Nuits ramadanesques à Ennasr : Airs d’Orient, airs d’Occident





Ici, les nuits se suivent et se ressemblent. Elles commencent avec la rupture du jeûne et ne s’achèvent qu’au lever du jour.  Ennasr danse et chante et les causeries autour d’un café, d’un soda, d’un narguilé au parfum d’Orient sont interminables.
Depuis au moins une dizaine d’années, le nouveau quartier Ennasr avec tous ses arrondissements a réussi à voler la vedette à ses voisins d’El Menzah, autres quartiers chics de la proche banlieue de Tunis. C’est là où tout le monde (ou presque) se donne rendez-vous après la rupture du jeûne. Ça classe !
L’avenue Hédi Nouira constellée d’un chapelet de lampadaires monte et descend avec ses arcades, ses palissades, ses commerces et le cortège de voitures qui n’en finit pas. Dur, très dur de pouvoir circuler à son aise dans ce quartier très huppé. Dans ce quartier, à la fois d’habitation et de commerce, ça bourdonne telle une ruche d’abeilles.
Les milliers de gens, jeunes et moins jeunes, envahissent ce qui reste des immenses trottoirs investis par des chaises de toutes les couleurs vives, ou en rotin, des tables, des parasols. Les gens se promènent entre les buildings et le béton, se paient un cornet de glace ou une douceur qui leur coûte les yeux de la tête, s’arrêtent entre les magasins de luxe pour jeter un coup d’œil sur les vitrines colorées : les soldes d’été, la nouvelle collection et le dernier cri qui pointe déjà timidement son nez. Ils se promènent juste pour... se promener.
Ni occidentale  ni orientale
«C’est bien de marcher. Ça nous permet de digérer le festin de tout à l’heure. Ici, à part l’animation des cafés, des restos et des salons de thé qui pullulent, il n’y a aucune animation culturelle. Pas d’espaces verts, et de terrains de jeux non plus. Ici, c’est circuler (s’il y a possibilité de le faire) il n’y a rien à voir. Ici, c’est consommer, consommer et consommer. On vous pousse à la consommation. Regardez-moi ces belles bagnoles de fils à papa et maman, en bonne compagnie ! Ici, on a l’impression que les filles sont plus belles qu’ailleurs. Les filles, oh les filles à la fois orientales et européennes, du genre BCBG, se permettent tout : le décolleté, la mini jupe, le moulant, la cigarette, … et aiment mener la vie à la Hollywoodienne», raconte Amal Mouradi, une riveraine.
Ville tumultueuse, été comme hiver. Mais voilà Ramadan qui remet le compteur à zéro pendant le jour. Rien que par pudeur, personne n’ose manger ou boire en public. Mais derrière les rideaux à moitié tirés, quelques cafés, restos et traiteurs fonctionnent comme d’habitude.
«Au sortir du grand jour et à la tombée de la nuit, tout le monde fait ce qui lui plaît au vu et au su de tout le monde. Pour drainer la foule et garder leurs fidèles clients, des cafés et des salons de thé comme l’Opéra, Lammat Lahbab et autres ont mis le paquet. A chaque veillée son programme de chant et de danse. A part Baguette&Baguette, chaîne de restauration rapide, ouverte pour tous ceux qui ont un creux, la centaine de restaurants de la place ont pris congé. Quelques-uns profitent, de cette pause pour faire des travaux et des rénovations. «J’ai mis un peu d’ambiance à l’intérieur pour garder mes clients qui affectionnent les airs de la fête», raconte au Quotidien, Tarak Oueslati, propriétaire de Lammat Lahbab et ancien footballeur de l’Espérance sportive des années 1980.
Pour une sacrée partie de rami
Plusieurs riverains quittent la mosquée futuriste de la place après la prière des «trawih» et font escale au plus proche café du coin. On s’attable pour une partie de rami, d’échec, un thé à la menthe, aux pignons, un café surtout turc coupé d’une goutte d’eau de fleur d’oranger et des discussions pour meubler ces veillées interminables
22 heures 30, l’avenue est de plus en plus bondée. Les espaces ont du mal à contenir leur clientèle. Dur de trouver l’ombre d’une place. A l’intérieur, l’ambiance est comme un café chantant du quartier Halfaouine d’autrefois. Hommes et femmes consomment. On invite à danser et on danse au rythme d’une musique populaire (très populaire), on déguste une verrine de bouza, de zrir, une tranche de ktaïefs ou autres pâtisseries traditionnelles. Et entre filles et garçons, on se passe, décontractés et sans aucun complexe la chicha (le narguilé). Dans ces fumoirs, impossible de pouvoir bien voir ses voisins de table. La fumée entoure tout d’un halo. Sur un fond sonore presque infernal.
Les serveurs ont souvent du mal à noter la commande. L’ambiance est de plus en plus chaude. Et le show aussi.
Demain est un autre jour
Dehors, c’est plus clément. La température qui a frisé pendant la journée du vendredi la barre des 45°, s’est un brin adoucie. Une petite brise fait beaucoup de bien aux nocturnes. Surtout quand on est en train de lécher un sorbet, une boule de glace… Ici, tout le monde scrute tout le monde et chacun n’a rien à faire que de regarder le va-et-vient incessant telle une vague déferlante tout au long de la nuit.
Minuit, il est encore tôt pour rentrer à la maison et faire fonctionner la clim. On hèle le serveur pour une énième commande. Une heure, deux heures, trois heures du matin, il est vraiment temps de rentrer… mais sur la route, il ne faut pas oublier de passer par une pâtisserie. Une gourmandise pour le s’hour fera du bien à la petite famille.
De l’autre côté, on commence à démonter les parasols, à plier les chaises… et à éteindre peu à peu les lampadaires.
On baisse le volume des chants et des musiques au maximum. Les commerces ferment, tour à tour… sauf les gargotes et les sandwicheries qui, à l’approche du s’hour, ont du pain sur la planche. Et demain est un autre jour.


Zohra ABID KEFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com