Contre-plongée : Quand j’étais à Cannes





Non, je ne débarque pas du festival du film de Cannes —la French Riviera— comme surnommée par les enfants de l’Oncle Sam. Mais ma tenue de la 63e session du festival International du Film, ainsi dénommée par ses organisateurs, me fait rappeler beaucoup de souvenirs du temps où j’y allais chaque année et à mes frais ! «Quand on aime, on ne compte pas», dit l’adage. Cela fait déjà neuf ans que je n’y suis pas retourné. Et dois-je l’avouer, Cannes me manque énormément, que je veux plus en entendre parler, tellement cela me brise le cœur. Je ne sais même plus ce qui se passe et je ne peux lire les reportages des confrères journalistes et critiques tunisiens qui s’y sont déplacés cette année. De quoi faire un court-métrage là-dessus !
La douzaine de fois où j’ai réalisé l’exploit d’aller à Cannes, j’avais besoin, en rentrant de la Côte d’Azur, non pas d’une canne, mais de béquilles, écorché vif et ruiné que j’étais, après avoir déboursé toutes mes économies. «Il est fou !». disaient tous ceux qui m’entouraient. Je n’avais pas le choix, ma décision était prise. Et chaque année, je jurais de ne plus y retourner. Mais je récidivais tout de même, car il ne me fallait point rater le plus grand festival de cinéma au monde (n’en déplaise aux «révolutionnaires» qui ne font que refaire le monde à chaque jour).
Nonobstant le fait que la sélection pourrait avoir des considérations politiques, ou extra-artistiques, il n’en demeure pas moins que Cannes reste la meilleure sélection de films nouveaux compétitifs et dignes de participer à un festival. Qu’ils soient en sélection officielle: compétition, hors-compétition et à la section parallèle: «un certain regard», à la «Quinzaine des Réalisateurs», une autre section parallèle en dehors de la sélection officielle, à la Semaine Internationale de la Critique, ou concourant pour la «Caméra d’Or», récompensant une première œuvre, les films de Cannes attirent des dizaines et des dizaines de directeurs ou de représentants de festivals internationaux de films. Si bien qu’un petit film, projeté à Cannes, pourrait bien faire l’ouverture d’un autre festival, ou remporter le premier prix. Cela fut le cas à plusieurs reprises dans plus d’un festival.
Quand j’allais à Cannes, ces prix des chambres d’hôtels (les plus petits existant pas loin de Croisette) ou chez l’habitant, étaient abordables. Aujourd’hui, il faut absolument être un milliardaire (Cannes est fait pour cela) pour y vivre comme un prince durant douze jours de rêve et en côtoyant les stars de l’écran (réalisateurs, acteurs, actrices, chanteurs et chanteuses les plus célèbres). Le Cannes-vitrine était indispensable et inévitable pour mon humble personne. Vitrine des meilleurs et des moins bons films du monde, bref de nouveaux films, que je n’aurai jamais eu l’occasion de voir sans le festival de Cannes. Une foire aux images et un marathon cinématographique. Je voyais entre quatre et cinq films par jour. Je dormais tard et me levais très tôt. Mes années cannoises étaient des plus belles. En ce temps-là, l’Afrique et le monde arabe y étaient représentés en sélection officielle (compétitive, ou hors compétition). Les Idrissa Ouedraogo (Burkina Faso), Soulaymane Cissé (Mali) qui avait reçu en 1987 le Prix spécial du jury pour «Yeelen» (La lumière), feu Djibril Diop Mambety avec «Hyène», Nouri Bouzid avec «L’homme de cendres» à la sélection «Un certain regard» en 1986 et avec «Sabots en or» en 1989, Férid Boughedir avec «Asfour Stah (Halfaouine) en 1990 et d’autres films tunisiens, africains et arabes et puis plus rien !
Sauf peut-être, cette année, le réalisateur tchadien Mahamet Salah Haroun avec «Un homme qui crie» qui concourt pour la Palme d’Or du festival. Une consécration pour ce réalisateur dont chacun des films, produit et coproduit avec la France ou la Belgique, comme ici, est un petit chef-d’œuvre très humain.
Le rideau est tombé sur le festival de Cannes et ce qui fait encore plus mal, c’est que la Tunisie n’a proposé cette année qu’un seul film pour une éventuelle sélection. «Charaâ annakhil al jarih» (L’avenue des palmiers blessés) d’Abdellatif Ben Ammar, annonçait-il d’avance que la blessure du cinéma tunisien est profonde, du côté de la production de films. Cette absence résulte d’un passage à vide vécu par notre cinématographie ces dernières années. La créativité y manque, la recherche aussi.


N.A.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com