«Charkiyet» : Soprano ou oriental ?





Le spectacle «Charkiyet», conçu par le jeune musicien Chadi Garfi, n’avait pas drainé la grande foule avant-hier soir au Théâtre municipal de Tunis.
Ce concert valait pourtant le déplacement. La participation de la soprano syrienne Loubana Al Kontar était annoncée.
La relecture de quelques pièces maîtresses de la musique et de la chanson arabe contemporaine par un musicien aussi talentueux, que novateur, augurait d’un spectacle dans l’air du temps. Ce flash back sur des œuvres éternelles, venait donner la preuve que ces petits chefs-d’œuvres restent vivants et pourraient s’adapter à toutes les conceptions et les couleurs musicales d’un orchestre orientalo-moderne. Ce dernier avait, ce soir-là, des connotations jazzy et de tango. Les œuvres jouées, se prêtaient à ces genres musicaux desquels les grands compositeurs arabes puisaient, ou s’inspiraient. Le voyage musical était tout en douceur en compagnie de l’ensemble du musicien-pianiste Chadi Garfi, disciple de son père, le compositeur et maestro Mohamed Garfi.
Mais Chadi limite son orchestre à sept musiciens : avec deux percussionnistes, un flûtiste, un luthiste, un accordéoniste, un contrebassiste et un pianiste (Chadi), juste ce qu’il faut où le mélomane ne se lasse pas de prêter l’oreille et d’accompagner les envolées musicales. Les improvisations se multipliaient au piano, à la contrebasse, à l’accordéon, au luth et à la flûte; donnant la preuve que cet ensemble n’était pas là seulement pour des exécutions musicales toutes prêtes. La musique arabe et le jazz s’articulent, en effet, sur l’improvisation, afin d’exploiter le champ qu’offre une pièce musicale au joueur; pour créer encore et faire valoir, par là-même ses capacités et son savoir-faire.
Mais pour les quelques spectateurs qui avaient préféré quitter, avant terme, ils avaient tout simplement raté la cerise sur le gâteau. La cantatrice syrienne Loubana Al Kontar, qui avait quelque peu déçu durant presque tout le concert, mal aidée par un micro non-chanteur qui ne captait pas la voix de tous les côtés et avec un petite voix, tout à fait à l’opposé de ses interprétations en soprano, avait sauvé sa prestation par l’interprétation d’une chanson d’Ismahane, en acapella, micro à la main. Cela se passait après le rappel de la dernière chanson : «Ahwek» d’Abdelhalim Hafedh, première composition de Mohamed Abdelwahab au rossignol brun. Loubana avait «pris son pied», sa voix a éclaté à la fin du spectacle. Il est vrai que pour une telle soirée, elle ne pouvait faire mieux. «T’saltnet», disaient quelques spectateurs. Son chant soprano était impeccable dans des chansons de Leïla Mourad et Ismahane. Le décalage musical criait sa présence.
Car pour ce genre de concert, il fallait toujours veiller au grain.


Lotfi BEN KHELIFA




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com