L’Ambassadeur, Chef de Délégation de la Commission Européenne en Tunisie au Quotidien: L’avenir de L’U.P.M. passe par le Proche-Orient





S.E. Adrianus Koetsenruijter dresse son propre bilan de l’U.M.A. et analyse le processus de partenariat entre l’Union européenne et le Maghreb. Interview.
Si on vous demande de faire un bilan d’une vingtaine d’années d’existence de l’U.M.A, que répondez-vous?
Outre que Le Maghreb dispose de grandes potentialités, les pays de cette région stratégique ont une origine ethnique commune, avec les Berbères, qui sont les premiers habitants de l’Afrique du Nord. Ils ont une longue histoire commune, les mêmes valeurs, la même langue et des traditions semblables, ayant connu de surcroît les mêmes influences politiques, spirituelles, culturelles, civilisationnelles et artistiques...
La Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie ont pris la décision historique de créer l’Union du Maghreb Arabe en Février 1989. C’est un formidable retour aux sources. Il y a lieu de faire un bilan des réalisations de l’Union du Maghreb Arabe. Je suis personnellement impressionné par le nombre d’études, qui ont été faites par l’U.M.A sur bon nombre de thèmes importants. J’en citerai quelques uns, sur l’intégration économique maghrébine, le marché commun, le transport, l’infrastructure et bien d’autres sujets encore, avec des recommandations pratiques, concrètes et parfaitement réalisables.
Cette volonté des cinq pays maghrébins n’a pas suffi, pour les conduire dans une voie commune. Or, aucun des pays nord-africains ne peut se passer du Maghreb. Autre constat, les résultats obtenus après 21 ans d’existence ne sont pas satisfaisants, les intérêts strictement nationaux l’emportant le plus souvent sur l’intérêt du Maghreb en tant qu’entité globale et multinationale. Les pays responsables maghrébins savent bien ce qu’il faut faire, le problème étant de savoir comment faire, pour réaliser de façon pratique et concrète les projets communs maghrébins. C’est là que le mât blesse. Il y a plusieurs raisons dans ce blocage de l’U.M.A. C’est au niveau politique que les décisions doivent être prises, c’est évident.
Avec une vingtaine d’années d’existence, c’est toute une génération. Le bilan au plan des réalisations pratiques est très insuffisant, étant évident que les 5 pays maghrébins ont connu des développements politiques, socioéconomiques, technologiques…différents. Les difficultés sont apparemment inhérentes à un développement tantôt rapide, tantôt extrêmement lent selon les pays, aux différents niveaux socioéconomique, agricole, scientifique, technologique, urbain, culturel et éducationnel, des services et autres…, très inégal d’un pays à l’autre, et à la fracture sociale entre les habitants du monde rural d’un même pays maghrébin et ceux des campagnes, éloignées souvent désertiques et/ou déshéritées. A cela, s’ajoutent des difficultés, problèmes et divisions qui existent entre les Etats du Maghreb.
Quels sont les points faibles constatés dans l’intégration économique du Maghreb ?
Un certain nombre d’observations peuvent être faites, parmi lesquelles la faible coordination entre les économies des cinq pays maghrébins, un marché régional plutôt fragmenté et une fermeture des frontières, qui ne favorise pas les échanges commerciaux et la libre circulation des Maghrébins.
Première contradiction, sur un total de 137,1 Milliards de dollars d’échanges commerciaux des pays du Maghreb avec l’extérieur en 2008, seuls 2 % de ce montant sont échangés entre les 5 pays nord-africains.
Autre paradoxe, en dépit du grand nombre d’accords sectoriels signés dans le cadre de l’U.M.A dont l’Accord d’Agadir, au nombre de 37, les réalisations sont en deçà des objectifs fixés et des attentes des Maghrébins.
Autre constat regrettable, les coûts du non-Maghreb sont évalués à 2 % du P.I.B pour chacun des pays nord-africains. Ce qui est très important sur le plan économique. Avec un grand marché et en travaillant dans le cadre dans l’unité, on est plus productif et plus compétitif, en produisant plus et mieux. On accède ainsi plus facilement à l’international. Le non-Maghreb est en fait problématique et tragique pour tous les pays maghrébins. On peut dire qu’il y a beaucoup à faire aussi au niveau institutionnel, principalement à l’Est et à l’Ouest du Maghreb.
L’immobilisme de l’U.M.A a-t-il d’autres raisons ?
Le processus d’intégration économique du Maghreb est manifestement bloqué par le différend entre deux grands pays maghrébins, à savoir du Maroc et de l’Algérie, relatif au Sahara Occidental. Comment surmonter ce problème ? Il est évident qu’il ne nous appartient pas à nous Européens d’apporter une réponse. Il revient aux habitants Sahraouis, aux Marocains et aux Algériens… principalement, de parvenir à solutionner ce problème, les autres pays maghrébins pouvant contribuer dans la recherche d’une solution. Dans tous les cas, le cadre des Nations Unies doit servir de cadre pour surmonter ce différend entre le Maroc et l’Algérie. Les deux parties doivent dépasser ce conflit, pour pouvoir avancer dans l’intégration économique et ce, dans l’intérêt de chacun des pays du Maghreb et la région.
Vous avez noté les points positifs de l’U.M.A au début de cet entretien. Etes-vous optimiste quant à l’avenir du Maghreb ?
Certainement. Je pense qu’il faudrait adopter une approche. D’aucuns pensent en effet que l’intégration maghrébine doit passer par la réalisation de projets et d’actions opérationnels concrets dans les divers domaines et secteurs publics et privés socioéconomique, agricole, culturel, artistique, sportif, écologique, des transports, des services, associatif, professionnel, des professions libérales et autres...Nul doute qu’il y a un grand intérêt pour les opérateurs économiques des 5 pays maghrébins à coopérer étroitement. Les hommes d’affaires sont d’ailleurs parmi les premiers à avoir constaté le coût et le manque à gagner du non-Maghreb. Outre les opérations de sensibilisation dans chacun des pays de la région, dans le sens d’une impérative intégration économique du Maghreb, et de ses impacts bénéfiques pour chacun des pays, d’autres actions peuvent s’inscrire positivement dans ce sens, par les différents acteurs économiques, industriels, agricoles, culturels, écologiques, artistiques et autres...A titre de simple exemple, l’organisation à Tunis du 2e Forum des Hommes d’Affaires Maghrébins est une excellente initiative de sensibilisation de l’impératif de réalisation du Maghreb au plan économique.
Il est non moins évident que le travail des institutions publiques, des organismes privées et des associations nationales politiques, économiques, syndicales, professionnelles, patronales, privées, sportives, culturelles, artistiques, des professionnels, des experts dans les divers secteurs et domaines et les autres acteurs de la société civile et autres, y compris naturellement les populations elles-mêmes concernées, n’en est pas moins négligeable, pour la réalisation de l’intégration économique du Maghreb…
Peut être vaudrait-il ne pas se presser dans un calendrier hâtif et prendre le temps qu’il faut, pour prendre les décisions politiques, qui s’imposeront par elles mêmes, avec le temps. Il y a certes une volonté politique des dirigeants de chacun des pays maghrébins pour réaliser le Maghreb. La politique a joué un grand rôle pour créer et lancer l’U.M.A, mais c’est aussi la politique qui bloque la réalisation concrète, le fonctionnement et la bonne marche du Maghreb. La politique doit reprendre le dessus. Les initiatives des hommes d’affaires maghrébins et des autres acteurs maghrébins aussi positives et aussi constructives soient-elles, ne suffisent pas et ne peuvent pas se substituer aux décisions politiques. C’est en effet au niveau politique, que les décisions doivent être prises.
Pourquoi les processus de Partenariat U.E/Maghreb, d’une part, et la création de la Zone de Libre Echange Euro-méditerranéenne d’autre part, sont-ils tous deux dans l’impasse et à moitié gelés?
Sans doute, aussi, que la crise économique et financière mondiale globale que nous traversons, n’a sûrement pas favorisé à la création de la Zone de prospérité à laquelle aspirent les pays du Sud et du Nord Méditerranéen, étant évident aussi que le problème israélo-palestinien a néanmoins largement contribué à ce blocage.
L’état stationnaire du Maghreb avec l’U.M.A, qui dans une situation de blocage, affecte de la même façon les relations Europe/Maghreb, l’U.E œuvrant pour l’intégration économique du Maghreb, afin de faciliter la coopération et le partenariat entre les deux ensembles et de permettre la définition commune des objectifs et des enjeux stratégiques économiques, agricoles, culturels, technologiques, écologiques, des services et autres, face à la mondialisation et à la montée des puissances telles que les U.S.A, de la Chine, de la Russie, de l’Inde, du Brésil, du Japon…
Les grands projets structurants doivent par ailleurs démarrer, pour pouvoir faire avancer l’U.M.A. Il faudrait réactiver par ailleurs les structures de dialogue et de coopération euro-méditerranéenne, ce qui se fait d’ailleurs à travers le Groupe des 5 + 5, le projet de l’U.M.P, étant un jalon de plus vers la réalisation des objectifs de la Convention de Barcelone, tendant à créer une Zone de prospérité et de paix. Le règlement du conflit israélo-palestinien est sans aucun doute une condition « sine qua non » du succès de la Zone de Libre Echange EURO-MAGHRÉBINE et de l’Union pour la Méditerranée.


Interview conduite par
Khaled Mongi TEBOURBI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com