Gianni De Michelis ancien ministre italien des affaires étrangères : Promouvoir l’intégration euro-méditerranéenne





Les relations entre la Tunisie et l’U.E. et le projet de l’Union pour la Méditerranée sont les principaux thèmes évoqués dans cet entretien par M. Gianni De Michelis, ancien ministre italien des Affaires étrangères.
Le Quotidien: Si on vous demande de faire un bref bilan des relations entre la Tunisie et l’Union Européenne que direz-vous ?
Gianni De MICHELIS : Le bilan de la coopération économique entre la Tunisie et l’Union Européenne est foncièrement positif, mais pas trop satisfaisant dans le cadre du processus de Barcelone et du lancement de l’Union méditerranéenne. La coopération entre la Tunisie et l’Union Européenne peut être cependant considérée, comme une des expériences les plus réussies. Nous pouvons obtenir de meilleurs résultats, c’est évident.
- La coopération UE/Maghreb est loin d’avoir enregistré des résultats probants et les résultats du partenariat euro-maghrébin concrètement parlant ne sont pas à la hauteur des espoirs qu’avait suscité sla Convention de Barcelone, voire aussi avec les objectifs fixés par l’Union pour la Méditerranée. Quel est votre avis à ce sujet ? Devrions-nous nous satisfaire de l’établissement d’une coopération privilégiée Tunisie/C.E.E ?
- Pour ce qui est de la situation et de l’avenir de la collaboration entre la Tunisie et l’U.E dans le cadre de la coopération euro-méditerranéenne plus large de l’actuelle Union pour la Méditerranée, il serait utile de parvenir à un fonctionnement plus efficace de l’entité appelée sous-groupe des (Cinq + Cinq), en essayant de surmonter les difficultés, concernant principalement les relations Sud-Sud et en particulier celles entre l’Algérie, le Maroc et la Libye. Une chose est sure, ce n’est pas aux pays européens, nord méditerranéens ou autres d’ailleurs, de s’immiscer dans les questions intermaghrébines et encore moins de vouloir solutionner les problèmes ou questions qu’ils connaissent. C’est le rôle des pays du Maghreb eux-mêmes et non le notre. Quoi qu’il en soit, le développement souhaitable de la région consisterait à renforcer la coopération au sein de la Méditerranée occidentale, tout en assurant de façon simultanée l’intégration euro-méditerranéenne.
Je note aussi que la Tunisie, compte tenu des bons résultats obtenus dans le cadre de la coopération avec l’Europe, est intéressée par une nouvelle version d’un traité bilatéral avec l’U.E. Ce qui est sans aucun doute une bonne chose par ailleurs.
- Le Groupe 5 + 5 a-t-il un rôle particulier à jouer dans le renforcement de la coopération et de partenariat entre l’Europe et les pays de la rive sud de la Méditerranée ?
- Ne croyez pas que la coopération sous-régionale, telle des (Cinq + Cinq) peut être un raccourci du développement insuffisant de l’ensemble Euro méditerranéen. Ce qui est plutôt souhaitable, est que ce type de coopération, puisse servir à accélérer l’intégration euro-méditerranéenne en général. Il est tout aussi évident que la coopération Sud/Sud comme celle des pays du Maghreb est indispensable pour leur développement. Je pense aussi que l’unique solution positive - à la fois pour les pays non européens de la Méditerranée et à ceux de l’UE – est d’aller vers l’intégration euro méditerranéenne, compte tenu de l’évolution de l’économie internationale, de la mondialisation et afin de surmonter la crise financière qui a pratiquement touché tous les pays et tous les continents. La première étape dans cette direction, consiste à mettre l’accent sur la mise en œuvre de l’A.L.E, qui était l’objectif fixé à Barcelone en 1995 à 2010, qui a été retardé, mais qui doit être mis en pratique dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée «objectif pour 2020».
- Dans qu’elle mesure pouvons-nous considérer que les projets d’infrastructure d’une part et des projets économiques euro-méditerranéens, peuvent-ils favoriser une intégration économique des pays de cette région ?
- Il est évident que l’intégration institutionnelle euro-méditerranéenne doit être précédée par la réalisation des projets d’infrastructure dans les transports, la circulation des sources d’énergie, la mise en œuvre des infrastructures, de communication, qui est une condition préalable pour un approfondissement de la coopération et du partenariat euro méditerranéen. Il doit s’agir de créer des conditions propices, afin que nous puissions atteindre des partenariats dans les différents domaines socio économiques, agricoles, industriels et dans le secteur des services. Dans cette perspective, on peut constater les premiers signes positifs, comme la réalisation récente de ce fonds INFRAMED - qui dispose d’un budget constitué d’environ un milliard d’euros avec la participation des grandes institutions financières, comme la Caisse des dépôts italienne de prêts, la Caisse de Dépôt française et d’autres organismes dont la Banque Européenne d’Investissement – qui rendent possible le financement de projets d’infrastructure euro-méditerranéens, ainsi que les conditions préalables à l’intégration institutionnelle et finalement de permettre la détermination d’une réalité de plus grande liberté de circulation, de mouvements des biens, des gens, des capitaux, des entreprises et des idées.
Pour ce qui des projets euro-méditerranéens, il faudrait sans doute tenir compte aussi de l’impératif de bonne gouvernance économique mondiale et des nouvelles données géopolitiques régionales à travers le monde, notamment en Asie et des paramètres comme l’attractivité des ressources financières, le coût de la main d’œuvre et le potentiel de flux migratoires, l’éducation, la consommation, le marché, la technologie, la compétitivité, la flexibilité de l’emploi...


Entretien réalisé par
Khaled Mongi Tébourbi




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com