Ramadan et les célébrités : Cheikh Mohamed Machfar : «Mon discours adapte la religion à la société»





Devenu un personnage public, cheikh Mohamed Machfar suscite l’intérêt de toute une génération par son discours populaire utilisant le dialecte tunisien. Sa célébrité, son discours inhabituel et son point de vue concernant les feuilletons ramadanesque, tels sont les sujets que Cheikh Machfar a bien voulu aborder.
* Vous êtes devenu un véritable phénomène de société. Vous avez des fans même sur facebook, ce qui est inhabituel pour un homme de religion. Comment expliquez-vous cela ?
- Qui a dit qu’un homme de religion ne doit pas être populaire ? Notre Prophète était toujours près des gens et surtout des jeunes qui représentent l’espoir et l’avenir. Malheureusement, chez nous les hommes de religion sont renfermés dans leurs carapaces et ne vont pas vers les jeunes. Les hommes religieux ont une «image de marque», une étiquette qui, hélas, n’encourage pas les jeunes à suivre la religion. Je crois qu’avoir une page sur facebook est un moyen efficace pour approcher les jeunes et parler leur langage.
* Justement, en parlant de facebook, une polémique a éclaté récemment concernant la fermeture de ce réseau social. Vous étiez contre cette fermeture et vous l’avez même défendu, pourquoi ?
- Etre contre facebook c’est être contre l’innovation et le progrès scientifique, ce qui est contraire aux principes de l’Islam. Il faut qu’on apprenne à suivre les nouvelles tendances et en faire bon usage. Facebook est un outil qui rapproche les gens, il faut juste savoir l’utiliser. Je dirai même qu’il faut que nous, en tant que musulmans, on arrive à créer nos propres réseaux et non pas fermer ceux des autres. Actuellement, facebook aide à diffuser la religion, donc pourquoi être contre. Selon ma propre expérience, les jeunes sont attirés par tout ce qui est visuel (télévision) et les TIC, donc nous devons être sur la même longueur d’onde qu’eux pour pouvoir les guider.
* Selon votre expérience, les jeunes tunisiens sont-ils attirés par la religion ?
- Contrairement à ce que pense la majorité, les jeunes essaient de suivre la religion musulmane. La religion ne se résume pas à faire le jeûne et la prière ; ceci est la partie visible de l’iceberg. Nos jeunes sont bons de nature, ils respectent la religion, il faut juste les guider et leur montrer le chemin. Malheureusement, les médias ne traitent les sujets religieux que pendant Ramadan, ce qui amoindri l’intérêt des jeunes. Il faut mettre en place tout un programme pour diffuser la religion musulmane et ses vertus tout au long de l’année, surtout sur les chaînes de télé. En regardant ma page sur facebook, je me rends compte que nos jeunes essaient de comprendre la religion et la suivre ; ils me posent des questions de tout genre qui touchent l’essence même de l’Islam et les questions relatives à la vie de tous les jours. Ceci montre que les jeunes s’intéressent à la religion.
* Parlant des jeunes, votre discours, principalement dédié à eux, suscite des réactions mitigées. Qu’en pensez-vous ?
- Ceux qui pensent que mon discours est inapproprié ne connaissent rien à la religion. Le discours de «Sayédna Mohamed» (Mahomet) n’était pas un discours figé, mais plutôt un discours vivant et compréhensible par tout le monde. J’ai grandi en assistant au prêche du vendredi de cheikh Naseur Bahi l’un de disciples du cheikh réformateur Salem Bouhabba à la mosquée de Bab Souika ; il utilisait le dialecte tunisien lors de ses prêches et cela réussissait bien à attirer l’attention des gens, et surtout les jeunes. En plus, le Tunisien n’est plus prêt à recevoir des leçons de la part de n’importe qui, il ne veut pas d’un professeur qui lui donne des instructions à suivre. Il préfère apprendre la religion et l’appliquer tout en rigolant et en jouant.
* Comment expliquez-vous l’intérêt des Tunisiens pour «Zitouna fm», qui a surpassé même la chaîne télévisée «Iqrâa», l’une des chaînes les plus convoitées ?
- Je pense que «Zitouna fm» est venue à un moment crucial. La propagande des chaînes orientales et leurs discours extrémistes empoisonnaient les cerveaux de nos jeunes. Avec un discours plus équilibré, «Zitouna fm» a su gagner un public en s’adressant aux gens dans un dialecte qu’ils comprennent et en mettant en exergue les bonnes vertus de l’Islam qui est une religion de paix. Des mots comme «Jihad» n’ont pas leur place dans notre discours, ce qui a attiré encore plus les jeunes qui, contrairement à ce qu’on pense, ne sont pas extrémistes.
* Certains vous reprochent le fait de négliger les sujets de la vie quotidienne des Tunisiens et surtout le port du voile qui suscite des réactions mitigées. Qu’avez-vous à répondre ?
- Tout d’abord, comment puis-je parler de ces sujets, considérés comme coriaces, alors que ceux à qui mon discours est dédié ne connaissent même pas les ABC de la religion ? Je préfère procéder par étapes afin d’inculquer aux jeunes les vraies valeurs de notre religion et éviter toute confusion.
Nous ne sommes pas contre le port du voile, mais il faut savoir que ce n’est pas un élément vestimentaire tunisien. Les femmes tunisiennes d’antan étaient de bonnes religieuses alors qu’elles ne portaient que le foulard tunisien. Il faut protéger notre identité et ne pas tomber dans le piège du l’imitation naïve. Avez-vous déjà vu un présentateur oriental porter la Jebba (tenue traditionnelle pour hommes) tunisienne ? Jamais, parce qu’ils essaient de conserver leur identité. A nous d’en faire autant.
m Parlons un peu de Ramadan, que pensez-vous des feuilletons qui passent à la télé et la polémique concernant les feuilletons sur les Prophètes ?
l Pour les feuilletons sur les Prophètes, je suis contre le fait de représenter un Prophète à la télé. Il faut conserver leur aspect sacré. Aucun acteur ne peut représenter «Sayédna Youssef» tellement il était beau. Je suis pour les feuilletons religieux qui parlent de l’histoire de l’Islam, mais pas ceux qui représentent un Prophète.
Concernant les autres feuilletons, la télé ne doit pas répondre aux attentes d’un public laïc, qui existe certes mais qui représente une minorité. Le divertissement est un rôle parmi d’autres pour la télé, mais il ne faut pas tomber très bas porter atteinte à la morale et offenser la sensibilité des téléspectateurs.


Entretien réalisé par Meher KACEM




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com