Nos plages : Bizerte, la belle au bois dormant





Bizerte aime cultiver la nostalgie mais l’avenir arrive à grands pas sur ses plages dorées qui inspirent simplicité et bien-être.
Bizerte, c’est la belle au bois dormant. Chaque été ses enfants de l’étranger (Ouled Al Kharej) reviennent la réveiller et la maintiennent éveillée toute la saison estivale durant, dans un concert déconcertant de bruits de toutes sortes. Les Bizertins de l’étranger constituent une véritable diaspora dont les plaques d’immatriculation de leurs voitures indiquent la grande diversité de leurs pays d’accueil. La France d’abord, la côte sud-est surtout, mais l’Italie aussi, l’Allemagne, la Hollande, la Belgique... Ajoutez-y quelques automobilistes algériens et libyens et imaginez les effets d’un tel mélange sur la circulation dans les rues certes rectilignes mais étroites et à la chaussée souvent vieille et usée. Un véritable tohu-bohu où se mêlent klaxons de voitures, chants de vendeurs à la criée, musique de mariage. Mais Bizerte n’aime pas être bousculée. Belle sans doute, elle est aussi une vieille dame qui n’aime pas trop le désordre. Alors elle met tout le monde sur le même lieu : la plage pendant le jour, la Corniche le soir venu. Personne n’a à se plaindre cependant, car aussi bien la Corniche que la plage sont belles, d’une beauté unique.
Une invitation au voyage
Il n’y a pas des plages à Bizerte. Mais une plage. Alors que sur la côte de la banlieue nord de Tunis, à Hammamet ou à Sousse, la qualité du lieu de baignade monte ou descend selon une échelle sociale bien comprise, la plage à Bizerte refuse manifestement ce jeu des différences et s’offre à tous, pauvres comme riches, locaux comme visiteurs, la même, sans distinction aucune. C’est une plage, il est vrai, modeste sans grands équipements ni confort visible, mais elle est propre, soignée, ce qui laisse voir l’effort incontestable déployé par les services municipaux pour la garder au bon niveau. La valeur de la plage bizertine, c’est la qualité des eaux de sa mer et de ses sables qui la lui donnent. Une mer limpide où l’on peut contempler son âme. La mer de Bizerte, plus que toute autre, donne à rêver, invite au voyage. L’histoire de la ville d’abord, et sa proximité avec l’autre rive méditerranéenne ensuite, sont sans doute pour quelque chose dans «ce bain culturel» que prend la jetée dans les eaux de ce beau promontoire.
Calme, beauté et simplicité
Mais la plus belle qualité de la plage de Bizerte est sa capacité de mélanger les estivants. C’est un véritable micro-monde que celui qui se réunit chaque jour sur le bord de mer. La femme la plus émancipée y côtoie la plus conservatrice et le bikini n’exclut pas l’habit cache-tout revu et corrigé par les concepteurs d’inspiration wahabite.
Bizerte aime recevoir et mettre ses hôtes à l’aise. Et on est vraiment à l’aise dans cette ambiance de la Tunisie d’autrefois où la spontanéité mesurée des locaux se traduit par une réelle simplicité à toutes épreuves, dans le geste et le propos. Une simplicité d’autant plus belle qu’elle est devenue si rare dans nos villes côtières.
Le pays de la nostalgie
Longtemps laissée pour compte, voire isolée, Bizerte semble aujourd’hui pressée de rattraper le temps perdu. Les chantiers partout et les nouvelles enseignes de commerce se bousculent sur la corniche. Bizerte se tourne enfin à la mer, son vrai destin. Et comme pour l’y aider un imposant projet de Marina est venu se concevoir en aval de la corniche sur la plage de Sidi Salem. Des murs en bois cachent pour le moment la magique conception des regards des Bizertins qui redoublent d’imagination. Pour beaucoup d’entre eux il y aura désormais une Bizerte d’avant la Marina et une Bizerte d’après. Mais il faudra sans doute du temps, beaucoup de temps avant que la Bizerte d’avant ne cède sa place. Car à Bizerte, plus que nulle part ailleurs, on aime cultiver la nostalgie. Parlez à n’importe quel bizertin il vous dira sa Bizerte perdue, ses salles de cinéma transformées en gargotes, ses casinos disparus, le fleurissement de ses balcons oublié, ses jardins de ville enterrés sous le béton armé... Nostalgie de l’époque coloniale ? «Pas du tout, nous explique ce commerçant, la soixantaine bien portée : la colonisation est la pire invention humaine et nous Bizertins, nous n’étions pas moins patriotes que les autres Tunisiens. Nous voulions peut-être même prouver au colonisateur à quel point nous étions attachés à notre ville et combien nous tenions à la garder propre et belle».
La Bizerte d’autrefois, on la retrouve encore le soir, autour du vieux port. Une suite de cafés et petits restaurants qui s’efforcent, dans une ambiance bon enfant, de retenir le temps par de vieilles recettes culinaires et des chansons du terroir. Non loin du vieux port, la corniche est noire de monde. Les calèches de mariage, surgies d’on ne sait quelle époque, perpétuent cette nostalgie bien bizertine. Mais la toilette des jeunes filles et les musiques diffusées depuis les hauts-parleurs des voitures et des portables des jeunes garçons à la mode démentent cette nostalgie. Bizerte est déjà dans son futur.


Abdeljelil Messaoudi




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com