La vidéo au lieu du huis clos





Le football est un véritable phénomène social et ce n’est pas par hasard qu’il constitue le sport le plus populaire de la planète. Plus qu’un jeu, le football est un spectacle. Et qui dit spectacle, dit public.
Malheureusement, la recrudescence du hooliganisme, la prise en otage du football par les groupes Ultras, les moyens de contrôle insuffisants, les sanctions sportives inadaptées, voire les procédures judiciaires trop souples, font partie des causes qui enveniment le spectacle à l’intérieur de nos enceintes sportives.
Ces dernières années, le fumigène est devenu l’ennemi numéro 1 des stades de football. Le fumigène est dangereux, il peut blesser, surtout quand on le lance d’une tribune à une autre ou sur le terrain. Pour certains fans, il est simplement considéré comme un élément festif permettant d’extérioriser sa passion. Ce que l’on peut dire, c’est que le fumigène est ambigu. Il est tantôt montré par les médias pour témoigner de la ferveur des supporters. Tantôt, il est dénoncé par les mêmes pour sa dangerosité.
En outre, et en dépit des sanctions telles que les amendes et les huis clos qui pénalisent lourdement les clubs financièrement, le phénomène n’a fait que s’amplifier. Des millions sont ainsi partis en fumée, ou plutôt dans les caisses de la fédération. Les clubs, notamment les plus populaires et les plus médiatisés - ce qui n’a pas que des avantages - ont cherché à établir des relations avec leurs groupes de supporters pour mettre un terme au fléau. Certains clubs ont engagé une véritable politique de prévention et de dialogue avec les associations de supporters, laquelle doit être encore mieux élaborée.
Ne pas transiger avec les fautifs
Malgré ces efforts qui doivent être poursuivis et encouragés, pour une minorité d’ultras, les lois sont faites pour être transgressées. Pour eux, le stade est un lieu de non-droit, un défouloir. En 1994, l’Egypte s’est fait éliminer du Mondial à cause de ses supporters. En effet, au cours de son match contre le Zimbabwe décisif pour la qualification, l’Egypte qui avait besoin d’une victoire était menée au score en début de match. Ses supporters en colère avaient alors bombardé le terrain avec tous types de projectiles et malgré la victoire finale des Egyptiens, la FIFA a sévi en décidant de faire rejouer le match à Paris. Résultat, l’Egypte se fait accrocher par le Zimbabwe et perd sa place au Mondial.
Albert Einstein avait dit : «Deux choses sont infinies, l’Univers et la bêtise humaine» ajoutant «mais en ce qui concerne l’univers je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue».
Pour cette raison, nous devons réfléchir profondément à ce problème qui sévit sous nos cieux. Notre football, moribond, a besoin de rebondir et ce ne sont ni les sanctions financières, ni les huis clos qui feront changer d’avis une minorité d’imbéciles et de voyous, souvent manipulés, et qui, de surcroît, pénalisent la majorité silencieuse des supporters. Une majorité disciplinée qui ne peut intervenir dans les stades contre des bandes parfois organisées.
Cette situation nous pousse donc à nous adonner à une partie de brainstorming. Dans cet ordre d’idées, une drôle d’extrapolation pourrait faire tomber cette réglementation que j’estime surannée. Imaginez un peu que les matchs des locomotives de notre football, à l’instar de l’Espérance Sportive de Tunis, du Club Africain, de l’Etoile du Sahel, du CS Sfaxien, du CA Bizertin… etc. se déroulent une journée sur deux à huis clos à cause d’énergumènes qui se mettraient en tête de balancer systématiquement des fumigènes. Samedi, nous avions assisté à une parodie de football entre le CA et l’AS Marsa. Ce sera la même chose à chaque fois que le huis clos sera décrété, quel que soit le match et ses protagonistes. Ce serait le dépérissement pur et simple de notre ballon rond.
Est-ce à dire qu’il faut rester les bras croisés face à ce fléau dangereux et incongru ? Bien sûr que non. Ce qui est arrivé à l’Espérance de Tunis et au Club Africain en ce début de saison est à même de donner à réfléchir à toutes les parties prenantes de notre football. On pourrait éradiquer le mal en le ciblant et en impliquant tout le monde dans cette affaire.
La première chose à faire est de commencer à mettre en œuvre toute une stratégie pour mieux équiper nos stades avec des systèmes vidéo performants. C’est un investissement important auquel il faut réfléchir et le plus tôt sera le mieux, d’autant plus que la Tunisie a affiché des ambitions pour organiser un Mondial pour les jeunes U17 ou U20. Combien de millions ont déjà perdu les clubs entre amendes et huis clos, rein que pour les deux dernières années. Ils sont donc concernés en premier lieu et pour des raisons d’opportunités doivent encourager ce genre d’initiative.
Des stades mieux équipés permettront d’identifier plus facilement les fauteurs de trouble. Il faudra également cibler les supporters à risque. Dans tous les clubs, on les connaît et on ferme les yeux. Les comités de supporters doivent être davantage impliqués. Les sommes perdues auraient servi certainement à des causes beaucoup plus nobles.
Dans l’attente de mettre sur pied ce dispositif, tous les moyens sont bons pour empêcher cette minorité de nuire quitte à lui interdire l’accès aux stades comme cela s’est fait notamment en Europe.


A.S.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com