«Fin décembre» de Moez Kamoun : Des maux au-delà des mots





Pour son deuxième long-métrage de fiction, le cinéaste a su tirer son épingle du jeu malgré quelques défaillances. Détails.
Présenté hier en avant-première, «Fin décembre» est le nouveau film du réalisateur tunisien ; film qui tire ses origines de ce que publient de temps à autre les journaux sur ces histoires d’amour qui tournent mal et qui finissent par une grossesse non-désirée. Le film s’ouvre sur l’image de Dhafer Al-Abidine (Adam le médecin), tout en pleurs, qui se veut, selon son réalisateur, «une réflexion sur la femme rurale et ses préoccupations». Pour l’histoire, c’est celle d’Adam, un médecin qui, suite à une grande déception, a choisi d’accepter le poste de médecin à la campagne ; un joli coin perché entre les montagnes où il fait la connaissance d’Aïcha, une jeune fille, ouvrière dans une usine de confection de prêt-à-porter qui rêve de jours meilleurs. Trahie par son bien-aimé qui a quitté le pays alors qu’elle était enceinte, elle fait la connaissance d’Adam qui lui a tendu la main et l’a aidée à se débarrasser de cet enfant d’amour non-désiré. Les histoires se croisent dans ce village calme et retiré. Il y a Ibrahim (Lotfi Boundka), un «poète chevronné» qui assure le transport entre la ville et le village, le Omda (Jamel Madani) qui fait tout et rien, le chef de l’atelier (Taoufik Bahri) qui veut abuser d’Aïcha, la mère de Aïcha (Dalila Meftahi) qui cherche à tout prix à marier sa fille, la mère de Sofiène (Latifa Gafsi) qui à son tour cherche la bonne épouse pour son fils émigré et Sofiène (Lotfi Abdelli) qui revient au village en quête de la femme idéale mais qui reste tiraillé entre son coup de foudre pour Aïcha, une femme libre assumant ses faits et ses dires et son désir d’avoir une épouse conforme aux normes traditionnelles.
Les zones rurales sans fard
De ces différents récits que le scénariste a brodés autour des personnages principaux, dans ce village perché sur la montagne, jaillissent différents messages. Le scénariste a également parlé dans son «Fin décembre», des conditions défavorables que vivent les médecins affectés dans les régions lointaines à travers des séquences démontrant de l’intérieur le cabinet du médecin, de l’absence d’électricité et d’eau potable, du manque d’animation culturelle (qui reste un luxe dans ce genre de situation). Il a souligné aussi le vide que marque notre scène culturelle ; un vide traduit par le désir de responsables de reproduire un projet artistique étranger dans ce petit village et déclaré par Lotfi Boundka (Ibrahim, le poète) qui ne cesse de répéter qu’il n’y a que cinq poètes dans le pays et qu’il est le meilleur.
Moez Kamoun n’a pas loupé l’occasion pour évoquer sur un ton humoristique le vécu des émigrés, tirant à boulets rouges sur l’inertie de la gent masculine aujourd’hui à travers plusieurs séquences : «Où sont les hommes ? Il ne reste ici que les femmes et les chèvres», déclame Dalila Meftahi. Pour appuyer cette idée, le réalisateur nous montre un groupe de villageois assistant à une réunion achevée sans qu’aucune décision ne soit prise. Il nous montre également, Ibrahim, le chauffeur et poète, applaudissant d’entrée pour affirmer qu’il est d’accord préalablement à tout.
Des personnages bien structurés
sauf exception
Plusieurs comédiens ont réussi bel et bien à se glisser dans la peau de ces personnages bien structurés par le cinéaste Moez Kamoun. Mention spéciale à Dhafer Al-Abidine et à Lotfi Abdelli dont le jeu a été juste et sincère, sans fioritures et sans excès. Deux comédiens qui ont donné de la force au film sans oublier Dalila Meftahi et Latifa Gafsi qui ont réussi leurs rôles alors qu’il s’agit des mêmes personnages campés par ces deux comédiennes dans des précédentes réalisations télévisées. L’exception est faite par Hend El Fahem, plutôt par Aïcha, personnage mal structuré dans le film et manquant de rigueur par rapport à ce que vit la femme rurale et son attitude. Moez Kamoun aurait dû affiner davantage sa recherche sur la femme rurale d’aujourd’hui pour que l’image qu’il présente colle bien à la réalité.
A voir puis à juger sur les écrans du «CinémAfricArt», «Alhambra» à la Marsa et «Amilcar» à El Manar.

Imen A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com