Polémique autour des feuilletons religieux sur Nessma TV et Hannibal TV : Affaire non classée…





Une violente polémique vient de se déclencher en Tunisie suite à la diffusion de deux feuilletons religieux iraniens « Youcef Essidik » et « Marie la vierge » sur Nessma TV et Hannibal TV. Le point.
Une controverse a éclaté depuis les premiers jours du mois sacré de Ramadan avec la diffusion sur Nessma TV de «Youcef Essidik» et de «Marie la Vierge» sur Hannibal TV ; deux feuilletons iraniens qui ont relancé un vieux débat sur la représentation des messagers de Dieu, du Prophète Mohamed et de ses compagnons dans les feuilletons et les films.
La polémique a été déclenchée par un groupe d’avocats qui ont adressé une lettre au Mufti de la République tunisienne, demandant l’arrêt immédiat, voire même la censure de ces œuvres télévisées sous un prétexte religieux. Sauf que l’histoire ne s’est pas arrêtée à ce niveau. Car un autre avocat, à savoir, Maître Mounir Ben Salha a choisi pour sa part d’adresser une autre lettre au Mufti, fustigeant cet appel à la censure, et appelant à une liberté d’expression et de création.
En attendant le mufti…
Pour avoir plus d’éclaircissements sur le contenu de la première lettre, nous avons contacté Me Seifeddine Makhlouf qui nous a confié que «ces feuilletons prônent le mensonge et la calomnie. Nous avons bougé car nous avons senti que notre religion est visée. Les musulmans sunnites n’ont jamais accepté l’incarnation de rôles des prophètes dans les films, les feuilletons ou à travers la photographie». Et d’ajouter qu’avec trois collègues qui ont rejoint la cause, ils ont fait de nombreuses recherches et qu’ils se sont référés à différentes «Fatwa», proclamées par d’autres muftis sur des sujets similaires. «D’après les diverses interprétations des imams, il est interdit par la religion musulmane d’incarner physiquement les prophètes et leurs proches. Ce n’est pas le cas pour les musulmans chiites, qui n’opposent aucune restriction à la mise en images des prophètes. Je me demande à quels textes les scénaristes et les réalisateurs de ces feuilletons se sont référés pour tisser leurs scénarios dans le détail, imaginer les costumes et les profils des personnages. Je me demande comment on peut demander à un être humain ordinaire d’incarner un personnage saint. Au début, nous nous sommes adressés au Mufti et peut-être dans une 2e étape, si on ne reçoit pas une réponse, nous allons nous tourner vers la justice, surtout que l’article 48 du Code de la presse interdit toute atteinte au sacré », a expliqué Maître Makhlouf, refusant toutes les accusations considérant cette affaire comme une sorte de publicité. Pour ce qui est de l’atteinte à la liberté d’expression et de la lettre de son confrère Mounir Ben Salha, l’avocat a déclaré que « l’intervention de son collègue s’inscrit dans le cadre de la défense de ses propres intérêts puisqu’il a collaboré avec l’une de ces chaînes. Je défie ces gens qui défendent la liberté d’expression d’être capables de produire un feuilleton ou une émission relatant la vie de l’un de ces hommes au pouvoir ou des présidents arabes. La production et la diffusion de ces feuilletons iraniens relèvent de l’invasion iranienne et il faut y faire face».
En attendant la réponse du Mufti, le Cheikh Othmane Batikh, qui donnera son avis conformément aux préceptes de la Chariaâ, l’affaire risque de faire beaucoup de bruit pour parvenir devant le tribunal. A suivre

Imen ABDERRAHMANI

Maître Mounir Ben Salha s’explique…
Que peut-on savoir sur le contenu de la lettre que vous avez adressée au mufti de la République ?
Je me suis adressé au mufti parce que la position de mes collègues avait de dangereuses répercussions, dans le sens où elle peut diviser les gens en plusieurs courants et confessions. Alors qu’en Tunisie, ce problème ne se pose pas. Nous sommes des sunnites mais nous avons appris à respecter l’autre dans sa différence. La position de mes collègues est étrange. C’est une logique importée. Ce qui m’a révolté est cette tentative de censurer et d’interdire une œuvre artistique avant de la visionner. Ce que nous refusons, c’est que ce quatuor s’est adressé au mufti en tant qu’avocats et non en tant que citoyens. C’est une manipulation dangereuse du métier d’avocat. Je me demande pourquoi ces avocats n’ont pas intenté des procès contre ceux qui ont orchestré les génocides de Gaza ou ceux qui ont attaqué la flottille de «La Liberté» ? Aujourd’hui, ils ont choisi de bouger pour attaquer une création relatant la vie des prophètes.
Certains pensent que votre réaction émane de votre collaboration avec ces chaînes télévisées ?
La collaboration avec des chaînes nationales m’honore. Au contraire, elle n’est pas une accusation puisque je contribue à ma façon à l’enrichissement du produit médiatique de mon pays. Ce qui fait honte vraiment, c’est de s’inspirer des débats des autres chaînes étrangères et d’essayer d’introduire et d’imposer des idées inconnues de la société tunisienne. Je suis contre cette logique de censure et ces jugements de Halal et Haram. L’Islam est une religion de communication, du respect de l’autre, de la tolérance… C’est une religion pour tous les temps sans exception. Je me demande pourquoi ils veulent qu’elle soit considérée comme la religion des interdictions où tout se règle avec des coups d’épées, au cœur du désert ? Pourquoi rejette-t-on toute nouvelle lecture de notre religion ? Pourquoi refuse-t-on toute lecture contemporaine du Coran. L’Islam n’a jamais été la religion de l’exclusion.
Mais ne pensez-vous pas que l’incarnation des prophètes dans les feuilletons peut toucher à leur image, surtout qu’il y a différentes «fatwa» qui disent que la sunna l’interdit et que les œuvres viennent d’Iran ?
La polémique existait depuis de longues années, accompagnant toutes les œuvres de ce genre y compris le film «Errisala», diffusé à chaque occasion religieuse et sur toutes les chaînes arabes bien qu’à cette époque le Mufti d’«Al Azhar» l’ait interdit. Aujourd’hui et avec les nouvelles technologies, l’occasion est propice pour qu’on présente bien notre religion à l’autre, qu’on combatte les préjugés et les accusations qu’on fait endosser à tort par notre religion. A mon avis, le problème se pose s’il y avait des interprétations erronées des faits et c’est la responsabilité des connaisseurs, des islamologues, des imams… ça relève des responsabilités de l’autorité religieuse et ce n’est pas à moi ou à quelqu’un d’autre d’appeler à l’interdiction et à la censure. Personnellement, j’appelle à une liberté d’expression et de création quel que soit le contenu de l’œuvre, religieux ou politique. Pour l’Iran, il faut revenir à l’histoire pour voir à quel point les Omeyyades puis les Abbassides ont été tolérants avec les Persans et ils avaient même établi des relations avec eux. L’art est universel et il ne faut pas faire des restrictions géographiques, politiques, sociales ou religieuses… sinon, je me demande d’où sont venues «Kalila wa dimna», «Mille et une nuits», certaines chansons adaptées d’après la poésie d’Ibn Rûmi ? En Tunisie, ces problèmes ne se posent pas ; alors pourquoi cherche-t-on à les créer de toutes pièces ? L’avocat a été toujours un infatigable défenseur de la liberté, alors pourquoi cherche-t-on aujourd’hui à en faire une voix appelant à l’interdiction ?

I.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com