Festival de La Médina/Sonia M’barek : La chanterelle enchantée





Il y aurait beaucoup à écrire sur cette voix majeure de la chanson arabe. Sur les rapports qu’elle entretient avec la grâce, avec la clarté et sur cette profondeur suggérée, sur cette puissance évocatrice fondée sur l’épure. Sonia M’barek, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, sait se réapproprier les «wasla» tunisiennes et arabes de chants soufis. Mais surtout en leur insufflant de sa propre lumière intérieure. Un peu de la texture intime de sa voix si intime. Voyez plutôt ? Pour le concert d’avant-hier, au Théâtre Municipal, Sonia M’barek a bien gardé la même qualité de la musique et le même modulé de la voix. Mais festival de La Médina oblige, Sonia s’y est préparée, en nous distillant un bon dosage de «wasla» encensé d’authenticité. Pour le choix de ses prestations, Sonia n’a pas l’imaginaire en berne de popstars préfabriqués, qui tout comme les cigales, chantent quoi qu’il arrive, dès qu’il fait beau ! La chanteuse prend son temps — et son souffle — pour enchanter. Elle fait appel à son collègue et ami, le compositeur Fethi Zghonda qui l’épaule pour le côté technique du concert. Une «camérata» arabe Et concernant le spectacle, faut-il y décerner un satisfecit ? Etant bien loin de distribuer blâmes et satisfécits, disons simplement qu’il font être fin connaisseur de la musique arabe pour appréhender les divers modes (Maqam) sur lesquels s’est basée la musique composée par la chanteuse elle-même et celle du terroir. Celle-ci suggère des qualités vocales et non des moindres. Sonia M’barek s’est entourée de huit instrumentistes rappelant, un tant soit peu, une heureuse «Camérata» (ensemble orchestral d’instrumentistes chevronnés et en nombre réduit)... arabe faisant succéder les chants et égrener les notes sans temps mort, ni longueur. L’interprétation de Sonia qui parfois s’est accompagnée d’un seul instrument était... simplement en harmonie avec le léger vague à l’âme qui s’empare de nos pensées. La nostalgie baignant les chants soufi «Amint Billah» (J’ai cru en Dieu) de Laure Daccache, «Ya Gamret Ellil» (O, lune des nuits) et bien d’autres faisant miroiter les révélations qu’on voue au Prophète et au Créateur seraient déjà un début de liberté, de détachement des contingences du quotidien. Les airs de musique qui s’éploient en vertiges, sont portés tout au long d’authentiques chants soufi. Sonia M’barek aurait réussi son concert ramadanesques qui est par ailleurs une quête de l’image première, de la source, en même temps qu’une féconde convasion de la mémoire. La nôtre. Mona BEN GAMRA JALEL


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com