L’Université à la croisée des chemins





L’université tunisienne est en pleine mutation. Aujourd’hui, le tiers des étudiants sont en licence appliquée mais ils seront 2/3 en 2014 et c’est le marché de l’emploi qui fera alors le tri définitif.
Demain, nous serons en 2014 et voilà ce que nous voulons voir dans le domaine de l’enseignement supérieur. Le renforcement de l’autonomie des universités, plus d’efficacité et de souplesse, leur ouverture sur leur environnement, le développement de partenariats avec les universités étrangères, la numérisation intégrale des bibliothèques universitaires…
Une liste étonnamment longue qui signe notre ambition de placer l’Université dans les premiers rangs de notre édification de la société de l’intelligence et du savoir. Mais, en attendant, les questions se multiplient : la Tunisie, qui a déjà relevé le défi de la démocratisation de l’enseignement universitaire, est-elle rompue à une approche radicalement plus qualitative ? Notre Université produit-elle, en nombre suffisant, ces Doctorats qui font la réputation de ses homologues dans le monde entier ? Et, surtout, au regard de nos objectifs de développement, produirons-nous (au taux des deux tiers) ces Licences appliquées qu’attendent nos entreprises ?
Voilà ce que nous voulons
Certains diraient que l’enseignement supérieur tunisien a les yeux plus gros que le ventre ! Nous dirions qu’il a de l’ambition et c’est de cette manière que l’on avance. La preuve ? Ses objectifs pour 2014 sont grandioses. Voici : parachever le «Système LMD» par la mise en place du cycle du doctorat, promouvoir l’adoption de la certification des diplômes, nous rapprocher de la proportion de 2/3 des étudiants orientés vers les licences appliquées, œuvrer au doublement du nombre des licences appliquées, créer une nouvelle génération de formateurs spécialisés dans les nouvelles licences appliquées et les différents cycles de l’enseignement universitaire, élargir les études en mastère professionnel et les diversifier en partenariat avec l’environnement économique, adopter des contenus de formation répondant aux besoins du marché de l’emploi et aux normes de qualité dans les différents diplômes à caractère pratique et professionnel, accorder aux filières des sciences humaines la place qu’elles méritent, afin de promouvoir le patrimoine intellectuel de notre pays et satisfaire à nos besoins dans les différents domaines qu’elles concernent, augmenter la part de la co-diplomation entre les institutions tunisiennes et leurs homologues dans les pays avancés…
Des chiffres percutants sont avancés dans ce sens avec la réalisation, en 2014, d’un taux de 18 pour mille de diplômés dans les disciplines scientifiques et d’ingéniorat, pour la tranche d’âge 20 - 29 ans, contre 11,7 pour mille en 2008, porter le nombre d’ingénieurs, diplômés de l’enseignement supérieur, à 9 mille pour l’année universitaire 2014 – 2015, accroître le pourcentage d’ingénieurs diplômés, titulaires de la certification, pour atteindre 50%, à l’horizon de 2014, en vue de faciliter leur insertion professionnelle…
Voici ce que nous avons
En 1987, le budget de l’enseignement supérieur en Tunisie (aussi bien pour le fonctionnement que l’investissement) n’atteignait même pas les 90 millions de dinars.
Plus de deux décennies plus tard, il a dépassé en 2010 les 1111 millions de dinars ; c’est-à-dire une multiplication par plus de 12 fois pour représenter plus de 6% de la totalité du Budget de l’Etat (18 235 millions de dinars hors du service de la dette) !
Quand on observe l’effectif des étudiants (réguliers et bénéficiant d’inscription exceptionnelle pour les examens), on constate qu’il caracole sur les 357472 étudiants avec une majorité de jeunes filles (60% en 2009-2010).
Quant aux nouvelles inscriptions en 1ère année de l’enseignement supérieur, elles s’étendent à 75 463  nouveaux bacheliers (y compris les étudiants tunisiens ayant des baccalauréats équivalents et les étrangers) qui sont nouvellement inscrits au réseau public de l’enseignement supérieur.
Reste la répartition par Université et c’est la zone de Tunis qui bat tous les records. Nous y trouvons ainsi les Universités Ezzitouna, Tunis El Manar, 7 Novembre à Carthage, Mannouba qui ont, à elles seules, 28 372 étudiants. Le reste se partage entre les régions (Jendouba, Kairouan, Sousse, Monastir, Sfax, Gafsa, Gabès) et les ISET.
L’Université est-elle en porte-à-faux ?
L’un de nos plus grands défis, nous rapprocher, à l’horizon 2014, de la proportion de 2/3 des étudiants orientés vers les licences appliquées alors que nous en sommes aujourd’hui au rapport inverse : nous avons, en 2009-2010, seulement 134 299 étudiants en Licence appliquée sur un total de 357 472 étudiants.
Mais ce n’est pas notre seul problème. Il y a quelque chose d’encore plus délicat à réussir, du côté de la frange haute, c’est-à-dire les Mastères et, surtout, les Doctorats. Et là, quand on consulte la répartition des effectifs des étudiants par cycle pour la saison 2009-2010, on constate que nous avons, certes, 13 266 étudiants en Agrégation et Mastère professionnel mais nous ne disposons que d’une petite poignée d’étudiants en Mastère et Doctorat, soit 9180. Près de la 39e fraction du total !
Pour tout ce joli monde, le taux moyen global de réussite dans les années terminales des différents cycles d’études est de 89.1%. Excellent, diriez-vous ? Mais il y a un bémol car ce pourcentage est établi sans tenir compte du 3e cycle !
Un autre point attire spécialement l’attention quand on se penche sur l’Université tunisienne, et cela, du côté de la répartition des diplômés selon les filières pour l’année 2009. Et là, la palme revient à la filière Commerce et administration avec 13 417 étudiants, suivie des Sciences informatiques (11 399) puis… devinez qui ! Eh bien, ce sont les Lettres avec 8376 étudiants, avant l’ingénierie et les techniques apparentes, le droit, les sciences physiques…


Manoubi AKROUT




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com