Pollution sonore pendant l’été : Ces fêtes qui nous crèvent les tympans





L’été n’est pas uniquement la saison des baignades et du farniente. Il est aussi la saison des nuits blanches causées par des cérémonies célébrées partout.
C’est désormais un fait établi. L’été est la période pendant laquelle les nuisances sonores atteignent leur paroxysme dans les villes à forte concentration d’habitants comme Tunis et Sfax et dans les stations balnéaires très courues par les estivants à l’instar de Hammamet et Sousse. Et pour cause: la moindre occasion donne droit à la célébration d’une fête. Une cérémonie de circoncision, des fiançailles, un mariage et même le retour d’un fils émigré ou une réussite scolaire sont toujours fêtés en grandes pompes. «Ellemma» (rassemblement d’un grand nombre de proches et d’amis) est un concept typiquement tunisien. Et pour que l’ambiance soit parfaite, nos concitoyens apprécient le fait que les décibels soient à la mesure de la liesse.
Jusqu’aux premières lueurs de l’aube
Ils font, du coup, appel à des troupes musicales bien équipées en matériel sonore. Quartiers populaires ou huppés, il ne se passe presque aucune nuit sans qu’une fête soit célébrée jusqu’aux premières lueurs de l’aube dans une salle de fête dépourvue d’un système de protection acoustique, sans rémission aucune, causant des insomnies révoltantes pour son voisinage. «On ferme les fenêtres, se privant à regret de la fraîcheur de l’extérieur, on s’agite comme des malades, des dizaines de fois sur le matelas, suppliant le Seigneur pour que le supplice prenne fin. En vain», se plaint Habib Laâyouni, qui a cru vainement échapper au vacarme estival en déménageant au quartier huppé et calme d’El Menzah 9. «Quand il n’y a pas une cérémonie de mariage ou de circoncision, ce sont des jeunes adolescents qui prennent le relais en organisant des soirées dansantes dans leurs appartements. Le pire c’est que le tapage causé par les mini-chaînes équipés de haut-parleurs de grandes tailles appelés Boomers dépassent parfois ceux émanant des baffles des troupes musicales professionnelles», ajoute M. Laâyouni, 63 ans.
Décibels au-delà  des normes
Les quartiers populaires sont les plus touchés par le phénomène de la pollution sonore.
Certaines familles, trouvant les salles de fêtes très chères, jugent bon d’organiser leurs fêtes sur les terrasses de leurs maisons jusqu’à une heure dépassant celle spécifiée par l’autorisation délivrée par la municipalité. Les agents municipaux font, certes, des rondes de contrôle pour rappeler les contrevenants à l’ordre, mais ces fêtards trouvent toujours le moyen de prolonger leurs soirées jusqu’à l’aube. «Mes nuits pendant l’été sont un véritable cauchemar. Cela commence avec les baffles des cérémonies organisées sur les toits. A une heure du matin, le rythme se poursuit avec le passage des bennes à ordure. A trois heures c’est au tour du coq du voisin, élevé dans le jardin, de s’égosiller à en perdre le souffle. Dès six heures, les crissements des pneus des bus et les klaxons prennent le relais. A sept heures, le menuisier et le forgeron font tourner toutes leurs machines en même temps», témoigne Hafed, qui habite à Oued Ellil. Les nuits blanches de ce jeune cadre se reflètent clairement le lendemain sur son visage. Les propos de ce jeune homme à la mine déconfite et aux yeux cernés ont été confirmés par un récent sondage effectuée par le Parti des Verts pour le Progrès (PVP). Ce sondage intitulé «Le Tunisien et l’environnement» révèle que 19,2% des Tunisiens pensent que la pollution sonore est la troisième cause de dégradation de l’environnement urbain après la pollution atmosphérique et la raréfaction des ressources en eau.


Walid KHEFIFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com