Enfance : L’été de tous les risques





Les enfants ont plus de temps libre pendant les vacances scolaires, qu’ils passent entre mer,
télévision, Internet et jeux vidéo. Comment faire pour que ça ne dérape pas ?
Il existe, certes, une belle histoire entre les enfants et l’été. Mais, si elle commence par cette grande euphorie de fin d’année scolaire et de rupture avec les contraintes des cours, des devoirs à la maison, de l’emploi du temps chargé, etc, il suffit de dépasser les premiers jours dédiés au repos pour que commence le tracas de l’usage du temps libre.
La situation est d’autant plus difficile que les lieux de loisirs répondant aux aspirations «Inn» des enfants, et «clean» pour les adultes, ne sont pas très nombreux.
Faute de vivre au bord de la mer et de s’adonner à leurs jeux favoris, la majorité des enfants de chez nous sont pratiquement contraints à regarder la télévision, naviguer sur Internet, ou jouer aux vidéos. A chacun selon ses moyens. Les enfants ne sont plus tentés par les jeux anciens comme le puzzle, le monopoly ou encore les jeux à l’air libre. Or avec l’Internet, les jeux vidéo, voire même la télévision, les dégâts pointent au détour.
Le comportement violent
Il n’est pas nécessaire d’être un expert pour constater le penchant violent dans les dessins animés et les jeux vidéo produits pour les enfants. Laquelle violence ne manquait pas d’impact sur la personnalité des enfants, tellement ils sont attachés à leurs jeux et à leurs héros. Cette situation a déjà attiré l’attention des experts en matière d’enfance et d’éducation qui ont instruit plusieurs études sur la question.
Le verdict est quasi-unanime. La majorité des chercheurs ont conclu à l’existence d’une corrélation étroite entre le comportement des enfants et la violence dans les médias qui : « pousse les enfants à se conduire de manière plus agressive et ne saurait que les affecter plus tard en tant qu’adultes ».
Suite à quoi, les organismes spécialisés de l’ONU ont réagi.  Le Pr. Paulo Pinheiro, coordinateur d’une étude de l’ONU sur la violence contre les enfants, a lancé cet avertissement lors du sommet SMSI, en novembre 2005, à Tunis : «la communauté mondiale n’a pas l’excuse de dire que «nous ignorions» ou que ‘nous ne pouvions pas prévoir’ l’augmentation exponentielle de la violence causée aux enfants par les nouvelles technologies».
Ce verdict est applicable à tous les enfants du monde qui consomment les mêmes dessins animés et jeux vidéo. Mais que faire pour minimiser ces risques?
L’apport de la communication
S’il est vrai que la violence à la télévision peut avoir un impact sur les enfants et les adolescents, cet impact varie toutefois d’un individu à l’autre. L’influence de la violence perçue à la télévision, ou dans les jeux vidéo, dépend en effet de plusieurs facteurs, en l’occurrence, le nombre d’heures passées devant l’écran, l’âge des téléspectateurs, leur personnalité, le fait d’être seul ou avec des adultes pendant ces scènes et, finalement, les discussions qui suivent ou non avec un adulte au sujet du contenu visionné.  Certains enfants peuvent donc être plus vulnérables que d’autres face aux scènes de violence qu’ils visionnent. D’où l’importance de la communication.
Une telle analyse interpelle les parents qui passent leur matinée au travail pour les amener, à interroger leurs enfants sur leur emploi du temps matinal et sur les contenus visionnés ou lus. Il est très important de parler des divers types de violence vus par les enfants, verbale (cris, railleries, injures, etc.) et physique (intimidation, brutalité, coups, coups de feu et de couteau, etc.). Il est également aussi important de débattre avec eux des raisons de cette violence et de sonder leur évaluation de la question.
Un tel débat pourrait se prolonger inévitablement sur les manières les plus efficaces de gérer les conflits dans la réalité et permettrait de tracer une barrière entre le vécu réel et le fictif sur les écrans. D’autres études ont en effet conclu que : «les valeurs familiales et la classe sociale déterminent davantage l’attitude face à la violence que le nombre d’heures passées devant l’écran, qui a une incidence significative, mais plus faible».
Donc, s’il est inévitable de laisser son enfant seul face à son écran et ses jeux, il est indispensable de revenir sur les contenus visionnés par les enfants pour éviter la banalisation de la violence, des normes et des valeurs et, surtout, une certaine confusion face aux notions d’égalité, de justice et de droits. L’avenir n’excusera pas les laxistes.

Mourad SELLAMI

L’avis d’un expert : Dr Salem Bouchaâla (psychiatre algérien)
 «Les émissions violentes dans les médias peuvent engendrer l’accroissement de la peur, la désensibilisation face à la violence en général et l’augmentation du comportement agressif chez l’enfance. En effet, les enfants, en particulier les filles, sont plus susceptibles que les adultes d’être représentés comme victimes de violence à la télé. Ceci peut les rendre plus craintifs à l’endroit du monde qui les entoure. Il faut aussi remarquer que certains dessins animés pour enfants sont parmi les émissions les plus violentes. La violence y est présentée sous un jour comique et ses conséquences réelles sont rarement exposées. De telles scènes incomprises pourraient développer de l’indifférence dans les petits esprits vierges des enfants. Il faut également faire attention aux jeunes enfants qui sont plus susceptibles d’afficher des comportements agressifs après avoir visionné une émission ou un film violent. Une absence de réaction de la part des adultes pourrait développer le degré d’agressivité de l’enfant. En un mot, puisqu’on ne doit pas interdire à l’enfant de visionner des dessins animés comme ses pairs, il faudrait lui garantir l’encadrement pédagogique adéquat pour éviter les dérapages. Il faut aussi rappeler aux producteurs des émissions enfantines que La télévision destinée à l’enfant doit toucher son cœur, respecter son intelligence, stimuler sa créativité, exprimer sa culture et son environnement et aussi ouvrir une fenêtre sur le monde. Il faut faire appel aux artistes qui ont à cœur le bien-être de l’enfant».

M.S.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com