Tribune : Enseignement des langues en Tunisie : Situation calamiteuse et… mesures prometteuses





Le bilan des résultats de l’enseignement des langues en général (y compris notre langue maternelle, l’arabe) et des langues étrangères en particulier, et de la langue française plus particulièrement, suscite depuis des années (des dizaines d’années, j’allais dire) la déception, voire l’indignation généralisée. Certains éviteraient d’employer le terme de crise et se contenteraient, par euphémisme, de «malaise» ou de «marasme» tant le mot crise est lourd de signification et de conséquences. Une telle attitude, si prudente qu’elle puisse paraître, semble peu crédible si l’on voit de l’intérieur la situation jugée calamiteuse par un grand nombre d’actants dans le système de cet enseignement depuis l’école primaire jusqu’à l’université. N’est-il pas temps de parler de crise, dans tous les sens du mot , et donc de tirer la sonnette d’alarme avant qu’il ne soit trop tard ?
Les symptômes de la crise
Les symptômes de la crise sont désormais perceptibles à tous les niveaux. On est arrivé au point que l’élite des ressortissants de cet enseignement (les maîtrisards spécialistes) de ces dernières années et à qui on confie l’avenir de l’enseignement des langues dans le pays, sont eux-mêmes en difficulté – et non des moindres — en ce qui concerne la connaissance et la pratique de la langue de leur spécialité. Ils sont certes le produit d’un système qui souffre et ils ne peuvent qu’augmenter sa souffrance. Il s’agit là d’un public placé au plus haut niveau (niveau C2 selon le Cadre Européen Commun de Référence -CECR-), alors que dire du public de bacheliers censés avoir un niveau intermédiaire avancé (Niveau B2) après avoir bénéficié d’au moins 1500 heures d’apprentissage (pour ne parler que de la langue française) avant de passer le bac, ou du public d’élèves censés avoir un niveau élémentaire (Niveau A1) après avoir bénéficié d’au moins 600 heures d’apprentissage du français avant de passer au collège ? Les notes qu’ils obtiennent dans les examens nationaux révèlent, sans aucun doute, un niveau alarmant, très en deçà du niveau préconisé. Les symptômes de la crise ne s’arrêtent pas là. La plupart des jeunes diplômés tunisiens, toutes spécialités confondues, ne trouvent-ils pas de grosses difficultés à rédiger, en français ou en anglais ou même en arabe, un CV, ou une demande d’emploi, ou une simple lettre de motivation, sans laisser des fautes bizarres et déplorables ? A-t-on besoin d’autres raisons pour tirer la sonnette d’alarme afin d’arrêter le compte à rebours de l’enseignement des langues en Tunisie ?
Les raisons de la crise
Nombreuses et variées sont les causes de la crise de l’enseignement des langues en Tunisie. Ne citer qu’une cause ou l’amplifier au détriment des autres serait de la myopie intellectuelle. Dissocier les causes, les appréhender sans se rendre compte de leur complémentarité, de leur interdépendance, serait une analyse fragmentaire. On peut certes les classer par domaine ou par ordre d’importance, mais il faudrait garder toujours présent à l’esprit l’idée de concomitance de faits et d’effets. Tous les actants – directs ou indirects — dans le système éducatif ont leur lot de responsabilité. Je citerais en vrac quelques raisons et je laisserais au lecteur le soin de les classer et de les attribuer aux actants-responsables respectifs : programmes et manuels trop chargés et peu adaptés aux besoins réels des apprenants tunisiens, méthodes et approches pédagogiques instables, absence d’articulation entre les cycles d’enseignement, aspect trop contraignant du système d’évaluation au détriment de l’apprentissage, invasion de l’enseignement parallèle (cours privés) à des fins essentiellement lucratives, effet nocif des nouveaux modes de communication (sms, chats,…), présence très (trop) réduite du livre dans notre environnement socioculturel, formation initiale (pédagogique et scientifique) insuffisante des enseignants dont une bonne partie n’est pas spécialiste, surtout dans les écoles primaires … (A suivre)


Abdellatif MAATAR
Inspecteur des collèges et des lycées




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com