piercing est à seulement 25 dinars). Ces personnes utilisent, pour la plupart, le «pistolet perce-oreille» qui est à proscrire car très dangereux. Outre le fait que cet appareil n’est pas stérilisable, les dégâts qui peuvent être occasionnés par le choc mécanique sont souvent désastreux et irréversibles (déformations des cartilages, perforations de la cloison nasale, infections répétitives…).
Se faire percer chez un clandestin est certes un acte moins cher, mais cela peut générer des dangers et des complications de santé : Réaction allergique au métal des bijoux, en particulier le nickel, traumatisme lié à une perforation récente ou liée à l’accrochage fortuit du piercing avec un autre objet, Infection virale, en particulier de l’hépatite B, de l’hépatite C et du VIH. Risque possible lors de la mise du piercing, mais également pour les piercings «intimes», même complètement cicatrisés, qui augmentent le danger d’être contaminé par des maladies sexuellement transmissibles…
Le regard que porte la société tunisienne aux personnes percées reste mitigé : les uns apprécient le côté esthétique du piercing, alors que la majorité le voit d’un mauvais œil. Une chose est sûre, le piercing est devenu un véritable phénomène de société.


Meher KACEM




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com