Femmes actives et Ramadan : Le marathon !





Entre travail, enfants, tâches ménagères, courses et… menus de l’Iftar, elles ne savent plus où donner  de la tête ! Lorsqu’une femme travaille, durant le mois du jeûne, son quotidien devient rude, très rude…
Il est quatre heures de l’après midi… Elle vient de faire dormir bébé. Elle entre dans la cuisine, retrousse ses manches et au boulot ! Mais à ouvrir le pot de tomate, la galère : il est vide ! Elle se met à gratter les bords pourvu qu’elle arrive à ramasser deux ou trois cuillères…, mais pas de bol, elle a beau balayer les bords, taper sur le fond de la bouteille… la quantité récoltée ne suffit pas. Elle court vers la chambre à coucher chercher son mari : «Chéri s’il te plaît je n’ai plus de tomate et j’ai oublié d’en acheter». «Mais bon sang ! Tu ne vois donc pas que je dors ?! Tu n’as qu’à attendre jusqu’à ce que je me réveille», hurle-t-il «Mais sans tomate, je ne saurai cuisiner aucun plat et le temps presse, s’il te plait, réveille-toi et vas m’en acheter un pot». Le mari, les yeux exorbités : «un autre mot et je sors illico pour rompre le jeûne chez ma mère…» Madame rebrousse chemin, elle a compris qu’elle a éveillé le démon qui sommait en lui. Alors elle se débarrasse de son tablier et sort chercher le pot de tomate. Une fois de retour, essoufflée, elle reprend le travail. Et à peine en début de «parcours», le bébé se met à pleurer. Le mari commence à hurler : «Viens prendre ton fils, il m’empêche de dormir»… Elle court tenir le petit d’un bras et s’affaire de l’autre main…
C’est ainsi que la majorité des femmes actives passent leurs journées ramadanesques. A jeun, elles vont travailler, tout en ayant à composer avec les collègues et supérieurs « mhachechines » et à bout de nerf. Juste après le travail et sous un soleil de plomb, mesdames font aussi le marché, certaines enchaînent la course avec le ramassage des bébés. Et une fois de retour, elles doivent préparer l’Iftar, le tout en ménageant la susceptibilité des messieurs qui dorment paisiblement.
Autres temps autres mœurs
A fouiller dans les souvenirs, on peut se remémorer le ramadan d’antan. On se souvient des senteurs aux mille arômes épicées qui envahissaient l’atmosphère égayée et l’ambiance festive aux couleurs de la peinture toute fraîche à l’approche de ce mois béni. Mère, filles et belles-filles se partageaient les tâches et les denrées qui sont préparées avec amour et dans une ambiance joviale. Mais à présent, les choses ont changé… Presque de fond en comble ! Contrairement à celles d’antan, la majorité des femmes contemporaines, travaillent et vivent dans une demeure indépendante et ont moult responsabilités. Alors à moins d’être superwoman, il est très difficile pour une femme qui travaille de concilier entre ses responsabilités professionnelles, ses tâches ménagères ses devoirs de mère, d’épouse et de cuisinière… ! Que dire alors si, en plus, elles doivent se plier en quatre pour satisfaire les caprices gourmands de tous les membres de sa famille alors que le mari ne bouge même pas le petit doigt ?!
Mme Ranim Sghaier, 33 ans, cadre moyen et mère de deux enfants de trois et deux ans, se débrouille tant bien que mal pour que le mois de Ramadan s’écoule sans trop de pépins. «Ô qu’est-ce que je suis nostalgique de Ramadan d’antan ! Lorsque j’étais petite, on vivait avec mes grands-parents. C’était mamie qui s’occupait de tout. A cette époque, pratiquement toutes les provisions se préparaient soigneusement à la maison avant l’arrivée de Ramadan. Durant des journées entières, la maison fourmillait de femmes et je n’entendais que chants et you-you… C’était le bon vieux temps ! Aujourd’hui, pratiquement plus aucun couple ne vit avec les parents. La famille d’aujourd’hui est nucléaire et l’on a tendance à passer de plus en plus ramadan dans une ambiance fade. En ce qui me concerne, je suis franchement incapable de préparer moi-même des provisions. Ni l’Iftar d’ailleurs ! Je continue à faire mes courses exactement de la même manière qu’au cours de l’année. Toutefois, je passe deux jours par semaine chez ma mère, deux jours chez ma belle-mère et cela allège tellement mes responsabilités durant le mois saint. D’ailleurs, pour les trois jours qui viennent, il m’est très difficile de préparer un vrai bon iftar parce que je rentre vraiment épuisée du travail, mes enfants me sollicitent sans arrêt et je ne puis franchement résister plus d’une heure à la cuisine alors que je suis à jeun. Mais Dieu merci, j’ai un mari adorable qui m’aide beaucoup. D’abord c’est lui qui fait les courses et si je prépare l’iftar, il s’occupe entièrement des petits et, avant la rupture du jeûne, il fait la salade et prépare la table», dit-elle.
Nombre de femmes profitent de ramadan pour se réconcilier avec les vieilles habitudes, avec les recettes des mamies et les rituels ramadanesques de jadis. D’autres comptent tout simplement sur mamans et belle-mamans. Mais modernité et manque de temps obligent, d’autres misent sur les produits industrialisés, les aliments en conserve et précuits. C’est leur seule alternative pour répondre au rythme survolté d’une vie quotidienne fixée à la cinquième vitesse.
Pour suivre le rituel de nos aïeuls, il faut d’abord qu’il y ait quelqu’un qui nous en donne le ton pour qu’on puisse marcher sur ses pas. Avoir une mère ou une belle-mère au foyer s’avère être une chance inégalable de nos jours. Sans elles, les trente jours de Ramadan seront encore plus lourds à gérer. Reste à savoir si les jeunes épouses d’aujourd’hui préfèrent rester toutes seules avec leurs époux pour consommer des produits surgelés et industrialisés au nom de l’indépendance des couples ou se rendre chez leur mère et belle-mère. Parce que si Ramadan perd un peu de son goût d’antan, c’est notamment parce que les familles se disloquent.


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com