Le Tunisien et la bicyclette : La petite reine délaissée à tort !





Avec 0,9 vélo pour 100 habitants, la Tunisie arrive en queue de peloton à l’échelle mondiale en matière d’utilisation de la bicyclette. Pourquoi ?
Il y a quelques décennies, la bicyclette était une véritable reine sur nos routes. Dans ce domaine, la Tunisie rivalisait même avec les Pays-Bas, la Suisse et la Belgique. Au début des années 70, la ville de Sfax occupait le deuxième rang mondial en matière d’utilisation des bicyclettes par tête d’habitant, devancée par la seule ville d’Amsterdam. Aujourd’hui, la petite reine semble avoir beaucoup perdu de sa superbe. Elle ne fait plus rêver et perd de plus en plus du terrain face à l’offensive de la moto et, pour les plus aisés, de la voiture. La Tunisie se situe, en effet, en queue de peloton, avec 0,9 bicyclettes pour 100 habitants, selon les estimations de plusieurs associations écologiques. Actuellement, Sfax ne figure même pas dans le top 100 des villes où le vélo est le mode de locomotion prédominant. Amsterdam reste en revanche en tête du classement (le vélo y représente 55% des déplacements) suivie par Copenhague et Pékin.
La voiture, signe de réussite…
Les commerçants spécialisés confirment la baisse drastique de l’usage des deux roues en Tunisie. Bien que les prix des bicyclettes varient aujourd’hui entre une centaine de dinars et 300 dinars, les stocks d’invendus s’entassent dans les petits commerces, les souks et les grandes surfaces. «En dehors, des petites bicyclettes que les parents offrent à leurs enfants à l’occasion de leur réussite aux examens scolaire, la demande se raréfie de plus en plus. A peine quelques milliers d’unités se vendraient chaque année», indique Taher Bakri, gérant d’un petit commerce spécialisé à Tunis, qui avoue tirer son épingle du jeu grâce aux vélomoteurs, scooters et autres grosses motos.
Selon lui, le recul de la demande des vélos s’explique essentiellement par le culte de plus en plus perceptible des apparences et de l’exhibition des signes extérieurs de la richesse. «Alors que même les membres du gouvernement ne voient aucun inconvénient à se déplacer à bicyclette des pays européens, un petit fonctionnaire tunisien a beaucoup du mal à le faire. Le Tunisien craint d’être mal vu et déconsidéré s’il adopte ce mode de transport, d’autant plus que la voiture est perçue comme un signe de réussite et d’ascension sociale», précise M. Bakri.
Manque d’infrastructures
Outre les facteurs d’ordre social et culturel, les causes du recul de l’utilisation du vélo sont également à chercher dans le manque d’infrastructures adéquates pour ce mode de locomotion. Les pistes cyclables sont très rares, voire carrément inexistantes dans nos villes. Et même au cas où les pistes cyclables existent, elles sont mal placées et squattées par les automobilistes. A cela s’ajoute le manque cruel de communication sur les bienfaits des deux roues et le peu d’intérêt que montre le Tunisien pour l’écologie. Un sondage réalisé récemment par le Parti des Verts pour le Progrès (PVP) sur le Tunisien et l’environnement est, à cet égard, très révélateur. On y apprend notamment que 22% seulement de nos concitoyens se déclarent prêts à recourir à la bicyclette ou au co-voiturage afin de préserver l’environnement. Plus de 62% des Tunisiens sont peu ou pas du tout concernés personnellement par l’environnement. Seulement 21,7% sont très concernés ou concernés par la cause environnementale.
Les bienfaits de la reine
Pourtant, les bienfaits des deux roues ne sont plus à démontrer. Promouvoir le vélo comme une solution de rechange propre et efficace à la voiture est un moyen pratique pour réduire la congestion du trafic et la pollution de l’air dans les villes. En transposant l’énergie métabolique requise pour pédaler à son équivalant en essence, un vélo roulant à 17 km/h consommerait 0,18 litre aux 100 kilomètres. De ce fait, chaque voyage de 10 kilomètres effectué en vélo plutôt qu’en auto évite la production de 135 grammes de monoxyde de carbone, de 17 grammes d’hydrocarbures et de douze grammes d’oxyde d’azote, tous des gaz toxiques même en petite quantité.
Sur le plan économique, la bicyclette présente plusieurs avantages. Outre le fait qu’il est moins cher et que ses frais d’entretien sont peu onéreux, le vélo permet d’économiser les carburants qui constituent environ 10,7% des dépenses des ménages tunisiens. Les études prouvent également que l’usage intensif de ce mode de transport permet de réduire considérablement les accidents de la route et les frais de soins qui en découlent.
De plus, douze vélos s’accommodent d’une place de stationnement régulière équivalente à celle d’une voiture; et ce potentiel peut être doublé par l’usage des nouveaux équipements de stationnements superposés. Le gain en espace, en argent et en vies humaines que l’utilisation accrue de la bicyclette permettrait, représente, donc, un véritable filon pas exploité et peu valorisé.


Walid KHEFIFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com