Carthage 2010 : «Dérouiche Dérouiche» : Plus innovant que les Dérouiche ?





La rencontre imaginaire entre le grand musicien novateur Sayyed Dérouiche et le poète palestinien Mahmoud Dérouiche a eu lieu avant-hier sur la scène du théâtre romain de Carthage.
On s’attendait à un spectacle grandiose et on s’était retrouvé devant un produit limité dans sa conception scénique, où le côté musical et le chant l’emportaient sur un désir de créer une comédie musicale digne de ce nom. «Dérouiche Dérouiche» s’est laissé emporter par la beauté et la force de la musique de Sayyed Dérouiche sans plus, si bien que la poésie de Mahmoud Dérouiche ne paraissait que sous la forme d’un surplus, qu’il fallait expédier au plus vite avec une voix rauque et qui traduisait le désarroi et le désespoir du poète.
Jamel Madani, le metteur en scène, dans le «rôle» de Mahmoud Dérouiche, se démenait sur la scène pour que l’âme du grand poète palestinien puisse survoler la colline de Byrsa et venir dire, encore une fois, bonjours à la Tunisie.
Tel un ange, tout de blanc vêtu, Madani disait et déclamait, tant bien que mal et avec un air nonchalant des pièces-cultes de l’œuvre du poète-fétiche des Tunisiens, des Palestiniens et du peuple arabe en général. Mais le décalage persistait entre l’orchestre polyphonique, placé des deux côtés de la scène et dirigé par le maestro et compositeur Ridha Chmek et les déplacements de Mahmoud Dérouiche, pardon, de Jamel Madani. Le challenge était de taille. Il devait être gagné.
Mais ce qui était à craindre, pour ce genre de spectacles-pièges à éviter, était consommé. Car, à vouloir innover, les concepteurs de ce spectacle musical et narratif ont failli se perdre en cours de route ! On ne savait plus parfois qui devait chuter, danser et jouer ? Dorsaf Hamdani, à la voix sûre, le faisait sur scène et en rajoutait. Etait-ce alors un spectacle chantant et dansant tout simplement ? Le musicien Ridha Chmek y avait proposé des poèmes de Mahmoud Dérouiche qu’il avait mis en musique et présenté auparavant, au oud. Quant aux œuvres de Sayyed Dérouiche, elles étaient toutes prêtes à prendre et à exécuter. Car Cheikh Sayyed Dérouiche a créé une musique qui est restée vivante depuis un siècle et qui n’a pris aucune ride, car créée pour perdurer dans une vision avant-gardiste, futuriste et visionnaire. L’exécution orchestrale était certes impeccable et irréprochable.
Les chansons interprétées par Dorsaf Hamdani étaient bien servies. Ces standards de gros calibre de la chanson arabe, faisaient ce soir-là la joie et suscitaient l’admiration du public présent et assez nombreux, près de cinq mille spectateurs mélomanes, qui avaient suivi le spectacle d’une heure et demie, jusqu’à sa fin, à l’exception de quelques spectateurs qui avaient quitté plus tôt le théâtre.
Que retenir de ce spectacle ? Sinon qu’il est annonciateur d’un bon projet artistique à fignoler encore plus pour rendre hommage encore une fois, à deux sommités de la musique et de la poésie arabe contemporaine du début et de la fin du vingtième siècle. Faudrait-il évoquer le petit ballet féminin qui bougeait derrière un rideau transparent et qui avançait sur scène, par intermittence. Etaient-ce des anges ou des êtres humains destinés à combler le vide inquiétant de la scène.


Lotfi BEN KHELIFA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com