M. Hassen Annabi, directeur du CERES au “Quotidien”: «En 2030, la Tunisie manquera de main-d’œuvre»
Naguère, le Centre des Etudes Economiques et Sociales a joué un rôle pionnier dans le domaine de la recherche avant de connaître une certaine éclipse. Mais au terme d’une décennie, plutôt maigre (1980-1990), le Centre semble être animé d’un sang nouveau. M. Hassen Annabi directeur du Centre nous décrit ce nouvel élan dans sa perception et ses perspectives. Le Quotidien: Le CERES a joué un rôle important dans la recherche économique et sociale pendant les années 70 du siècle dernier. A quoi est dû son éclypse depuis? M. Hassen Annabi: Le CERES a été fondé en 1960. Il a connu une grande période de développement au cours des deux décennies qui les ont suivies. Son dynamisme a été manifeste à travers les nombreux travaux de recherches universitaires. Le Centre a apporté également une contribution notoire à la politique de planification de l’Etat tunisien. C’est là une vocation qui l’a distingué de l’œuvre universitaire proprement dite. Toutefois, le rayonnement du CERES s’est pratiquement éclipsé au cours de la décennie 1980-1990. Cette éclipse est due à deux facteurs essentiels. Le premier a trait à la difficulté d’assurer la relève des chercheurs en retraite. Le second se rapporte à une certaine décentralisation de la recherche. En effet, à partir des années 80, chaque ministère s’est doté de son propre service de recherche, croyant ainsi se passer des services du CERES. • A quoi est dû, selon vous, ce nouveau départ du CERES ? - Le renouveau est dû sans doute à une nouvelle conscience de l’importance de la recherche scientifique en général et celle qui concerne le domaine humanitaire en particulier. Ceci ne peut que réhabiliter le Centre et les chercheurs pour qu’ils occupent la place qui leur échoit. Les défis locaux et internationaux actuels interpellent les spécialistes et les chercheurs de tout bord pour qu’ils ne demeurent pas cloîtrés dans leur tour d’ivoire. • Votre appréhension suscite l’idée américaine du “Think Tanks” - Effectivement, les Etats-Unis dépensent des sommes colossales dans la recherche et mobilisent les chercheurs pour travailler sur les sujets qui se rapportent à leurs objectifs stratégiques. Néanmoins, les événéments du 11 septembre 2001 ont apporté des preuves tangibles de l’ignorance des Américains de la réalité dans le monde arabo-musulman. • Compte tenu de cette conscience et de cette optique, quelles sont les perspectives de travail du CERES ? - Le CERES a connu un nouvel élan après la promulgation de la loi 91-98 du 31 décembre 1991 et du décret n° 98-2412 du 30 novembre 1998. Le Centre soutient actuellement plusieurs projets de recherche entrepris par des universitaires et des spécialistes. Le Centre a également relancé sa revue semestrielle qui compte des contributions sur divers sujets.. L’une des originalités du Centre est aussi d’entreprendre des recherches où s’interfèrent plusieurs spécialités sur le même sujet, favorisant ainsi une investigation pluridimentionnelle. Naturellement, tout cet effort est basé sur les traditions de la formation académique des chercheurs tunisiens et l’acquis important de l’expérience tunisienne dans ce domaine. Le Centre demeure, en outre, très ouvert aux innovations scientifiques du monde d’aujourd’hui. • Et qu’en est-il de la prospection ? - Justement, le Centre a déjà lancé sept projets à caractère prospectif pour l’horizon 2030. Ces projets se rapportent au vieillissement de la population, l’âge scolaire et préscolaire, l’enseignement des adultes, l’emploi des diplômés de l’université et la question de l’immigration. A cet effet, et compte tenu de la transition démographique et de l’évolution très rapide de la pyramide des âges, la Tunisie connaîtrait un déficit de main d’œuvre dans certains secteurs. Si cela est vrai, notre pays évoluera d’une zone répulsive à une zone attractive en matière d’immigration. De telles études attestent de l’importance stratégique de la prospection. Nos efforts sont toutefois concentrés sur la Tunisie et son environnement le plus proche (maghrébin et méditerranéen). Aussi nos travaux ne portent pas beaucoup sur la dimension planétaire. Nous coopérons avec les organismes internationaux et notamment l’UNESCO par le biais du programme “Management of Social Transformations (MOST) dont le Centre assure actuellement la présidence. Au bout du compte, je considère que le savant doit-être au chevet du politique pour garantir la meilleure articulation entre la recherche et les nécessités de la vie. Propos recueillis par Abdelmajid HAOUACHI

