Analyse : Briser les tabous, braver l’interdit…





Le massacre perpétré lundi par l’armée israélienne contre la flottille de la liberté «Free Gaza» a suscité, comme il fallait s’y attendre, un tollé mondial.
La presse internationale a, en effet, condamné à l’unanimité la barbarie israélienne qui n’a pas épargné cette fois-ci d’innocents militants pacifistes, mûs par un extraordinaire élan de solidarité en faveur d’un peuple palestinien opprimé. Le martyre de ces apôtres de la paix qui n’ont pas hésité à mettre leurs vies en danger pour la bonne cause, restera certainement gravé et pour très longtemps dans la mémoire collective des peuples épris de justice et de liberté.
Confinés de force dans un ghetto à ciel ouvert et les ténèbres d’une occupation impitoyable, les Gazaouis, au-delà de cette regrettable tragédie, ne se sentent plus seuls. Et pas seulement car, malgré la tournure dramatique des événements, ils ont aussi la preuve formelle que leurs sympathisants sont de différentes nationalités et se recrutent par milliers, dans les pays arabes certainement, mais également en Australie, en Grèce, en Turquie, en Espagne et en Irlande.
Les membres de cette expédition de la liberté qui sont venus d’horizons et de pays différents sont certainement les dignes ambassadeurs d’une société civile internationale qui s’est levée comme un seul homme pour briser les chaînes de la vilénie et secouer l’apathie de la communauté des nations. Remarquable leçon de bravoure, d’altruisme et de courage que celle donnée au monde par ces militants pacifistes.
Il faut dire que la légalité internationale qui subit entorses et revers à répétition en a rudement besoin. Il en est d’ailleurs de même pour le Conseil de sécurité de l’ONU qui a besoin lui aussi d’une réforme urgente. Sous la pression attendue des Etats-Unis qui ne semblent pas prêts à mettre un frein à leur partialité à l’égard de l’Etat hébreu, le texte soumis au vote à la demande de la Turquie n’a pas été trop accablant pour Israël.
Finalement, il y aura certainement une enquête sur ce massacre comme l’a réclamé l’ONU.
On ne peut d’ailleurs rien refuser au «Grand machin», question de sauver au moins les apparences. Mais gageons d’avance que cette enquête souffrira d’un déficit de crédibilité, les Américains ayant plus d’une corde à leur arc et le bras long pour faire revenir les récalcitrants anti-israéliens à de meilleures intentions. Le sempiternel veto reste bien évidemment aux aguets en cas de nécessité. Jusqu’à quand va durer cette mascarade? Dieu seul le sait!
Une chose est sûre, il n’y aura pas de changement dans ce registre avant longtemps. Tant que les dés sont pipés d’avance et que les vers gangrènent le fruit de l’organisation onusienne, la gabegie et l’injustice ont encore de beaux jours à vivre.
Le Tribunal pénal international restera certainement sur sa faim, car, cette fois-ci aussi, les responsables israéliens qui ont donné l’ordre de tirer sur les militants pro-palestiniens, réussiront certainement à passer sans encombre entre les mailles de son filet. Il faudrait bien se rendre à l’évidence qu’un mort palestinien, turc, irlandais, grec ou espagnol n’a pas la même valeur, aux yeux des maîtres du monde, qu’un mort israélien. De même que les clients du TPI doivent forcément être recrutés uniquement parmi les dirigeants des pays pauvres et sous-développés.
Il n’empêche que la cocotte internationale chauffe dangereusement et menace de vider brutalement toute sa rancœur, ses frustrations et ses désillusions. Trop c’est trop, et l’injustice, on le sait, alimente les sentiments de haine, de rejet et de mépris.. Toutes les dérives deviennent alors possibles puisqu’elles puiseront de fait une certaine légitimité des tares et avatars et des vices cachés du nouvel Ordre mondial. Celui-là même qui cultive la politique des deux poids, deux mesures, au mépris du bon sens de la justice et de la logique.
Les choses étant ce qu’elles sont, il est question aujourd’hui pour la communauté internationale de briser les tabous et de braver l’interdit. Il est impératif et urgent de prendre les mesures qui s’imposent afin d’obliger l’Etat hébreu à répondre de ses actes et assumer ses responsabilités. En aucun cas on ne saurait banaliser ou passer sous silence le massacre de ces militants pacifistes au risque de devenir complice du meurtre prémédité de ces symboles de la liberté. La dirigeante d’un parti gouvernemental norvégien a appelé, à cet effet, hier, la communauté internationale à décréter un embargo sur le commerce des armes avec Israël.
Cette idée, au même titre que d’autres sanctions, mérite certainement qu’on s’y attarde car elle a le mérite d’adresser aux gouvernants israéliens un message clair et sans ambage de la communauté internationale quant aux limites à ne pas dépasser.
Des limites qui resteront bien évidemment tributaires du bon vouloir de Washington et sa prédisposition à prêter une oreille attentive aux doléances du monde à l’encontre de son trublion protégé israélien.
Pourvu que la raison ne soit pas encore une fois la victime expiatoire d’une fuite en avant U.S. qui fait peser une lourde menace sur la paix et la stabilité dans le monde.


Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com