Analyse : C’est la queue qui fait bouger le chien!





C’est la queue qui fait bouger le chien, dit un vieux dicton oriental. Appliqué à la relation qui lie Israël aux Etats-Unis d’Amérique, ce dicton nous amènerait à dire que l’Etat hébreu sinon décide, du moins influence dans une très grande part la politique étrangère américaine au Moyen-Orient.
Israël décide, l’Amérique applique. Et l’inverse est vrai. Israël décide et passe à l’acte, l’Amérique approuve ou se tait. On a souvent dit et répété que la situation dans cette partie du monde est d’une complexité impossible que c’est un concentré de passion, que c’est une poudrière prête à exploser. Balivernes. La situation est d’une triste simplicité. Israël est en état d’ébriété permanente de domination militaire. Et c’est le soutien sans faille des Etats-Unis qui le rend ivre... de puissance, qui lui permet d’être au-dessus de la loi, voire hors-loi. Israël a beau commettre crime sur crime, il n’encourt aucune sanction. Pas même d’être rappelé à l’ordre. Oh, quelques petites remontrances de temps à autres, mais rien de méchant. Et Israël revient à la charge.
Rappelez-vous la guerre, l’atroce guerre de Gaza. Plus de 1400 morts dont 450 enfants. Le rapport du juge Goldstone qui conclut à un crime de guerre est encore pendant, et voilà que le gouvernement israélien récidive allant toujours plus loin dans sa bravade contre le droit international et plus fort dans le crime. Assassiner des humanitaires dans les eaux internationales, qui plus est, est un acte inqualifiable si l’on se souvient de la situation qui prévaut à Gaza, cette prison à ciel ouvert maintenue en état de ruine depuis voilà deux ans. Car si Israël permet à quelques denrées de premières nécessités d’être acheminées dans ce bout de terre exigu et miséreux, ni matériels pour l’épuration de l’eau, ni matériaux de construction n’y sont par contre acceptés. C’est le blocus. Ou plutôt les blocus puisque de l’autre côté l’Egypte élève un mur de fer.
Quoi de plus normal dans ces conditions que des humanitaires prennent l’initiative de porter secours à une population soumise à la plus intolérable des punitions collectives?
Israël, lui, trouve cela anormal. Il prend ses armes sophistiquées et s’en va tuer les humanitaires.
A quelle fin veut-il donc parvenir?
Si l’objectif du gouvernement de Netanyahu était d’anéantir davantage la population de Gaza, il vient au contraire de donner à Hamas un nouveau départ en lui offrant l’occasion d’affermir sa légitimité. Sans doute le fossé vient-il de se creuser plus profondément entre Hamas et l’OLP, mais cela n’est pas forcément pour servir Israël qui, faute d’accepter de dialoguer avec de vrais modérés sera obligé d’écouter des extrémistes (sic). Dans la foulée, le raid contre la flottille de la liberté qui vient, on l’aura compris, dans le prolongement de la guerre de Gaza, laquelle guerre était destinée, on l’aura aussi compris, à effacer la défaite au Sud-Liban de l’été 2006... tout cela a aujourd’hui pour effet de renforcer l’armée du Hezbollah dans un rôle d’acteur majeur dans la région.
Que voulait donc Israël? Perdre son seul alliée historique, la Turquie? Mettre tous ceux, Etats comme populations arabes, qui croyaient encore en une paix possible dans l’intenable situation qu’est aujourd’hui la leur?
Que voulait Israël en tuant des humanitaires en pleines eaux internationales?
Rien, Israël ne voulait - ne veut - rien. Et surtout pas la paix. En fait depuis la guerre de 1967, Israël s’est placé dans une invariable logique de conflit. Ivre de la protection que lui garantit l’allié américain en toute circonstance, l’Etat hébreu inscrit tout son action dans un rapport de force que toutes les administrations américains qui se sont succédé à la Maison Blanche ont cautionné. Obama veut-il - peut-il - infléchir la politique étrangère américaine et amener Israël à se conformer au droit international? Quand on accepte que le ministre des Affaires israélienne Avigdor Liberman se permettait d’appeler au bombardement nucléaire de Gaza, on doute que les Américains aient envie de faire entendre raison à Israël.


Abdeljelil MESSAOUDI




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com